Tokyo Kaido - Actualité manga
Dossier manga - Tokyo Kaido

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Sommaire

Publié le Vendredi, 01 December 2017


Les prémices de Chiisakobé


Tokyo Kaido est un manga qui, bien qu’ayant été publié antérieurement à Chiisakobé, est la dernière œuvre de Minetarô Mochizuki à être arrivée dans nos contrées. A sa lecture, nous nous rendons vite compte qu’il n’est pas sans rappeler la dernière série de l’auteur. En effet, malgré un récit centré sur un personnage principal incapable de faire part de ses sentiments dans Chiisakobé aux antipodes d’un Hashi s’exprimant sans filtre dans Tokyo Kaido, les deux récits s’articulent autour de personnages essentiellement jeunes (enfants, jeunes adultes) marginaux et incompris de la société. Shigeji tout comme Hashi ont leur visage dissimulé le plus souvent ; un personnage féminin est particulièrement mis en avant : Hana ou Ritsu et un humour décalé transparait tout au long des deux mangas. La mise en abîme y est utilisée par l’auteur que ce soit au travers des deux mangas d’Hashi ou de l’histoire rédigée par Ritsu à destination des enfants orphelins dans Chiisakobé. Aussi, les deux titres se rejoignent quant à la création d’une famille de substitution que ce soit par le biais de la clinique Christiana dans Tokyo Kaido ou encore avec la résidence de Shigeji dans Chiisakobé.





Une mise en abîme traduisant la vision de son auteur


Au travers d’Hashi, c’est Minetarô Mochizuki qui s’exprime. Son personnage fait part de son ressenti par le biais de mangas tout comme lui. Par ailleurs, l’un d’eux a un titre identique à l’œuvre à savoir Tokyo Kaido. Dans celui-ci, le jeune homme raconte l’histoire d’un garçon portant son nom qui change d’apparence du jour au lendemain pour devenir un monstre. Lorsqu’il souhaite vivre sa vie comme d’ordinaire, n’étant plus le même physiquement, il se retrouve rejeté par ceux qui l’entourent. Sa différence le marginalise. Avec cette histoire analogue à La Métamorphose de Franz Kafka, difficile de pas voir une transcription de ce qu’a vécu Hashi après son accident : du jour au lendemain sa vie n’a plus été la même et sa différence l’a isolé de la société. Dans sa deuxième histoire, Hashi, sous les traits d’un pingouin  nous fait part de ses craintes quant à sa future opération et la conclusion du récit laisse cruellement présager ce qu’il adviendra de notre héros. Ce qu’il n’arrive pas à confier à ceux qui l’entourent, Hashi l’exprime par la création. Les autres personnages se reconnaissent d’ailleurs dans ses récits. C’est le cas lorsqu’Hideo s’exclame : « On dirait mon histoire ! ». Par ailleurs, les mangas d’Hashi sont également la traduction de ce qu’a vécu Mochizuki en prenant une direction artistique différente. Son but est de toucher chacun de ses lecteurs par le biais d’histoires personnelles qui ont une portée universelle.





A la recherche de la « normalité »


Tokyo Kaido nous livre avant tout l’histoire d’êtres qui, parce qu’ils sont malades, sont mis à l’écart de la société. Et pourtant, lorsque nous sommes confrontés à ceux qui les entourent, nous nous posons la question de déterminer s’ils ne sont pas moins proches de la norme que les patients du Christiana. L’un des personnages : Bibi est le gardien de la clinique. Et pourtant, avec son look et son attitude décalée, le lecteur pense très vite qu’il est lui aussi un patient alors que ce n’est pas le cas. Il en est de même avec l’infirmière et ses lunettes : n’est-elle pas plus étrange qu’Hashi ou Hana ? Malgré tout, ce sont ces derniers qui sont présentés comme étant « malades » et « hors-normes ». Par ailleurs, ne sont-ils pas différents car ils ne peuvent pas mentir sur leurs sentiments et ce qu’ils sont ? Le docteur Tamaki est marié, père et reconnu dans sa profession. Il semble parfaitement entrer dans la norme (même si son apparence efféminée dénote). Mais, en réalité, il n’assume pas ce qu’il est réellement. Les êtres trop lisses, d’apparence trop « normale » ne sont-ils pas de simples menteurs qui dissimulent qui ils sont réellement ?

« Il y a toujours ce maudit regard de la société » qui nous scrute et nous blesse le plus souvent. Lorsque le docteur Tamaki prend la décision de vivre tel qu’il est réellement, il fuit le jugement social en quittant la clinique du jour au lendemain sans même prévenir quiconque de son départ. Il n’assume pas ses actes et se dérobe : sa femme et sa fille, ses patients, tous sont mis au second plan. Il va alors vivre une période d’euphorie durant laquelle il est heureux de se sentir lui-même mais, la réalité implacable le rattrape. C’est le cas, lorsqu’il est insulté dans la rue puis au moment où, alors qu’il croise le regard de sa femme, il est renversé par une voiture. Cette scène d’une violence inouïe représente l’implacabilité et la cruauté de l’existence : la réalité nous rattrape tous un jour ou l’autre. Il faut faire un choix : assumer d’être qui l’on est ou réprimer sa personnalité. C’est inévitable, tout mensonge étant en effet découvert un jour. Nous sommes dans une société où la déviance doit être dissimulée : elle existe mais ne doit pas apparaître aux yeux de tous. Comme l’avance Hashi : « Les gens cachent la vérité par des mensonges, ils ne peuvent pas vivre en montrant ouvertement des trucs honteux ». C’est pour cela qu’Hana, qui ne peut réprimer ses pulsions présentées à la vue de tous, est marginalisée tout comme le jeune homme qui ne peut s’empêcher d’exprimer à voix haute ce qu’il pense : tout n’est pas bon à dire et cela quelle que soit la véracité du propos énoncé. La société baigne ainsi dans une hypocrisie constante. « On porte tous un fardeau dans notre cœur, même si on n’en a pas envie. Et ça, on n’y peut rien. Alors arrête de te faire du mal et accepte-toi tel que tu es tout entier. C’est probablement la seule solution ». Ces mots que le docteur Tamaki prononce à l’encontre d’Hashi présentent une réponse possible : puisque l’homme ne choisit pas sa condition et que la vie lui demande d’avancer malgré tout : rien ne sert de se lamenter, il faut apprendre à vivre avec ce que l’on est même si cela est douloureux pour tenter de toucher au bonheur, objectif de chacun d’entre nous.
  
  

  
  
  


Tokyo Kaido © Minetaro Mochizuki / Kodansha

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