Suzuka - Actualité manga
Dossier manga - Suzuka

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Sommaire

Publié le Jeudi, 20 May 2010


C'est dans les meilleurs pots...

  
Rapidement, certaines choses frappent pendant la lecture de Suzuka: Kouji Seo y réutilise pléthore d'éléments déjà vus ou revus dans d'autres manga du même genre.
 
Pour le tout début de la série, principalement le premier volume, le parallèle avec le célèbre et tant décrié Love Hina de Ken Akamatsu est inévitable. Comme dans Love Hina, un jeune garçon débarque dans une pension où ne logent que des filles. Comme Keitaro et Naru dans Love Hina, un trou permet une connexion entre les chambres de Yamato et de Suzuka. Comme Kitsune dans Love Hina, Yûka a une forte tendance à se laisser aller dans l'alcool. Comme Keitaro, Yamato apparaît bien benêt au début de la série... Mais surtout, comme dans Love Hina, le premier tome de Suzuka laisse apparaître une avalanche de fan-service qui aura vite fait d'irriter et de donner une image erronée de la série. Erronée car, contrairement à Love Hina, le fan-service de Suzuka s'arrête quasiment dès le premier tome. Bien entendu, tout au long du manga, nous aurons encore droit de temps en temps à une petite scène ou une petite case flattant l'oeil du lecteur masculin, mais quoi de plus logique dans un manga de type shônen romantique ? Au final, on ne le dira jamais assez: le premier volume de Suzuka ne reflète en rien les qualités et l'univers de la série.

Egalement, le mélange entre romance et sport n'est pas nouveau, et sur ce point-là, on peut éventuellement penser à la majorité des shônen de Mitsuru Adachi, ou même à Slam Dunk, dans lequel le héros, Sakuragi, à l'instar de Yamato, intègre à l'origine le club de sport pour se rapprocher de celle qu'il aime. La principale différence étant ici que Kouji Seo, de son côté, insiste bien plus sur la romance que le papa de Touch et Rough, ou que Takehiko Inoue qui se concentrera exclusivement, lui, sur le sport.

Un autre énorme cliché du shônen romantique est également bel et bien présent, du moins pendant la première moitié du manga: il s'agit du célèbre trio amoureux, composé ici de Yamato, Suzuka et Honoka. Toutefois, il est à noter que ce ne sera le cas que pendant environ la moitié de la série: contrairement à de nombreux autres titres du genre, Kouji Seo n'arrête pas son titre quand son héros a choisi l'une ou l'autre de ses prétendantes et commence à sortir avec. Non. Ici, le mangaka émet un véritable désir de nous montrer ce qu'il adviendra des différents personnages sur la longueur, si le couple vedette tiendra et comment il évoluera, et ce que l'avenir réserve aux protagonistes secondaires. Ainsi, le rôle de Honoka dans la deuxième moitié de la série se fait plus subtil, celle-ci évoluant, gagnant en maturité, ne restant pas coincée dans son si naïf amour d'enfance.

De par-là même, cette prise de maturité au fil des volumes peut évoquer des oeuvres du genre elles-mêmes plus matures que la moyenne, et si l'on part notamment piocher du côté des seinen, on peut éventuellement penser au Maison Ikkoku de Rumiko Takahashi, encore plus en voyant la fin posée qui se profile dans le dix-huitième et dernier tome de Suzuka. C'est un fait: au fil des volumes, la série de Kouji Seo gagne en maturité, ce qui commence comme une série romantique juvénile devient petit à petit plus posée, mais nous y reviendrons par la suite dans une autre partie. Mais avant tout, s'il y a un thème qui ne manque pas de rappeler Maison Ikkoku, c'est bien celui du deuil, de la difficulté de tirer un trait sur l'amour que l'on portait à un être aujourd'hui décédé. Et ici, à l'instar de Godai dans le manga de Rumiko Takahashi, le principal rival amoureux, voire le seul rival amoureux de Yamato sera un mort...

Enfin, si l'on a pu voir de nombreux shônen romantiques tomber petit à petit dans le manga harem, Kouji Seo parvient sans difficulté à éviter cet écueil. Contrairement, à tout hasard, à un Ichigo 100%, toutes les filles présentes dans Suzuka ne vont pas se découvrir petit à petit ou soudainement un amour pour notre héros. Au total, seules trois véritables prétendantes seront au programme, dont une arrivera sur le tard et disparaîtra tout aussi vite. Qu'on se le dise, Yamato n'est pas un tombeur, et il le sait. Il ne lui suffit pas de claquer des doigts pour attirer toutes les filles. Mais le mangaka ne tombe pas pour autant dans le piège inverse: loin des héros si souvent coincés de ce type d'histoire, il ne faudra pas longtemps à Yamato avant de se déclarer. Le jeune garçon assume ses sentiments, souvent avec maladresse, mais il les assume, tant et si bien qu'il a conscience qu'il lui faudra faire de nombreux efforts pour parvenir à conquérir sa belle.

Par tous ces aspects, on constate donc que Kouji Seo pioche allègrement dans diverses séries du genre pour nous offrir une oeuvre ayant indéniablement sa propre personnalité. Après un premier tome assez insupportable, la série dévoile toutes ses qualités: l'auteur reprend un grand nombre des codes du genre pour en tirer parfaitement profit, accordant la première place au réalisme de son histoire.
       
  
   
       
  

Portraits


Indéniablement, Kouji Seo a apporté un soin particulier aux trois protagonistes qui forment le triangle amoureux principal du manga. Mais l'auteur ne s'est pas arrêté à Yamato, Suzuka et Honoka, et il convient tout autant de s'intéresser aux autres personnages secondaires de la série, qui ont presque tous un background assez travaillé, et/ou un rôle à jouer.


Yasunobu et Miki: l'autre couple?
Nous l'avons vu plus haut: entre Yasunobu et Miki, ce n'est pas l'entente cordiale, du moins à première vue. Miki ne supporte pas le côté playboy de Yasunobu, et ce dernier a lui-même du mal à accepter les remarques grinçantes de la demoiselle. Sur des sujets aussi divers que variés, les deux adolescents ne cessent de se chamailler lorsqu'ils sont ensemble... Et justement, le lecteur a vite fait de remarquer quelque chose: tout au long du manga, Yasunobu et Miki sont souvent ensemble. Alors, véritables ennemis ou participants au jeu du "je t'aime moi non plus ?". Après tout, on dit que les opposés s'attirent... Leur situation peut également s'expliquer par le rôle très similaire qu'ils occupent auprès de chacun de nos deux héros: Yasunobu est le meilleur ami et le confident de Yamato, tandis que Miki est la meilleure amie et la confidente de Suzuka... A partir de là, il n'y a qu'un pas pour voir une corrélation entre les deux personnages, et l'on se surprend rapidement à avoir envie de voir ces deux-là former un véritable couple... Reste à présent à voir si Kouji Seo apportera une conclusion heureuse à ce couple en grande partie imaginé par le lecteur, le mangaka n'ayant pas encore, après 17 tomes (à la date où ce dossier est rédigé, le volume 18 n'est pas encore sorti), véritablement abordé le sujet.
 
 
Miho, de l'enfance à l'adolescence
Revenons sur Miho, la jeune cousine de Yamato, qui est elle aussi amenée à évoluer, mais en décalage par rapport aux autres personnages de la série. En effet, étant donnée qu'elle est plus jeune de quelques années, c'est du statut d'enfant à celui d'adolescente que nous la voyons passer lentement, tandis que Yamato, Suzuka et leurs amis quittent petit à petit l'adolescence pour se forger des mentalités de jeunes adultes. Au départ, nous découvrons donc une Miho gamine, très attachée à son cousin au point de lui déclarer que plus tard elle se mariera avec lui, chose que beaucoup d'enfants aiment sortir de manière légère. L'esprit gamin est bien là. Puis, au fil des volumes, l'enfant grandit, suit sa voie qui semble elle aussi bien partie pour être sportive, considère autrement son cousin, et voit des regards amoureux commencer à se poser sur elle, comme ceux de l'un de ses camarades de classe que nous suivrons plus d'une fois dans la deuxième moitié du manga. Petit à petit, sans que l'on y prête vraiment attention, la demoiselle évolue donc, si bien que la Miho des derniers tomes, de par son côté très ouvert et "bien dans ses pompes", rappelle un peu la Miki des premiers volumes. La boucle et bouclée. Quoiqu'il arrive, le temps passe, chacun évolue, et les situations vécues par les premiers auparavant seront également vécues plus tard par la génération suivante.


La face cachée de Yûka
S'il y a un personnage secondaire qui surprend, c'est bien Yûka. Pendant une grande majorité de la série, on n'attend pas beaucoup d'évolution de la part de cette jeune femme au look provocateur et au fort penchant pour l'alcool, si ce n'est un peu d'humour et, tout de même, quelques conseils avisés pour Yamato qui laissaient déjà entrevoir une certaine sensibilité en elle, derrière les apparences. Et il faudra attendre le volume 15 pour voir la demoiselle dévoiler réellement ce qu'elle a au plus profond d'elle-même, lorsque son amour du passé refait surface en expliquant bien des choses quant à sa personnalité, notamment en ce qui concerne son look et son attrait pour l'alcool. Le travail alors apporté à Yûka étonne d'autant plus qu'il servira de déclic dans l'évolution de Yamato vis-à-vis de sa relation avec Suzuka. A travers Yûka, Kouji Seo révèle l'un de ses talents: un personnage en apparence anodin sert de base à l'évolution de la situation.


Les autres
Bien que moins marquants, la majorité des autres personnages jouent bien leurs rôles: Kazuki Tsuda, bien qu'il ne soit plus de ce monde,  fait office de rival amoureux, pendant que le dénommé Emerson Arima se dresse comme l'archétype même du rival sportif pour Yamato. Quant à Sôichi, il se dresse comme un élément imperturbable, suivant les choses d'un point de vue légèrement extérieur, mais ne manquant pas d'influence. Et Ayano campe comme il faut, bien que discrètement, le rôle de tante et de propriétaire de la pension, en quelque sorte d'"autorité supérieure".


Les déceptions
Malgré tout, à côté du soin apporté à la majorité des protagonistes, nous sommes forcés d'admettre quelques déceptions vis-à-vis de trois personnages un peu plus creux ou oubliés.

Commençons par le cas de Yui, jeune et jolie jeune fille qui tentera, l'espace de deux ou trois volumes, de se rapprocher très maladroitement de Yamato dont elle est tombée amoureuse, avant d'être définitivement écartée et de ne plus réapparaître. Le personnage en lui-même était plutôt attachant, et l'on regrette donc de la voir disparaître aussi subitement du manga, sans aucune nouvelle par la suite, alors qu'elle se dressait pendant un instant comme un personnage de premier plan... Aurons-nous la bonne surprise de voir ce qu'elle est devenue dans le dix-huitième volume ?

La deuxième déception concerne le personnage de Saki, amie d'enfance de Yamato apparaissant à la fin du volume 14 pour disparaître dans le volume suivant, en n'ayant servi à rien, si ce n'est de faire-valoir à notre héros.

Enfin, si Yûka est finalement assez bien développée, on ne peut pas en dire autant de sa camarade de beuverie, Megumi, qui se révèle bien transparente pour une occupante de la pension d'Ayano. Contrairement à Yûka, elle semble bel et bien n'être destinée, jusqu'à la fin, qu'à un rôle anodin... On ne demande qu'à être surpris.


Bilan
En conclusion de cette partie, nous pouvons donc affirmer sans trop de problème que les nombreux personnages secondaires de la série, en dehors de quelques-uns, se révèlent plutôt bien travaillés, et l'on ne peut que saluer cette initiative, parfois maladroite mais pleine de bonnes intentions, de Kouji Seo.
   
   
    
 
  

Suzuka © Kouji Seo / Kodansha LTD.

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