Dossier manga - Bokurano

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Sommaire

Publié le Jeudi, 29 September 2011


En marge des enfants

 
 

Le rôle des parents


    Dans Bokurano, l'attention se focalise, vous l'avez sans doute compris à présent, sur les enfants et sur leurs agissements. Ceux-ci sont, comme déjà dit, conditionnés en partie par leur vie, leur passé et leur cadre familial. Dès lors, difficile de ne pas s'attarder sur le rôle des parents. On se rend en effet bien vite compte qu'ils ont une grande influence sur leur progéniture et Mohiro Kitoh ne se prive pour traiter la chose. Cela, il nous le montre une nouvelle fois dès l'entame du récit par l'intermédiaire d'un Waku en plein doute quant à ses futurs objectifs. Il a arreté le foot, tout comme son père l'a fait étant plus jeune. Mais est-ce vraiment là la chose à faire ? Le lien entre les deux est donc évident. Toujours est-il que l'auteur fera de même par la suite, mais en nuançant son propos. Si l'on pourra remettre facilement en cause les agissements du père de Kodaka, on sera au contraire enclin à féliciter l'attitude de la mère de Nakarai qui, se moquant bien de son statut, offre une éducation remarquable de droiture à sa fille. Dans ces deux-cas précis, on se retrouve face à ce qui nous apparait comme des évidences, chose plutôt rare dans Bokurano et, justement, dans d'autres cas, la frontière entre les bons et les mauvais choix sera bien moins nette.

    Prenons par exemple le cas de Chizuru. Dans le chapitre où elle apparait petite, on la découvre terriblement méfiante face à cet inconnu auquel ses parents viennent en aide. Pourtant, elle finit par céder face à la confiance que son père, notamment, semble lui accorder. Et, au final, il s'avère que cette fois-là il a bien fait, même si beaucoup de gens à sa place auraient agit différemment. Hors, quelques années plus tard, on retrouve une Chizuru qui adoptera finalement le même comportement que son père face à son professeur. Elle ne se méfie pas. Elle aurait dû. Elle l'a payé très cher. Et sa sœur de venir lui faire la morale un plus tard, lui expliquant que, si elle en est là, c'est en partie sa faute. Mais l'est-ce vraiment ? C'est un exemple parmi d'autres. On pourrait également parler du cas de Maki et de son père otaku. Elle explique en tout sincérité qu'elle n'avait pas envie d'être une fille. Mais elle évoque aussi la possibilité d'avoir été influencé par son père. Aussi gentil semble-t-il être, a-t-il vraiment adopté le comportement adéquat face à sa fille ? Rien n'est moins sur et, pourtant... le doute subsiste.

    Dans la continuité  de tout cela, il ne faudrait certainement pas négliger le dixième volume de la série. Un tome à part puisqu'il apparait presque comme un épilogue avant l'heure. Il permet de mieux appréhender le regard qu'avaient ces parents sur leur enfant mais aussi ce que la perte de celui-ci a provoqué chez eux. Les changements qui se sont opérés, la gestion du deuil, leur vision de l'avenir plus incertaine que jamais. Kitoh met donc en exergue l'importance du père et de la mère mais le fait sans pointer d'un doigt accusateur une personne en particulier. Il se contente de mettre sur papier des faits qu'il incombera au lecteur de déchiffrer et de s'en faire sa propre idée.
 
 
   
  
  

La mort


    Si l'on vient d'évoquer le deuil des parents envers leur enfant, on peut facilement parler du thème de la mort de manière plus général car il sera omniprésent tout au long du récit et, ce, sous des formes bien diverses. Si leurs géniteurs doivent gérer tant bien que mal leur décès, cela vaut également pour les enfants eux-mêmes. Ils se savent condamnées et, comme on a pu le constater précédemment, chacun à son propre cheminent jusqu'à cette issue inéluctable. En outre, ces mêmes enfants doivent être en mesure de gérer les pertes successives de leurs compagnons, amis, amants, frère ou sœur. Tout comme ils doivent également prendre sur eux les morts causées bien involontairement (ou volontairement, dans le cas de Kodaka) dans leur propre camp. Et, inversement, ils doivent supporter le fait d’éradiquer une population entière en détruisant le mecha adverse. Celui qui représente à merveille ces différents degrés de gestion de la mort est probablement Jun puisqu'il verra successivement sa sœur, sa mère, la fille qu'il aimait et des millions de gens innocents mourir sous ses yeux, de sa main pour les derniers cités. Sa réaction est on ne peut plus parlante. C'est tout simplement insupportable, même pour lui.

    Au delà de ça, on peut également percevoir, à travers Bokurano, la mort d'une façon plus métaphorique. Comme je l'avais rapidement évoqué auparavant, la présence de ces combats à mort entre deux mondes parallèles montre combien l'être humain a besoin de tuer autrui afin de pouvoir lui-même subsister. Mais il n'est pas pour autant à l'abri de se faire lui-même tuer par un autre. Et nous voila embarqué dans un cercle vicieux sans issue favorable, contraint de s'imposer inexorablement par la force pour progresser et évoluer. Ce n'est pas un choix, juste une nécessite qui nous dépasse. Tout cela revient à dire que l'être humain est fondamentalement imparfait et sans espoir de survie. Tôt ou tard, il se fera dévorer par un prédateur plus dangereux que lui. Bref, nous voila avec une vision particulièrement pessimiste du monde qui nous entoure.
    
 
  
 
 

Une critique un peu trop facile

  
    Enfin, je terminerai ce dossier en évoquant rapidement ce qui est peut-être le seul aspect qui soit quelque peu plus négatif bien que, soyons clair, cela reste assez relatif. Il s'agit de la critique effectué par Kitoh envers les médias, la politique et l'armée. C'est surtout flagrant dans les deux premiers cas. En soi, le traitement qui leur est réservé n'est pas particulièrement gênant car il sert l'histoire et permet d'offrir l'un ou l'autre retournement de situation. Le problème, c'est que cela manque peut-être quelque peu de subtilité. Surtout par rapport au reste de l’œuvre qui, justement, ne part jamais dans tes tons trop bien définis.

    Si l'on prend par exemple le cas des médias, on se retrouve avec un noir de jais lorsqu'on découvre qu'ils ont publiés la liste des pilotes potentiels de Zearth sans se soucier des conséquences que cela pourrait avoir. D'un autre, on fait face à un blanc immaculé lorsqu'Aiko présente d'émouvantes excuses publiques pour les dégâts qu'ils ont causés lors des précédents affrontements. Pour ce qui est de la politique, on pense bien entendu au refus des États-Unis d'utiliser leur propre arme nucléaire car le président en fonction tient à être réélu. Difficile de faire plus acerbe comme diatribe.
  
  

BOKURANO by Mohiro KITOH © 2004 by Mohiro KITOH / Shogakukan Inc.

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