Darren Shan - Actualité manga
Dossier manga - Darren Shan

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Sommaire

Publié le Vendredi, 04 May 2012


Avant d’être un manga à succès de Takahiro Arai, la série Darren Shan est le fruit de l’imagination d’un auteur irlandais, du nom de Darren Shan justement (de son vrai nom Darren O’Shaugnessy), ce afin d’inscrire la série dans une forme de réalité et de mise en abyme. Il s’agit d’une saga de douze livres, faisant partie d’un cycle plus large de l’écrivain, et divisé en quatre trilogies. En d’autres termes, un parfait candidat pour être adapté en manga. En effet, système de découpage, public ciblé bien précis (les jeunes adultes), cliffhanger ou suspens dosé à la fin de chaque livre et trilogie, série sur le long terme… Des éléments qui nous rappellent le système de publication des BD nippones. 
          
        
          

De l’écrit à l’image

     
L’adaptation de romans en BD est somme toute chose courante au Japon : Vagabond, célèbre titre de Takehiko Inoue, libre adaptation de « La pierre et le Sabre » d’Eiji Yoshikawa, un monument de la littérature nippone ; Syndrome 1866 faisant de même avec « Crime et Châtiment » de l’écrivain russe Fiodor Dostoïevski (cf notre dossier qui lui est consacré); et ne parlons pas des light novels, réservoir à idées pour les adaptations en manga, tant les deux médias partagent des affinités, et qui commencent tout doucement à arriver chez nous avec des séries tels que Spice and Wolf et A Certain Magical Index. Des titres de qualité et reconnus dans leur pays d’origine, parfois plus connus que le matériel d’origine. Bref, la narration manga est propice à une adaptation en bandes dessinées de qualité. 
    
Pour en revenir à l’adaptation de Darren Shan, la série en manga est constituée de 12 tomes, chaque tome reprenant l’intrigue d’un des livres de l’œuvre originale. En somme, il s’agit d’une transposition fidèle en images et qui s’attache à respecter l’intrigue et le développement de la série première.
Bien entendu, des compromis doivent être trouvés, et la description de certains enjeux ou la personnalité de certains personnages ne sont pas aussi bien explorées que dans les livres, dans l’optique de garder un certain rythme de narration et faute d’un nombre de pages suffisant également. Notamment dans le premier tome où le vampire Larten Crepsley apparaît comme manipulateur et un rien démoniaque, avant de redevenir beaucoup plus doux dans le second tome. La raison pour laquelle il en vient à transformer Darren pour devenir son assistant apparaît clairement davantage comme un choix fait à contrecœur dans le livre, d’où les regrets exprimés par la suite. Néanmoins, le fond subsiste et la force des livres transparaît à tout instant dans l’adaptation manga. 
Preuve flagrante : le manga se suffit à lui-même. Le lecteur qui ne se serait pas essayé aux romans n’est jamais perdu, comprend parfaitement les enjeux, s’attache aux personnages et perçoit nettement leur personnalité à travers leur gestuelle et paroles. Les zones d’ombre sont réduites au strict minimum, et le rythme s’inscrit dans l’excellence. Nous sommes clairement face à une œuvre à part entière, qui n’a pas à rougir par rapport à son précurseur, puisqu’atteignant le même but, soit le divertissement efficace et sans failles.
   
À noter que la série en français est prise en charge pas la traductrice des romans dans nos contrées, Aude Lemoine. En effet, Darren Shan (l’auteur) a travaillé de concert sur cette adaptation manga de Takahiro Arai, mangaka qu’il a lui-même choisi via un concours. Les textes sont ainsi de sa main, indirectement via les romans parus en japonais, d’où la présence de la traductrice originale qui s’est déjà occupée de la traduction française. Certaines phrases et tournures sont d’ailleurs exactement les mêmes que dans les romans originaux, démontrant une réelle volonté de rester totalement dans l’esprit de la série de romans, et qui permet de passer du pictural à l’écrit sans problème de continuité, grâce à l’homogénéité des termes employés entre les deux œuvres.
     
        
         

Éternels Vampires

   
Le thème des immortels suceurs de sang est décidément de ceux qui inspirent des carrières. Adaptés à toutes les sauces avec plus ou moins de succès, et souvent pas mal d’opportunisme et de mauvais remaniements de cette légende, le vampire a néanmoins encore des beaux jours devant lui. Ce qui est compréhensible.
En effet, ces êtres, physiquement semblables en tout point à des humains normaux, défient la notion de mortalité, vivent dans la société tout en n’étant pas soumis à ses règles. Il est alors facile de les considérer comme de simples monstres prisonniers de leurs pulsions dans la plupart des histoires, une façon de se rassurer sur notre propre nature d’humain, vulnérable face aux vicissitudes du temps qui passe et soumis aux règles sociales. 
   
Dans la série Darren Shan néanmoins, le vampire est présenté différemment. Point d’aristocrates se nourrissant d’humains toutes les nuits, simplement des hommes de condition différente et vivant une autre vie. Ce n’est pas anodin si l’histoire débute dans une foire aux monstres (d’où le sous-titre Cirque du Freak dans l’original pour le premier volume). Le vampire est conscient de sa différence, en tire une certaine fierté, mais connaît sa place dans ce monde, soit les ténèbres et le mystère. Une question de survie pour ces créatures de la nuit.
En ce qui concerne leur place dans la mythologie générale, les vampires de la série respectent les grands canons du genre tout en apposant une patte personnelle. Les vampires sont plus humains, tout en restant surnaturels, mais en plus accessibles. Du côté de leurs faiblesses, ils sont toujours vulnérables à la lumière du soleil, qui leur inflige de terribles brûlures et les tue en moins d’une heure. Ils ont toujours besoin de sang pour survivre. Ils ne sont pas immortels et peuvent être mortellement blessés au cours d’un combat, bien qu’ils soient capables de vivre pendant des siècles. Ils ne sont pas soumis au joug du christianisme, donc eau bénite, croix et autres artifices sont inopérants face à eux. 
Du côté de leurs forces, ils vivent à leur guise, libre d’aller où bon leur semble, mais sont tenus de retourner parfois à la montagne des vampires, leur sanctuaire et havre et ils sont aussi soumis à un code d’honneur et des lois très strictes. Ils sont capables de se déplacer à grande vitesse et possèdent une force surhumaine. Leurs sens sont aussi très développés et aiguisés. Ce ne sont pas des morts-vivants, simplement des humains dont l’ADN a été modifié par transmission de sang. Ils n’ont pas le pouvoir de se transformer, mais ils entretiennent une relation privilégiée avec le loup, leur cousin. Ils possèdent aussi une haleine soporifique, qui endort leur proie peu vigilante, et leur salive possède des vertus curatives. 
   
D’ailleurs, les vampires de Darren Shan ne tuent pas les humains. La coutume veut qu’ils laissent leur proie vivre, par respect pour la vie et pour éviter de trop se faire remarquer. Grâce à leurs pouvoirs, ils endorment les humains choisis et prélèvent sur eux une quantité de sang suffisante pour subsister, sans causer de tort. Une pratique qui n’est pas acceptée par tous les vampires néanmoins. Certains ont fait sécession et ont créé leur propre groupe, les vampiriks, reconnaissables par leur peau violette et leurs pupilles rouges, afin de vivre selon leur croyance et leurs propres règles, qui impliquent chez eux de tuer l’humain duquel ils se nourrissent, car ils estiment se trouver au sommet de la chaîne alimentaire et que l’homme n’est que proie.
Il est intéressant de constater que l’ennemi principal dans la série n’est pas l’humain, mais le vampire lui-même. Darren Shan, c’est surtout l’histoire d’une guerre fratricide, stupide (comme toutes les guerres entre peuples), pour des raisons d’honneur et de domination. Une mésentente qui pourrait mener à la destruction du monde si les choses continuent dans l’état. 
   
En fin de compte, la série aborde le vampirisme sous un jour rafraîchissant et « innovant » d’un certain point de vue. Il ne s’agit donc pas d’une énième histoire de vampire à l’eau de rose (la romance ne tient que très peu de place dans la série et concerne Darren uniquement), mais d’une façon pour l’auteur d’aborder certains thèmes librement, hors du cadre normal de la société, et de faire mieux passer la force de certains propos. Parler de vampire, créature vivant hors du cadre la société, c’est aussi une façon pour l’auteur d’en devenir un à sa manière. Une autre raison peut-être pour laquelle des histoires de ce type continuent sans cesse de voir le jour et fascinent autant lecteurs qu’auteurs.
    
          
   
    

DARREN SHAN CIRQUE DU FREAK © 2006 DARREN SHAN © 2006 Takahiro ARAI / Shogakukan Inc.

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