Dossier manga - 20th Century Boys

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Publié le Jeudi, 12 June 2008


Nostalgie sous influence


Mais 20th Century Boys est aussi une critique nostalgique des années 60-70  : celles de la jeunesse de l'auteur, né en 1960, il a alors quasiment le même âge que Kenji au moment où Neil Armstrong pose le pied sur la lune. Dans une interview, Urasawa confiera qu'il s'est inspiré des jeux de son enfance pour décrire le quotidien de Kenji et de ses amis. Rien d'étonnant à ce que l'on trouve dans la série de multiples références au Tokyo de cette période, qui n'est alors pas la forteresse de béton d'aujourd'hui : la ville ressemble plus à un petit village avec de nombreuses bâtisses en bois, dont la petite boutique « des vieux », comme la surnomme nos héros, où ils se réunissent pour partager quelques glaces.



De même, de nombreux clins d'oeil à la production manga de cette époque sont présents : références aux mangas sur le catch, très prolixe à l'époque, ancêtres des shônen «baston» d'aujourd'hui (mais aussi à Great Inoki, célèbre catcheur japonais), aux séries sur les robots géants «à la Goldorak» (comprenez loin du design aérodynamique des créations actuelles), à Ashita no Joe. Outre les détails les plus évidents, l'auteur a dissimulé d'autres petits hommages dans ses dessins : un masque d'Astroboy, la tenue de Tetsuro de Galaxy Express 999...


A la lecture du titre, on se rend compte qu'Urasawa a beaucoup de nostalgie pour cette période et pour ce moment de sa vie où il a, sans doute, découvert le manga et en particulier les oeuvres de Tezuka. La présence de mangakas dans la série ne fait que confirmer ce fait : le duo d'auteurs signant sous un unique nom de plume fait référence à Fujiko F. Fujio, duo d'auteurs dont l'oeuvre la plus célèbre reste Doraemon, mais également à Tezuka, de par leur tenue vestimentaire (le béret basque que seul Tezuka portait!). Tezuka restant encore aujourd'hui l'idole d'Urasawa, et une grande source d'inspiration notamment avec Monster ou sa nouvelle série Pluto, qu'il place directement dans l'univers futuriste de Tetsuwan Atom (Astroboy ou Astro le petit robot), oeuvre phare de Tezuka et favorite d'Urasawa.


La série reste une critique de la bande-dessinée japonaise plus ou moins dissimulée. Derrière un thriller efficace, Urasawa utilise les grosses ficelles du manga : une base ultra manichéenne de lutte entre le bien et le mal, avec un anti-héros fade mais sympathique et un vilain charismatique, des robots géants, des extra-terrestres, une organisation maléfique, le retour improbable du héros mais pourtant attendu, le sort de la planète entière en jeu... Que se passerait-il si les histoires des mangas des années 60-70 venaient à se réaliser dans le monde « réel » avec tout le sérieux que cela implique? C'est ça 20th Century Boys! Et je ne parle même pas du logo imaginé par Otcho à partir des mangas hebdomadaires et qui sera élevé au rang de symbole religieux!








L'environnement de la série

 

Une série ancrée dans le réel...

De nombreux évènements historiques ponctuent la période des années 60 dans la série : le premier pas de l'homme sur la Lune en 1969, l'exposition universelle de 1970, la bétonisation des quartiers liée au développement de la ville de Tokyo, représenté dans la série par le « boom du Bowling ». Tout ces faits vont contribuer à donner plus de poids à la série en lui fournissant un contexte réel et réaliste.


L'exposition universelle d'Osaka de 1970, qui a vraiment eu lieu, est un passage important du manga. Première exposition de ce type à se dérouler en Asie, elle a marquée l'imaginaire de toute une génération de jeunes japonais. Son thème principal était « les progrès de l'Homme dans l'harmonie », qui sera l'occasion pour les divers pays y participant de présenter des visions futuristes de la vie et bien évidemment les années 2000. Ouverte entre le 15 mars et le 13 septembre 1970, elle réunira plus de 64 millions de visiteurs dont 97% de japonais.


La Tour du Soleil en 1970 et aujourd'hui


Cet événement restera symbolisé par l'imposante sculpture que l'on pouvait y voir : la Tour du Soleil. On peut encore la voir aujourd'hui à Osaka. Elle apparaît très souvent dans le manga, et Ami se l'appropriera en la transformant « à son image ». Cet ovni artistique est la réalisation de Tarô Okamoto, un célèbre artiste japonais à qui l'on doit également la phrase « l'Art est explosion » que certains lecteurs de shônen reconnaîtront. Mais si l'on en juge par la photographie suivante, il est aussi l'inspirateur du logo de la série.


Tarô Okamoto (Ca ne vous rappelle rien?)


Les bâtiments célèbres viennent aussi rajouter leur touche de réalisme. La «Luciole des Mers» bâtiment flottant dans le port de Tokyo, devenu une prison politique dans le «futur» de notre manga, est un centre commercial se trouvant réellement à Tokyo! Ou encore l'Assemblée Nationale japonaise qui deviendra le siège de l'omnipotent Parti de l'Amitié.


Mais «20th Century Boys» est avant tout une chanson de T-Rex, groupe de rock des années 60-70. Titre dont l'écoute à certains moments clés de la série (où il est évoqué), donne une dimension supplémentaire à l'histoire. D'ailleurs Kenji est aussi un rocker, présenté par l'auteur comme un samouraï des temps modernes ayant remplacé son sabre par une guitare, et dont l'arme est une chanson nostalgique, sa chanson, «Bob Lennon», hommage à John Lennon et Bob Dylan. Chanson enregistrée réellement pour la série et que l'on pouvait trouver dans la version collector du tome 11 japonais.
Une volonté d'être dans le «vrai».



Mais parasitée par la science-fiction!

La conquête de l'espace est un thème récurrent dans la série, Urasawa nous fera (re)vivre le premier pas de l'homme sur la Lune. Les couvertures originales japonaises font très souvent référence en arrière-plan aux engins spatiaux, à la Lune ou encore à la Science-Fiction telle qu'elle était dans la jeunesse de nos héros, dans la bande-dessinée ou au cinéma, avec des trucages aujourd'hui risibles. Pas étonnant donc que Kenji évoque dans le « cahier de prédictions » des soucoupes volantes et des ennemis aliens.

A cette époque, la jeunesse japonaise sait que pour lutter contre l'envahisseur extra-terrestre rien ne vaut un bon vieux robot géant. Il est donc normal que le Parti de l'Amitié s'échine à vouloir en créer un. Mais la réalité les rattrapera vite, les mangakas des seventies avaient oublié la gravité.


Difficile de rendre réel l'imaginaire d'un manga. La menace alien se fait grandissante (c'est Ami qui l'a dit), heureusement la brigade de défense de la Terre a été crée. Une brigade qui dissimule en fait une milice politique qui fait régner l'ordre sous la dictature de l'Amitié.


Pour Ami, le 20 juillet 1969 reste le grand moment de solitude d'un homme, le troisième homme de l'expédition Apollo 11, Michael Collins, obligé de rester dans la capsule en orbite autour de la Lune.


   
 

© 2000-2007 Naoki Urasawa / Shogakukan Inc. All rights reserved

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