Critique du volume manga
Publiée le Mardi, 06 Janvier 2026
Déjà bien connu en France via des titres comme The Dog and Waning Moon, Ginza Neon Paradise ou encore Les caprices du Jaguar, le duo d'artistes boy's love Unohana a fait son retour dans le catalogue des éditions Taifu Comics au mois d'octobre dernier avec le premier volume de la série en deux tomes Shinjuku 69 Heaven. D'abord lancée au Japon en 2019 aux éditions Nihon Bungeisha avant d'être abandonnée au bout de trois chapitres, cette oeuvre a ensuite été reprise depuis le début en 2021 dans le magazine fromRED de l'éditeur ShuCream, où elle s'est achevée en 2024.
Cette histoire nous plonge dans le quartier chaud de Kabukichô auprès de Keita Kutani, un journaliste d'un genre un peu particulier puisque sa spécialité est, comme le lui demande le magazine pour lequel il travaille, de tester les établissements de prostitution pour ensuite écrire dessus. Hétéro expérimenté, il a le sentiment d'avoir désormais tout testé et tout vu, si bien que, pour la première fois, il décide de faire une incursion dans le monde de la prostitution gay dont il ne connaît absolument rien. Pour se mettre en confiance, il choisit immédiatement l'hôte le plus populaire, un certain Hiromu, en espérant au minimum parvenir quand même à bander... Or, c'est une expérience extatique, dépassant tout ce qu'il aurait pu imaginer, qui l'attend, tant le prostitué de 20 ans, en plus d'être d'une beauté hypnotique, dégage un charme et un sex-appeal fous, et fait montre d'une grande habilité dans le sexe. Quelque temps après cette expérience, Keita ne parvient toujours pas à oublier cette expérience, et Hiromu ne quitte plus ses pensées. C'est là qu'un étonnant hasard, dans le cadre d'une émission expérimentale, va faire se retrouver Keita et Hiromu dans un contexte très particulier, à savoir une colocation à deux pendant trois mois...
Autant évacuer immédiatement la principale limite de ce début d'histoire, à savoir l'énorme coïncidence/facilité qu'est cette histoire de colocation qui, comme par hasard, réunit les deux protagonistes peu de temps après leur nuit de sexe tarifé. Il faut évidemment réussir à passer outre cela pour, ensuite, découvrir un récit qui aura sans doute, en premier lieu, de quoi plaire aux fans de boy's love très sexy. En effet, comme le laisse immédiatement deviner le titre et l'univers de la série, Shinjuku 69 Heaven est à ranger dans une catégorie de BL très axée sur l'érotisme, ici un érotisme dont la seule limite est de masquer les sexes avec du blanc, tout le reste étant assez explicite. Pour les personnes aimant cet aspect-là dans les BL, il devrait y avoir de quoi être ravi: les personnages d'Unohana sont comme souvent sexy à souhait, le duo de mangakas s'applique bien dans la mise en scène des moments chauds malgré quelques petits relâchements par-ci par-là dans l'anatomie des beaux gosses, et en prime le cadre du quartier chaud, nocturne et bouillonnant de Kabukichô apporte véritablement une sorte de fièvre supplémentaire à l'ensemble.
Mais limiter cette première moitié de série à son érotisme serait sans doute une erreur, car la petite intrigue qui se développe reste assez intéressante, principalement car, à l'heure où Keita ne parvient déjà plus à penser à quelqu'un d'autre qu'à Hiromu (au point qu'il ne parvient même plus à bander avoir des prostituées féminines), sa colocation avec le jeune homme va lui faire découvrir à la fois le vrai Hiromu et l'envers du décor de son travail. Car il y a effectivement le Hiromu "professionnel", prostitué qui dit avoir vingt ans et qui est très populaire auprès de ses clients gays, et le Hiromu "personnel", un homme en réalité plus âgé et désabusé par ses soucis passés qui le poursuivent encore, et qui ne se prostitue certainement pas pour le plaisir. Ainsi, il y a un fossé entre le vrai Hiromu et le masque qu'il affiche dans son travail, ce qui permet aux mangakas de jouer assez bien sur les faux-semblants de ce milieu. Alors, auprès de cet homme qui refuse de mélanger vie professionnelle et vie personnelle, Keita saura-t-il lui-même faire tomber les masques, briser les barrières, voire sortir de sa situation un Hiromu envers qui il semble toujours plus attirer, et peut-être pas uniquement pour le sexe ?
Seul le deuxième et dernier tome nous le dira. Et en attendant de découvrir ce qu'il en sera, on peut dire que le duo Unohana accomplit bien l'essentiel ici, car derrière les petites facilités du début, on découvre une oeuvre qui allie pour l'instant avec efficacité sa petite intrigue et ses nombreux élans d'érotisme chaud.
24/10/2025
27/02/2026