Doubt - Actualité manga
Dossier manga - Doubt

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Publié le Vendredi, 22 August 2014


Le huis clos façon manga


Quand on parle de huis clos, il est difficile de ne pas évoquer certaines œuvres comme Dix petits nègres d’Agatha Christie. Du côté du manga shônen, nous connaissons finalement peu d’œuvre, parues en France, qui se sont adonnées à l’exercice. Outre la saga de Tonogai, Black Butler a tenté la chose le temps d’un arc scénaristique, tandis que Détective Conan nous offre régulièrement des enquêtes de meurtre en lieu clos, et ce depuis les premiers tomes du manga. Mais Doubt se détache du simple polar tant nous n’avons pas affaire à une affaire au sens propre du terme. Le récit s’approche alors bien plus d’œuvres cinématographiques, tout en s’inspirant de certains éléments de littérature. Ainsi, la quatrième de couverture des trois premiers tomes situe la série entre la saga cinéma Saw et Les 10 petits nègres d’Agatha Christie, un choix on ne peut plus juste.

Dans Doubt, la situation n’évolue pas du point de vue d’enquêteurs, ce qui ne permet pas de classer la série dans la catégorie polar à proprement parler. Au contraire, les acteurs du scénario sont les victimes elles-mêmes. Certaines sont vouées à mourir, d’autres non, mais ce sont en tous les cas elles qui sont placées en premier plan. Le suspense est maintenu à chaque page tant on attend de ces éventuelles victimes de découvrir qui est l’agresseur, tout en se sortant de cette situation infernale et en évitant de servir de repas de choix pour le « loup ». Mais pour fonctionner habilement, la série devait aller au-delà de cette recette et proposer notamment des personnages au minimum intéressant, mais surtout des interactions convenables entre eux. Pour ce faire, Yoshiki Tonogai exploite deux thématiques, la première d’entre elles fonctionnant en deux temps.
  
  
  
  
  
Premièrement il fallait des personnages aux personnalités différentes. Cela ne manque pas avec les six protagonistes présentés qui respectent des schémas psychologiques variant d’une figure à une autre. On se retrouve ainsi avec le « bon » de base, la férue de justice, la sensible handicapée, l’intello solitaire, la racaille et l’allumeuse de bonne humeur. On pourrait reprocher à l’auteur de se contenter de psychologies si classiques, que l’on retrouve fréquemment dans les œuvres de tous styles. En effet, peut-être que la formule aurait mieux fonctionné avec des personnages sonnants plus justes et plus proches de la réalité, plutôt que de respecter des portraits préétablis dans le manga. Toutefois, on pourrait rapprocher ce choix des inspirations très cinématographiques de l’auteur. Car outre le protagoniste quelconque auquel chacun peut s’identifier aisément, les cinq autres personnages correspondent à une idée bien précise et à un portrait un poil exagéré, des caractères amplifiés aux possibles afin de faciliter les interactions et rendre le tout possible et crédible tout en enchaînant les retournements de situations. Cela nous amène à la seconde étape du rassemblement de ces personnages consister à les opposer. Dans un groupe où chacun doit lutter pour sa survie, le plus commun est de développer l’évolution même de ce groupe, menant souvent à son éclatement. Cela ne manque pas grâce à toutes ces figures qui s’opposeront les unes aux autres tout le long du récit. Plus que nous proposer une pensée convenable sur la notion de groupe, Tonogai cherche à nourrir son suspens. Les fausses pistes s’enchaînent alors et en mettant à nu progressivement et habilement le vécu de certains personnages, le mangaka nous induit en erreur, nous poussant à penser que tel ou tel individu est le « loup ». Certes, les personnages de Doubt ne sont pas les plus complexes qui soient, mais la véritable volonté du mangaka est d’offrir un récit haletant et surprenant. En somme, il ne cherche qu’à offrir du divertissement et, comme il le dit lui-même, ne se voit nullement en tant que Maître du thriller.

Néanmoins, on peut quand même voir dans Doubt une brève critique de la nature humaine, représentée évidemment par des personnages aux caractères opposés et qui réagissent de manière différente aux évènements qui se déroulent sous leurs yeux. Les émotions ont un rôle clef dans la série, tant chacun se laisse dépasser par leurs ressentis. Que ce soit ligoter celui qui leur paraît suspect par peur ou partir au secours de la personne qui leur est chère, les personnages ne sont pas maîtres d’eux dans Doubt, ce qui est bien normal étant donné la situation. On peut alors ressentir des ambitions un peu plus poussées pour le mangaka qui s’inspire parfois des péchés capitaux, pour ne citer que la vengeance. C’est très vague, mais la transition entre Doubt et Judge, seconde série de la trilogie de thriller, paraît compréhensible. En somme, la saga ne relie peut-être pas les séries entre elles, mais exprime bien la démarche de mangaka de Yoshiki Tonogai.
  
  
  

© Yoshiki Tonogai / SQUARE ENIX

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