Dossier manga - Card Captor Sakura

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Sommaire

Publié le Jeudi, 21 June 2012


Doux amer

 
Au vu des couvertures, on ne peut s’attendre qu’à un monde sucré et poli par la douceur de l’héroïne, bien jeune et déjà débordante de joie de vivre. Faire connaissance avec Sakura, c’est l’adopter immédiatement et tomber sous son charme acidulé et coloré. Les dessins sont pour cela nos premiers amis. Ils la représentent toujours joyeuse, souriante et indéniablement heureuse. La douceur qui en découle est évidente, tout comme celle des thèmes souvent abordés dans le récit. L’amitié, l’amour, mais aussi le courage et la détermination. On s’attarde avec tendresse sur les basiques à cet âge. Une épreuve de courage où Sakura a peur du noir, des festivals de sport et culturels, des paniers repas, des trajets en vélo, des visites, du shopping ... Tous les thèmes abordés dans le quotidien de Sakura sont simples et contribuent à lui donner un capital sympathie sans limite. Sakura est une petite fille très simple en caractère, avec ses nombreuses qualités et ses quelques défauts qui ne la rendent que plus humaine. Tous les personnages sont d’ailleurs beaux à leur manière, et aucun n’est réellement mauvais. Tous les protagonistes dont on doute à un moment donné finissent par se révéler aussi gentil que leur sourire le laisser présager, et il n’y a finalement pas de grosse confrontation puisqu’aucune des figures représentées ne dure bien longtemps dans le rôle du méchant. Yué, par exemple, ne tient que le temps du jugement avant de se montrer protecteur, loyal, fidèle et dévoué à la nouvelle maitresse des cartes. Ils sont alors tous habités par des valeurs que les CLAMP ont tenues à faire transparaitre avec talent. Cela les rend purs et en même temps réels par leurs quelques failles, leur égoïsme ou leur naïveté. Ils ont pourtant tous de belles idées, et aucun ne montre de mauvaise intention dans ses actes. Un peu à la manière des bisounours, tout le monde finit par s’aimer et c’est également très bien représenté par les cartes, qui au départ sont offensives et cherchent à fuir Sakura, pour finalement se laisser prendre avec satisfaction et lui prêter leurs forces. C’est comme si, au contact de Sakura, personne ne pouvait rester avec des intentions belliqueuses. On retrouve certes ces nuances dans les personnages maléfiques dans les autres œuvres de CLAMP, mais ici on a même l’impression de n’avoir aucun adversaire réel, autre que le destin qui pousse notre héroïne en avant. Si bien que la volonté des mangakas de faire quelque chose de doux triomphe totalement sur la complexité des interactions entre les deux partis représentés.


  
 
 
Et à côté de cette farandole de bonnes intentions et de douceur, on retrouve quelque chose d’assez différent. Si le sujet de Card Captor Sakura est le moins dramatique de toutes les autres œuvres du studio, et que l’histoire s’inscrit dans le comique et la bonne humeur, il n’en reste pas moins de l’émotion et du tragique. Rien que le rôle dont est affublée Sakura, en devant préserver le monde qu’elle connait en se plaçant dans le costume de l’unique petite fille à pouvoir aider tous ceux qu’elle aime. Elle porte cette seule responsabilité sur ses épaules, et pour son âge c’est bien trop d’émotions. Mais il n’y a pas que Sakura à pâtir de l’amour du tragique des CLAMP. De nombreux petits scénarios inscrits dans la grande histoire du manga se révèlent assez tristes, et la mélancolie intervient souvent. Déjà, le fait que Sakura ait perdu sa mère jeune a quelque chose d’affligeant en soi. Mais en plus, la joie de tout le monde et la philosophie avec laquelle elle voit ce passé qui aurait pu la traumatiser est étonnante. Sakura ne voit que les bons côtés de la vie, et jamais elle ne s’apitoie sur son sort, ce qui en soi est assez émouvant. Ses proches ne sont pas épargnés non plus. Quel plus bel exemple que celui de Shaolan, qui est expatrié de sa famille et doit remplir une mission tout en se retrouvant tout seul au Japon, loin de ses proches à son jeune âge et investi d’une lourde responsabilité ... Ou même Yukito, personnage tout à fait intéressant par sa double identité. On imagine assez bien le cauchemar de ne pas se sentir lui-même, surtout quand tout le monde est au courant, sauf le principal intéressé. Le pauvre Yukito a donc même inconsciemment une vision déformée de lui-même, alors qu’il a des trous de mémoire, ne sait plus comment il a fait telle ou telle chose ... Rien n’est dit sur sa famille ou ses proches, et on a l’impression qu’il vit quelque peu par procuration tant il est serviable, parfait, à la limite de l’impossible. Et c’est d’autant plus triste quand on apprend pourquoi il est devenu l’ami de Toya tout en croyant réellement l’être ...
 
 
 
 

On adore bien évidemment le comportement de Sakura, qui apporte une dose de fraicheur sans précédent dans un titre des CLAMP. Son jeune âge lui permet de véhiculer des valeurs saines, de s’adresser à un public plus émerveillé ou nostalgique et de traiter l’amour bien différemment qu’à l’ordinaire. Sentiments platoniques, humour décuplé et situations cocasses ou moralisatrices en vue. En effet, le manga se fait le porte-parole des sentiments un peu étranges ou décalés, des choses peu communes. On peut ainsi citer l’amour, qui dévoile bien des aspects cachés et plus sérieux qu’on ne le croyait. Shaolan attiré par Yukito relève de l’homosexualité, même si cela reste platonique, tout comme ce qu’il y a de presque magnétique entre Toya et son meilleur ami, et les nombreuses allusions qu’on peut y voir. Il en va de même quand Tomoyo déclare son amour à Sakura, et ce plus d’une fois. Vu sa possessivité, on sent bien qu’il n’y a là-dessous pas que de l’amitié, ce que Tomoyo ne nie pas une seule fois. La différence d’âge est également très exploitée, même si tout est rigoureusement théorique et absolument pas physique entre les personnages. Ainsi, Yukito est un peu vieux pour Shaolan ou Sakura, tout comme entre Mizuki et Toya. Enfin, le tabou prof-élève ne semble pas non plus être un souci pour les CLAMP qui mettent un point d’honneur à montrer que l’amour est universel. En effet, les parents de Toya et Sakura se connaissaient ainsi, ce qui a valu que leur père se froisse avec la famille de Nadeshiko. En un mot comme en cent, c’est la tolérance qui est clairement citée ici comme une condition sine qua non à la lecture du manga. Il faut respecter les sentiments, même s’ils ne sont pas évidents, ou délimités. Comme dans la réalité, les choses ne sont pas aussi fixées que ce qu’elles semblent être. Les relations sont ainsi complexes et nuancées par beaucoup d’éléments. Il est alors hors de question de juger ou de paraitre trop fermé d’esprit en lisant pourtant ce titre qui parait tout innocent et délicat au-delà même du concept du « sucré » pour un shojo. Mais les CLAMP arrivent réellement à faire passer des messages presque difficiles, du moins plus sérieux, en mélangeant ces idées dans le confort du manga, sans que cela ne soit trop flagrant. C’est donc certes leur série la plus enfantine et la plus simple, mais elle est loin d’être aussi stupide et innocente qu’il n’y parait. Comme chaque œuvre de CLAMP, la première impression ne compte pas vraiment. Et si les mangakas veulent renouer avec leurs amours de jeunesse et la simplicité de cet âge de la vie, Sakura a malgré tout des réflexions parfois très profondes, et nous surprend, nous lecteurs.
 
 

© Clamp / Kodansha Ltd.

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