Ushijima - Actualité manga
Dossier manga - Ushijima

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Publié le Vendredi, 12 November 2010


Une identité propre

 
Intimement liées, la discrétion du personnage principal et l'absence de fil conducteur à l'intrigue sont les deux traits caractéristiques contribuant incontestablement à donner un ton particulier à ce seinen.

De par les activités illustrées, le seinen de Shohei Manabe ne saurait ériger son personnage principal, Ushijima, en classique héros. On en est bien loin ! Pour autant, Ushijima ne se cantonne certainement pas à l'archétype de l'antihéros par excellence. Ce personnage est inclassable.

Hormis quelques pages du premier tome, le manga ne nous apprend strictement rien (et ce jusqu'au dernier volume paru en France, soit le treizième) sur Ushijima. Ainsi, le seul et unique sourire d'Ushijima (qui s'en souvient ?!) apparaîtra dans le premier tome. La seule référence à sa vie personnelle est de même faite dans le premier tome, où l'on peut apercevoir l'usurier s'occuper de ses lapins de compagnie (rappelant fortement le personnage de Jim Jarmusch Ghost dog et ses pigeons). Shohei Manabe joue avec les contrastes. Ushijima a beau être riche, il fait comme il lui plaît. Il préfère s'habiller en survêtements de marque (urban style) et rouler en 4x4 de luxe. Une excentricité pas si étonnante pour un personnage qui n'apparaît pas comme un caïd maître des quartiers, mais comme un professionnel rigoureux et organisé bien que ses objectifs ne soient guère louables. Avare quant à la psychologie de son personnage phare, Shohei Manabe livre des clefs en quelques chapitres et plus rien par la suite... Mais cela n'a pas d'importance, car tout l'intérêt d'Ushijima est ailleurs.

Si le cinéaste Takeshi Kitano a eu pour objectif d'atteindre la perfection dans l'anti-émotion (en jouant lui-même des personnages dont il voulait que les visages soient inexpressifs), Shohei Manabe dessine à travers le personnage d'Ushijima un homme suscitant quelle que soit la situation le mal-être. Comportement posé, visage constamment austère et impassible, physique de colosse. On est loin du personnage que l'on aime détester, très loin tellement Shohei Manabe fait de son personnage un homme dangereux sur tous les points, tortionnaire, prédateur. Pour autant, l'on peine à discerner ce que l'on ressent face à cet usurier : une crainte certaine et sévère, mêlée à un profond respect tant Ushijima étonne par son jeu inhumain et dégradant avec ceux qu'il appelle « ses esclaves » (ses clients). L'on espère, trop souvent, le voir pris de compassion pour au moins l'un d'entre eux. Cela n'arrivera pas, ou en tous cas de manière détournée : difficile en effet de comprendre Ushijima, personnage très nuancé. Ushijima se situe bien au-delà du cynisme : c'est dans la cruauté qu'il trouve sa raison de vivre, mais une cruauté basée sur une légitimité profonde, soit récupérer l'argent qu'il a prêté et des intérêts. En suscitant ainsi des émotions contradictoires et un malaise permanent à travers la présence d'un seul personnage, l'auteur signe un tour de force et donne une puissance certaine à la narration de son manga.

Des personnalités excentriques, comme celle d'Ushijima, le manga en est rempli. Les clients endettés sont adeptes de tous les excès, tous sont plus ou moins paumés, tous cherchent leur place. Il n'y a donc aucun hasard à se retrouver face à des individus qui se sauvent psychologiquement en se trouvant l'identité la plus extravagante possible. A l'opposé, l'on trouve aussi tellement de personnages à la banalité écrasante... La diversité du genre humain placé en situation de désarroi, face à tant de périls, voilà ce que montrent les personnages du seinen de Shohei Manabe.
  
 
 
Hormis le premier tome qui est vraiment un pur tome de présentation, les premiers volumes contiennent généralement deux histoires portant chacune sur la vie d'un personnage. Au fur et à mesure, Shohei Manabe va jusqu'à consacrer pas moins de 2 tomes et demi à un même personnage. On peut même prendre certains tomes comme des one-shots, tant le héros principal est discret et l'intrigue principale absente. Il est tout à fait possible de lire les tomes 10 et 11, mais ne pas lire le reste de la série, ou lire le tome 13 seul par exemple.

L'auteur marque des coupures nettes entre les tomes, la fin de certains faisant apparaître des personnages que l'on ne retrouve plus dans le tome suivant... Dans de nombreux tomes, Ushijima ne peut être vu que de façon furtive : apparition unique en plein cours du récit ou apparition finale. A la manière de Naoki Urasawa, Shohei Manabe revient toujours à ce personnage par des biais totalement différents. La narration est donc savamment décousue pour en fait s'avérer parfaitement maîtrisée. Ushijima est le personnage principal du manga non en ce que l'on en apprend beaucoup sur lui (car ce n'est clairement pas le cas), mais parce que l'auteur l'utilise comme base aléatoirement dans son récit.

Shohei Manabe a recours à des procédés de narration plus classiques. Les personnages se retrouvent souvent acculés, et l’auteur ne semble leur laisser de l’espoir que pour mieux les briser par la suite : déjà vu, mais efficace. De plus, l'auteur se permet quelques surprises, comme un retour remarqué sur Ushijima, dans des tomes 4 et 5 au suspens haletant. L'usurier est inébranlable même emprisonné, préparant sa vengeance face aux trahisons tel un champion d'échecs, la méticulosité se mêlant à une attente haineuse d'en découdre. Ushijima impressionne par sa puissance, le lecteur étant fébrile à chacune de ses actions.
 
 
  
 
 

YAMIKIN USHIJIMA KUN by Shohei MANABE © 2004 by Shohei MANABE / Shogakukan Inc.

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