Bokurano - Actualité manga
Dossier manga - Bokurano

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Sommaire

Publié le Jeudi, 29 September 2011


15 sacrifices pour sauver un monde

  
 

Ils étaient un groupe de gamins sans histoires


    De prime abord, ce groupe de quinze enfants semble tout ce qu'il y a de plus banal. Formant une bande de copains lambda lors de la découverte de la cave et leur rencontre avec Kokopelli, il suffira cependant de désunir cet ensemble pour que chaque individualité nous expose ce qu'elle cache au fond d'elle-même. Et, le moins que l'on puisse dire, c'est que Mohiro Kitoh n'y va pas avec le dos de la cuillère. Mais il ne va pas pour autant mettre en place des choses totalement inconcevables. Non, en restant ancré dans une réalité dure, très dure, parfois belle, magique, mais toujours sincère, l'auteur dépeint des tranches-de-vie variées et poignantes. Outre les différents éléments déjà évoqués dans la présentation des personnages, on retiendra bien évidemment l'amitié et le lien qui unit Moji et ses deux amis de toujours. En l'espace de quelques chapitres, Kitoh éclipse à peu près tout ce qui se fait en terme de triangle amoureux dans le paysage shojo. Impressionnant. Dans un registre infiniment plus sombre, il y a bien évidemment le cas Chizuru. Naïve et crédule, amoureuse de son prof, elle se laisse embarquer dans ce qu'elle pense être une histoire d'amour idyllique pour finalement se retrouver à subir un viol collectif dans une chambre d’hôtel. La voila à jamais marquée dans sa chair et dans son esprit. Et ne parlons même pas du dernier chapitre la mettant en scène et faisant un bon dans le passé se concluant par deux mots d'une puissance phénoménale après tout ce qu'il vient de se passer: "sois heureuse".

    Si ces deux cas sont particulièrement marquants, ils ne sont pas les seuls pour autant. Il y a le duo Jun/Kana, sur lequel je reviendrai un peu plus tard, mais aussi Kirie et sa cousine qu'il tente en vain d'aider, Moka cherchant éperdument à être acceptée par ses camarades de classe, Maki qui aurait bien voulu être un garçon, Dai'ichi et le travail inouï qu'il accompli chaque jour pour s'occuper de ses frères et sœurs laissés à l'abandon,... En l'espace de onze tomes, Mohiro Kitoh parvient à développer de manière plus que solide le background d'une quinzaine de personnages, voir même plus, car il ne faudrait pas oublier les militaires et autres invités venant se greffer petit à petit au récit, et à donner une personnalité forte à chacune de ses créations. Honnêtement, bien peu de mangaka seraient capables de faire aussi bien en si peu de temps. Voila un tour de force qu'il serait dommage de sous-estimer. Quoi qu'il en soit, tout cela permet de justifier les agissements de chacun et la manière, à chaque fois différente, avec laquelle chaque pilote appréhendera son combat à venir avec Zearth.
  
 
   
  
 

De l’égoïsme au don de soi

 
    Comme déjà expliqué brièvement auparavant, l'une des thématiques principales de Bokurano relève de l'utilisation qui sera faite de Zearth par les différents personnages de la série. Bien entendu, l'auteur aurait pu opter pour de jeunes gens motivés à sauver la planète sans laisser rien ni personne les faire dériver de leur objectif. C'était sans compter sur la volonté de Kitoh de nous proposer de jeunes adolescents déjà largement torturés par la vie et ayant chacun des idées bien à eux quant à l'utilisation adéquate de Zearth. D'ailleurs, chose assez éloquente, celui qui est le plus à même d'avoir sa place en tant que tête d'affiche d'un shonen de baston classique, Waku, sera aussi le premier à mourir et, ce, dans l'incompréhension générale. Pas de grande célébration, de commémoration émouvante au programme. Au contraire, personne n'ose parler de ce qui lui est arrivé. Celui qui, en d'autres circonstances, aurait du briller est donc le premier à être oublié et aussi l'un des moins développé (ce qui ne veut pas dire qu'il ne l'est pas du tout pour autant). Kitoh nous montre ainsi d'emblée que ceux uniquement animés par le désir de repousser l'envahisseur ne l'intéresse guère.

    Bref, le ton est donné dès le départ et nous prépare pour la suite qui ne tardera pas à exploiter toutes les possibilités offertes par le postulat de base. Et, cela, il peut se le permettre car il a choisi pour principaux protagonistes de son récit des enfants entrant dans l'adolescence, exception faite de Kana, plus jeune mais qui se rattrape de par sa situation familiale compliquée. Dès lors, et comme cela sera expliqué à un moment donné dans le manga, ils sont à un âge où ils sont encore capable de penser. Ils sont suffisamment grands pour se rendre compte de ce qu'il se passe autour d'eux et sentir la responsabilité qui pèse sur leurs épaules mais n'ont pas encore assez d'expérience dans la vie pour être atteint par le cynisme et l'apathie des adultes résignés à leur morne quotidien et bien trop conditionné que pour réagir de manière un tant soit peu originale. Les enfants eux, se sachant condamnés, prennent le temps de réfléchir à ce qu'il se passe, se remémorent leur passé, prennent conscience de tout un tas de choses qui jusque là ne semblaient que de détails sans importance et viennent à se demander ce qu'il restera une fois qu'ils auront disparu. Certains trouvent la paix, d'autres ne peuvent accepter cette situation, d'autres encore voient là une bonne occasion pour réaliser quelque chose avant de disparaitre.

    Mis à part Waku, le seul qui échappe à ce schéma est Masaru dans la mesure où, au moment de prendre les commandes de Zearth, il n'a pas conscience qu'il est condamné à mourir une fois le combat fini. Aveuglé par le pouvoir mis à sa disposition, il ne prête guère attention aux dégâts qu'il cause et à tout ce que cela implique. Obsédé qu'il est par son égocentrisme et sa soif de puissance, il retombe sur terre de manière particulièrement cinglante en détruisant lui-même ses idéaux. Le suivant sur la liste est Dai'ichi. Incapable de vivre pour lui-même, il se consacre jusque dans ses derniers instants à ce qui reste de sa famille tout en ne souhaitant qu'une seule chose au final : qu'ils gardent une lueur d'espoir au fond de leurs yeux. Viens alors Nakarai qui, dans ses dernières heures, parviendra enfin à atteindre son but, avoir des amis. Et cela, c'est par en criant haut et fort ses états d'âme à Kako qu'elle nous le montre avant de s'apaiser pour de bon, rassurée et déterminée. Kako, justement. Incapable de faire face à la mort qui le guette, il ne tardera pas à se laisser aller à toutes les pulsions qui lui parcourent le corps. Confronté à un destin sans échappatoire, il n'a plus le contrôle qu'il pouvait avoir sur Kirie qu'il pouvait facilement dominer et qui représentait sa bouée de secours, il ne tardera finalement pas à perdre la tête tout en se faisant tuer sans même avoir combattu.  Et, cela, des œuvres de Chizuru, la suivante à piloter Zearth et celle qui utilisera ouvertement le robot comme un outil de vengeance. Et c'est probablement là, avec le dernier combat, l'une des scènes les plus marquantes et sordides de la série. Une de ces scènes qui vous marque à jamais et qu'il ne sert à rien de trop décrire tant elle parle d'elle-même.

    Heureusement, Kitoh a ensuite eu la bonne idée de nous redonner de l'espoir, chose qui n'était pas gagnée d'avance. Cela, il le fait via Moji qui est, lui, désormais débarrassé du désir de vengeance qui l'animait et déterminé, au contraire, à rendre ceux qui peuvent encore l'être, pense-t-il en tout cas, heureux. Ensuite, ce sera le tour de Maki. Elle qui souhaite tant voir son petit frère naitre n'aura pas son vœu exaucé mais qu'importe, elle a pu voir son âme briller de mille feux avant que la sienne ne s'éteigne à jamais, elle, déjà reconnaissante d'avoir eu droit à ce qu'elle considère comme une deuxième vie. Puis vient Kirie. Si les précédents combattants étaient décidés à remporter la victoire, ce ne sera pas son cas, ce qui entrainera d'ailleurs une longue et riche refléxion sur la valeur de la vie. Finalement, Kirie, si discret et introverti, imposera sa manière et combattra comme il l'entend. Komoda est la suivante à entrer en scène, au propre comme au figuré. Contrainte d'apparaitre comme la responsable de toutes les pertes engendrées par Zearth jusque là, elle restera cependant digne jusqu'au bout et partira l'âme en paix, portant un regard bienveillant sur le monde qui l'entoure. Puis, c'est Aiko qui sera désignée pilote. Aiko qui a passé sa vie à regarder son père à travers son écran de télévision et qui aura là l'occasion d'avoir son heure de gloire et d'oublier pendant quelques instants le sort qui lui est réservé. Enfin viens Kanji. Lui qui était discret et qui pensait pouvoir s'en sortir facilement perdra finalement tout ses moyens, handicapé par des désirs égoïstes dont il n'avait pas conscience. Il aura reproché à son père de ne pas s'être arrêté à temps, il aurait pu se reprocher de ne pas avoir agit à temps sans l'intervention des militaires et de Jun.
   
  
  
 
 

Plonge moi encore un peu plus en enfer

 
    Dans la partie précédente du dossier, j'ai évoqué les multiples cliffhangers présents et la faculté de Kitoh à surprendre le lecteur. Ce que je n'avais pas précisé, c'est que la plupart de ces évènements s'assimilent à une avancée toujours plus profonde en Enfer pour les pilotes de Zearth et à de véritables tortures mentales pour ces derniers. Le fait d'apprendre que piloter le robot signifiait  aussi y laisser la vie n'était en réalité que le prologue d'une série de révélations contribuant plus que jamais à faire de Bokurano une œuvre d'une horreur rare. Il ne faudra, en effet, pas bien longtemps avant que les enfants n'apprennent que l'un d'entre eux n'a pas signé le contrat le liant à Zearth. Et voila que l'espoir renait en chacun, pour mieux laisser place à son contraire dès lors que le prochain pilote est conscient que ce n'est pas de lui qu'il s'agit.

    Cependant, le véritable choc aura lieu lorsque le groupe prendra conscience qu'ils ne combattent non pas des extra-terrestres venus les envahir mais, purement et simplement, d'autres personnes, provenant de mondes parallèles, et placés dans la même situation qu'eux. Ainsi, sans même s'en rendre compte, ils viennent d'ores et déjà de perpétrer plusieurs génocides d'une envergure inimaginable. Et les prochains devront faire de même, tout en en étant parfaitement conscients, s'ils veulent que leur planète survive. Et ce choc sera bien évidemment amplifié par la suite, lorsque Jun se voit contraint de tuer toute personne vivante sur la planète où s'est enfuit son opposant. Pas question de tout anéantir d'un seul coup ici. Il faudra voir les gens souffrir et pleurer. C'est l'unique moyen de sauver la dernière personne qui lui reste. Des milliards de vie contre une seule qui importe à ses yeux. Lui qui aura perdu Kana, celle-ci lui révélant l'identité de sa véritable mère, cette dernière se suicidant sous ses yeux pour permettre à la première citée de remporter son combat. Lui qui aura perdu Yoko, celle qui lui offrait un échappatoire provisoire mais essentiel pour sa survie. Kitoh aura placé ses personnages dans une situation qui dépasse l'entendement et qui est d'une cruauté inégalée. Et, son ultime coup de maitre, c'est de conclure son récit comme il l'avait commencé, nous dévoilant sur un ton désinvolte que tout ce qui vient de se produire est destiné à se répéter, indéfiniment sans doute, l'air de rien. Qui tire les ficelles de cette abominable machination ? Cela importe peu, les faits sont là et on ne peut rien faire pour changer les choses. On tue et l'on se fait tuer. Éphémère et destructeur par nécessite, ainsi va l'humain.
   
  

BOKURANO by Mohiro KITOH © 2004 by Mohiro KITOH / Shogakukan Inc.

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