Life in Smokey Blue Vol.1 : Critiques

Smoke Blue no Ame Nochi Hare

Critique du volume manga

Publiée le Lundi, 05 Janvier 2026

Prolifique autrice de boy's love que l'on avait pris plaisir à découvrir aux éditions Taifu Comics en 2019 avec le one-shot A story of love, Kamome Hamada fait enfin son retour en France, cette fois-ci aux éditions Hana, avec la série Life in Smokey Blue. De son nom original "Smoke Blue no Ame Nochi Hare" (que l'on pourrait à peu près traduire par "Pluie bleuâtre suivie de soleil"), cette série a été lancée au Japon en 2022 dans le magazine Comic Fleur des éditions Media Factory/Kadokawa, et elle compte à ce jour pas moins de huit volumes, ce qui en fait à ce jour la plus longue oeuvre de la carrière de l'autrice, juste devant la saga "Ohayô to Oyasumi to Sono Ato ni" qui possède sept tomes. Dans notre pays, les deux premiers opus sont parus simultanément en décembre 2025.

On commence ici par découvrir Sakutarô Azuma, un homme de 38 ans qui semble au premier abord quelque peu frivole, mais qui était encore un brillant délégué médical quelques années auparavant. Actuellement au chômage, il vit le jour dans la maison de la famille de sa soeur, et passe la plupart de ses soirées voire de ses nuits à l'extérieur. C'est précisément lors de l'une de ces soirées arrosées qu'il manque de se faire manipuler par un homme ayant drogué son verre. Et son salut, il le doit uniquement à l'intervention d'une vieille connaissance: Shizuka Kuji, un ancien collègue. Quand ils étaient dans leur vingtaine, ces deux-là étaient en quelque sorte rivaux au travail, du moins jusqu'à ce Shizuka parte travailler ailleurs, non sans se laisser aller surprenamment à une nuit d'amour avec Sakutarô. Les deux hommes en étaient restés sur cet événement, sans se revoir en huit années, et en constatant donc que la situation a bien changé pour chacun d'eux: tandis que l'un est chômeur, l'autre s'est recyclé depuis quelques années dans la traduction, aussi bien d'ouvrages médicaux que d'albums pour enfants. Et quand Kuji, qui se rappelle bien des talents d'Azuma et qui souhaite l'aider dans son chômage, propose à celui-ci de l'embaucher pour l'assister dans son travail, un nouveau quotidien commence pour les deux hommes. Un quotidien fait de travail, éventuellement de câlins pour reprendre ce qu'ils avaient laissé en plan il y a huit ans, et surtout de lente découverte des blessures respectives de l'autre.

Tranche de vie sublimée par son dessin fin et élégant, par ses immersifs décors photoréalistes (aussi bien de la maison de Kuji, centrale ici, que des autres lieux et de l'extérieur) et par son découpage aussi sobre que limpide, Life in Smokey Blue ne met vraiment pas longtemps pour nous séduire, en offrant une ambiance et un rythme assez posés, un peu feutrés voire un brin lancinants qui sont impeccables pour nous immiscer au plus près de ces deux hommes qui, autrefois "rivaux" dans leur travail, risquent bien de redonner un sens à leur vie en se retrouvant, en collaborant et en flirtant après huit années sans se voir. Ces huit années s'avèrent cruciales, tant on sent que, derrière leur apparente légèreté initiale, ces deux-là ont chacun vécu certaines épreuves de leur côté.

Ainsi, Azuma a beau évoquer avec le sourire le fait qu'il a quitté son travail simplement parce qu'il a fini par le trouver chiant, que s'est-il passé exactement pour qu'il en arrive à ce sentiment ? Quant à Kuji, qu'est-ce qui l'a poussé à partir de l'entreprise il y a huit ans, et à vouloir à tout prix pouvoir travailler depuis chez lui ? Qu'a-t-il bien pu vivre, ces dernières années, dans sa maison qui semble bien trop grande pour lui seul ? C'est en apprenant à se connaître un peu plus et à s'accorder petit à petit leur confiance que ces deux-là se laisseront alors aller à des confidences qui les éclairent et les approfondissent déjà plus, et qui permettent à la mangaka d'évoquer certaines réalités de la vie aussi bien professionnelle que personnelle, entre pressions au travail et complexité de la fin de vie et du deuil qui s'ensuit.

Dans ce contexte abordé avec un certain réalisme, les quelques notes érotiques ont du sens: chacune d'elles semble intervenir pour consolider le lien des deux protagonistes et le renouveau qu'ils commencent à vivre ensemble. Le sexe n'est, ainsi, pas un objectif en soi dans ce BL, et l'autrice affirme même dans sa préface qu'elle veut avant tout se concentrer sur la vie de ses personnages. Et dans cette optique, un autre élément vient apporter une saveur supplémentaire à ce début de série, à savoir le désir de Hamada d'aborder avec précision les métiers liés à la traduction, sujet rarement mis au premier plan et pourtant essentiel dans de nombreux domaines. On sent une vraie implication de l'autrice qui reçoit même l'aide d'un superviseur pour bien aborder ce travail, et qui nous offre des précisions supplémentaires dans des apartés entre les chapitres.

Et puisque l'on parle de traduction, soulignons la qualité de celle proposée par Laurie Asin sur ce premier volume: c'est toujours clair, naturel, précis dans les termes spécifiques. Et le reste de l'édition française n'est pas en reste, globalement: la sobre jaquette reste très proche de l'originale japonaise, le lettrage de Justine Mouron ainsi que l'adaptation graphique d'Emma Poirrier sont assez propres, la première page en couleurs sur papier glacé nous gratifie d'une jolie illustration... La principale crainte venait de l'impression, malheureusement à nouveau délocalisée en Chine chez InkWize. Mais avec une qualité d'impression correcte sur un papier épais et pas trop transparent, ce premier tome fait partie des livres plutôt bien traités par cet imprimeur très inégal.

A l'arrivée, ce premier volume est un vraie bonne petite surprise. En s'appuyant sur ses qualités visuelles et narratives, Kamome Hamada entame une tranche de vie bourrée de qualités, et dont on découvrira la suite avec intérêt.


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai
16 20
Note de la rédaction