Shin Takahashi - Actualité manga
Dossier manga - Shin Takahashi

Reader Rating 18.50 /20

Sommaire

Publié le Jeudi, 09 September 2010


Une narration virevoltante

 
Avant d'entrer pour de bon dans le vif du sujet, nous allons d'abord nous pencher quelque peu sur la narration employée par Shin Takahashi et la manière qu'il a de structurer ses récits.
Il a pour habitude de commencer ceux-ci en douceur. On se retrouve face à quelques tranches de vie, on découvre quelques personnages qui auront une importance capitale dans la suite de l'histoire et l'on se laisse bercer ainsi durant une poignée de pages dans l'univers bon enfant que l'on croit avoir découvert, pensant être tombé dans un déroulement très statique de l'action. Puis, tout d'un coup, un premier électrochoc a lieu. Un évènement tragique ou tout du moins important se passe et vient véritablement lancer les choses, nous coupant le souffle au passage. Dans Larme Ultime, il s'agit bien évidemment du premier raid aérien ponctué par la découverte par Shuji des "pouvoirs" de Chise. Dans Fragment, c'est l'attaque de la Junte sur le domicile d'Icolo qui provoque ce choc. Et enfin, dans Le dernier été de mon enfance c'est le meurtre perpétué devant les yeux d'Haru et de Taro. D'ailleurs, Shin Takahashi procède d'une manière quelque peu cinématographique pour ses introductions. L'auteur fait en effet souvent apparaitre un "SHIN Presents!" à la suite de la scène en question, lançant les choses à la manière d'un générique. Et une chose est sûre, c'est particulièrement efficace !

Puis, par la suite, on revient à quelque chose de plus calme, de plus serein. On retrouve à nouveau les protagonistes dans une phase latente, évoluant de manière plus habituelle et prenant le temps de digérer ce qu'il vient de se passer, tout comme le lecteur. Mais tout cela ne dure pas éternellement, et, à nouveau, Takahashi vient nous bousculer de la même manière que précédemment. Ou presque. Car à chaque fois, il insiste un peu plus, fait davantage monter la tension, nous invite à nous plonger de plus en plus dans son récit jusqu'à adopter au final un rythme haletant, empreint d'une certaine frénésie, avant de retomber dans l'apaisement pour conclure son  histoire. Si ce n'est pas forcément perceptible au premier coup d'oeil dans ses séries qui s'étendent sur plusieurs volumes, le temps d'attente entre chaque tome faisant à chaque fois retomber les choses, c'est particulièrement flagrant dans Le dernier été de mon enfance, lorsque les deux héros sont rattrapés par le meurtre dont ils ont été les témoins.

De ce fait, l'auteur, au fil de ses histoires, a su développer une certaine facilité à changer de manière abrupte et radicale le rythme de sa narration. Parfois, cela reste quelque peu surprenant, surtout dans un premier temps lorsque l'on est pas encore tout à fait habitué à son style particulier. Mais petit à petit, il faut bien reconnaitre que cet enchainement et entremêlement de petites scènettes à tendance humoristique et touchantes alternant avec des scènes au ton nettement plus grave et à l'allure effrénée finit par porter ses fruits et à séduire le lecteur.

Enfin, Takahashi possède également une maîtrise assez hallucinante de ses textes. Et là encore, on retrouve une certaine dualité dans ce qu'il produit. Tantôt on se retrouve avec une succession de pages pratiquement vierges du moindre mot. Tout alors se basant sur le ressenti, sur le dessin, sur l'imagination. Et, à l'inverse, par moment il y a tellement de texte, de monologues de la part des personnages, que l'on se croirait dans un roman. A première vue on pourrait penser que ces deux extrêmes coïncident avec les changements de rythme imprimés. Mais il n'en est en fait rien. Le mangaka est tout à fait capable de proposer des scènes terriblement intenses et bourrées de textes, comme il est capable de réaliser des passages contemplatifs dénués de tout propos. De plus, il n'hésite pas non plus à répéter plusieurs fois la même phrase, qu'il s'agisse de la voix off ou des personnages eux-mêmes. L'exemple le plus frappant à ce niveau-là est très clairement Larme Ultime. Les "Nous allons nous aimer" ou encore la description de Chise faite par Shuji réapparaissent à de nombreuses reprises, mais jamais de manière anodine. Au contraire, cela ne fait que renforcer l'aspect dramatique et touchant de l'ensemble. Et ce n'est pas un hasard non plus si, il l'avoue lui-même, lorsqu'il en était à une parution hebdomadaire de cette même série, il lui arrivait de passer six jours à réfléchir et à peaufiner ses dialogues, réalisant l'intégralité des dessins en une seule journée.
 
 
  
  
   

© 2010 Shin Takahashi. All rights reserved

Suivre les commentaires du dossier

Ajouter un commentaire

*


Le code HTML est interprété comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.

Si vous voulez créer un compte, c'est ICI et c'est gratuit!

> Conditions d'utilisation
MN Actus
Dernières news News populaires News les plus commentées Fermer

Dernières News