Dossier manga - Sayonara Football
Sommaire

Publié le Vendredi, 08 July 2016


Un procès aux idées machistes


L’image que nous recevons du football est essentiellement masculine. Cet Euro 2016 en est une preuve assez formelle, les projecteurs sont en permanence tourné vers la pratique masculine du sport, et le football féminin ne trouve qu’une place très mineure. Mise en retrait de la pratique féminine ou mixte et disparités dans les salaires selon le sexe, ceci étant forcément lié au business présent dans un cas et pas dans l’autre, on ne peut nullement prétendre qu’il y a égalité dans le monde du football. Tout amateur mais la situation est ainsi, actuellement, et ne semble pas destinée à évoluer rapidement. Sayonara Football, l’œuvre de Naoshi Arakawa, a donc de quoi créer la surprise étant donné la période qu’a choisi Ki-oon pour publier le titre, tant ce diptyque est une véritable ode à un football mixte et égalitaire.

Pour cela, le mangaka choisit de représenter l’aventure de Nozomi Onda, férue de football depuis qu’elle est toute petite si bien que son talent dépassait sans mal celui de ses camarades masculins. Mais lorsque celle-ci souhaite être titulaire le temps d’une compétition, la place lui est refusée, le motif de la trop grande différence physique entre homme et femme étant invoqué. Sayonara Football est dans un premier temps un discours contre ce préjugé puisque les deux volumes constituant l’œuvre vont chercher à démontrer que la barrière des sexes n’est finalement pas grand-chose dans ce sport. Naoshi Arakawa développe son propos aussi bien de manière rationnelle que dans les règles de l’art du foot, reconnaissant volontiers que la gente masculine, à la puberté, développe naturellement des dispositions physiques plus robustes que le sexe opposé mais apporte les alternatives qui permettraient d’équilibrer le jeu si une équipe s’avérait mixte. Le lecteur s’en doute en démarrant sa lecture, Nozomi ne sera pas éternellement présentée comme perdante lors d’un match masculin, l’intérêt étant de voir comment la demoiselle saura se démarquer. La réponse de l’auteur est alors la plus parfaite que l’on puisse donner tant elle incarne l’égalité même tout en se rapprochant de l’esprit sportif qu’est censé incarner le football : le jeu d’équipe. Si les coéquipiers de Nozomi, par leurs carrures, peuvent être à l’origine de certains exploits, la jeune fille présente ses propres atouts, des techniques dont ses camarades sont incapables, faisant alors de l’héroïne un arme secrète de manière indirecte.





On peut toutefois penser que le propos développé est un regard surtout féminin d’une héroïne qui chercherait à prouver l’égalité. Mais que neni puisque l’auteur accorde une certaine importance aux points de vue masculins au sein de son œuvre. Le casting de Sayonara Football est minoritairement féminin, permettant d’opposer le personnage de Nozomi à différentes figures masculines ce qui peut représenter autant de points de vue sur la question. Le mangaka cherche alors à développer un regard crédible sans jamais partir dans les excès. D’une manière générale, chaque personnage reconnaît les talents de la demoiselle, certains affirment que leur simple stature masculine permet d’avoir l’avantage sur le terrain tandis que d’autres ont un point de vue plus mitigé. Les interventions de Tetsuji, Kaoru et du professeur Samejima sont alors tout à fait passionnantes tant ces derniers ne font finalement que se plier à des codes imposés par la société et le montre ouvertement dans leur manière à enrager par l’impossibilité de confier à Nozomi une place de titulaire. De manière discrète, Sayonara Football condamne ainsi les codes sociaux et pas seulement du point de vue sportif. Hommes et Femmes sont dissociées volontairement sur de nombreux plans, un fait qui bride les interactions collectives et ne permettent nullement d’exploiter le maximum d’un individu ni de permettre l’épanouissement.

Le message de l’auteur, au sein de son œuvre, est donc d’une grande richesse. Naoshi Arakawa prône un football collectif plus qu’une mise en avant de la pratique féminine. La barrière des genres, dans le monde du sport, n’a donc pas lieu d’être. Le récit propose évidemment certaines oppositions entre le sexe masculin mais son discours est loin de se limiter à ça, rendant l’œuvre particulièrement poussée et passionnante et ce en un temps réduit de huit chapitres, ce qui est un exploit en soi.


Le football sur différents terrains


Naoshi Arakawa est un passionné de football, chose qu’il a appuyé avec Sayonara Football avant de récidiver depuis le printemps 2016 avec une nouvelle œuvre portant sur le sport : Sayonara Watashi no Cramer. Si on a souvent du football une image très physique, vive et dynamique, ce qui a notamment été l’essence même de manga comme Captain Tsubasa qui choisissaient de partir dans une certaine démesure pour garantir l’effet spectaculaire, l’auteur a une vision très différente de la pratique et le démontre avec Sayonara Football. Outre son cri d’amour à un football mixte qui balayerait tous les préjugés possibles, il cherche à démontrer que le sport du ballon rond n’est pas une pratique de brutes accessible au premier venu. Pour cela, c’est un aspect très technique qu’il démontre dans sa courte série, ce qui rejoint en partie le fait qu’une demoiselle comme Nozomi ait tout à fait sa place au sein d’une équipe. En effet, Sayonara Football ne démontre finalement que quelques échanges brutaux et mise avant tout sur l’art de manier le ballon, la technique donc, faisant de cette qualité l’avantage numéro un sur le terrain. Cela lui permet ainsi de développer toute une dimension tactique sur le match qui caractérise l’œuvre de la fin du premier opus jusqu’à sa fin. On se retrouve finalement presque dans une rencontre type shônen stratégique, bien rythmé grâce à ses rebondissements, sachant tirer son épingle du jeu à travers les différentes stratégies mises en œuvre au cour de la partie et la manière dont l’héroïne va progressivement s’éveiller afin de dépasser ses a priori pour privilégier un jeu stratégique et efficace plutôt que miser elle-même sur l’aspect physique, ne tombant donc pas dans cette image grossière et virile que l’on cherche à donner à ce sport… faisait oublier toutes ses autres facettes.





Le football étant un sport collectif, le second message sportif du mangaka est de rappeler cette dimension qui peut facilement être oubliée. Progressivement, le personnage de Nozomi bénéficie d’une évolution psychologique afin de palier à ses propres faiblesses physiques par le biais de la tactique. L’issue alors présentée par Naoshi Arakawa rappelle tout bonnement les bases que tout joueur doit intégrer : l’esprit d’équipe. Ses effets sont alors multiples : cette facette du football permet de rappeler que ce sport a une certaine noblesse dans ses règles, et permet de placer le récit sous le talent d’une multitude de personnages et pas seulement de Nozomi seule, une autre manière de prouver qu’il n’y a pas de barrières dans le football tant que l’on a la technique et le sens collectif du jeu. D’un duel entre l’héroïne et Namek, le match prend alors une tournure différente, bien menée et qui a du sens dans l’ensemble des directions prises par l’intrigue. Cela paraît basique sur le papier mais au final, en seulement deux tomes, la recette permet de faire de Sayonara Football une belle leçon de sport.
  
  
  


© Naoshi Arakawa / Kodansha Ltd.

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