Dossier manga - Sayonara Football
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Publié le Vendredi, 08 July 2016


Adolescence, Temps et Passion


L’adolescence n’est pas une thématique inconnue pour Naoshi Arakawa. Si la série fut publiée après Sayonara Football au Japon, nous avons, en France, d’abord connu Your Lie in April, œuvre prenant pour sujet central la musique mais qui traitait de moult thématiques, dont le passage de l’enfance à l’âge adulte d’une certaine manière. Sur le plan général, le temps semble être une notion qui imprègne le mangaka dans son écriture au sujet de jeunes protagonistes, à plusieurs égards. Dans Your Lie in April, le jeune Kôsei Arima était entouré par les thèmes du deuil, du rêve et de l’amour en faisant opposition au personnage de Kaori bien que nous n’en dirons pas plus pour ne pas révéler l’intrigue. Dans Sayonara Football, le temps est évoqué de manière différente, notamment comme un synonyme de changement en s’apparentant à la puberté. En retrouvant Namek, Nozomi ne peut donc que constater que son ancien « élève » a bien évolué physiquement. Malgré cela, le temps n’influe finalement pas sur une autre idée chère à l’auteur tant il s’impose presque comme une source de vie à ses yeux : la passion.

Dans l’une de ses œuvre, le rêve est musique tandis que dans Sayonara Football, le jeu du ballon rond est une autre forme de passion et guide une multitude de personnages au bout de leurs projets. La passion permet ainsi, notamment à de jeunes individus, de s’épanouir et trouver une voie dans un monde où le schéma de vie nous est presque dicté, comme en atteste cette interdiction à Nozomi de jouer officiellement dans le club de football à cause de son sexe. Plus loin encore que ça, la passion agit comme un art à part entière qui permet de toucher son prochain, de l’émerveiller de donc de communiquer sur le plan émotionnel. Pour ces raisons, l’idée de la passion est propre à la notion d’humanité puisqu’un rêve ne s’accomplit pas seul mais au contact d’autrui. Que ce soit Kôsei Arima ou Nozomi Onda, les deux personnages n’auraient rien accompli dans leurs objectifs s’ils n’avaient pas été solidement entourés et s’ils n’avaient pas pu eux-mêmes transmettre à autrui.





Un autre aspect du passage à l’âge adulte dépeint par plusieurs séries de Naoshi Arakawa est l’amour et plus particulièrement les premiers émois. Dans Your Lie in April, cette notion est très évidente car Kôsei est vite dépeint comme amoureux de Kaori, ce depuis le premier volume. Dans Sayonara Football, la direction romantique de l’intrigue est plus discrète, d’abord parce qu’elle n’est pas le sujet central et peut-être, aussi, parce que le court temps de l’œuvre ne lui permettait pas de mettre efficacement en avant ce sujet. Ainsi, les sentiments confirmés de la série ne sont pas forcément ceux que l’on pensait prévoir. Nozomi n’est alors pas présentée comme l’adolescente amoureuse mais plutôt la fille forte dont la détermination fait chavirer des cœurs. A la lecture du premier volume, des sentiments naissants envers Namek sont fortement sous-entendus mais finalement, le développement de l’héroïne est plus subtil que ça. Dans sa relation avec son ancien disciple, l’amour n’a pas une place prépondérante par rapport à la détermination et à la rivalité au sein du football. On pourrait presque regretter de voir la demoiselle ne tomber dans aucun bras au terme du récit, une finalité amoureuse dans une série ayant toujours ce petit quelque chose de touchant, mais la série prend à contrepied le schéma classique d’une œuvre, une fois encore. Non seulement c’est une demoiselle qui vole la vedette à ces messieurs sur le terrain de football, mais elle est aussi la hantise de quelques cœurs sans qu’elle-même ne ressente une étincelle d’amour pour ses camarades qui apparaissent à ses yeux comme des amis et coéquipiers auprès desquels elle peut s’épanouir. Nozomi n’a pas besoin d’une banale romance pour évoluer et atteindre ses rêves, un traitement qui vient donc annihiler tout stéréotype autour de cette protagoniste. Mais nous aurions tort de dire qu’il n’y a pas d’amour présent chez Nozomi, bien au contraire. L’héroïne a beau ne pas être déduite par quiconque, son esprit envers ses amis et le football déborde d’affection.


Sayonara Football… Brouillon de Your Lie in April ?


Sayonara Football a démarré sa prépublication en 2009 tandis que Your Lie in April a débuté en 2011. Et au cours de la lecture des deux œuvres, difficile d’ignorer quelques similitudes, certes légères mais qui laissent penser que la courte série de football de Naoshi Arakawa lui a permis de prendre quelques marques en vue d’une série plus ambitieuse, celle qui portera sur la musique deux ans après. Sans dire que le mangaka se copie lui-même, les ressemblances étant bien trop minimes pour déclarer cela, il est toujours intéressant de relever sur quels axes les deux mangas se font écho.

Dès les premières pages, ce sont les personnages qui interpellent, parfois dans leurs designs mais aussi dans leurs psychologies. L’un des exemples les plus marquants est celui de Kaoru Takei, copie presque conforme de Ryôta Watari de Your Lie in April tant dans le design que dans la mentalité. Ainsi, tous deux sont des tombeurs auprès de ces demoiselles qui cherchent à attirer l’attention d’une certaine personne, et ils sont passionnés de football de surcroît. Tetsuji, le capitaine du club, rappelle d’une certaine manière une autre figure de la seconde œuvre du manga, un rôle plus minime mais lui aussi baignant dans une dimension sportive. Il est alors curieux de voir que l’auteur ait repris presque entièrement des designs et des idées pour sa série suivante, mais ce choix n’est pas insensé si on part du principe qu’il n’a peut-être pas développé Sayonara Football autant qu’il l’aurait voulu. Les lois éditoriales du manga au Japon étant strictes et la finalité de la présence série étant assez brutale, même si elle peut se suffire à elle-même, est-ce que Naoshi Arakawa n’aurait pas puiser dans certaines idées qu’il n’a pu décortiquer comme il l’aurait voulu ?





Si certaines mécaniques et certains personnages sont similaires, on peut toutefois relever que les œuvres s’opposent aussi comme deux miroirs sur quelques points, notamment en ce qui concerne leurs protagonistes respectifs. Dans un cas comme dans l’autre, le héros/l’héroïne sont passionnés, Kôsei par la musique et Nozomi par le football, mais les aventures qu’ils vivront par rapport à leurs centres d’intérêts seront différentes sur degrés. Nozomi est alors un opposé à Kôsei par sa psychologie : passionnée par le football sans jamais avoir perdu pied elle a tout à démontrer afin de surpasser les joueurs masculins rivaux là où Kôsei est un génie qui a totalement perdu ses repères et doit « simplement » passer outre son trauma pour retrouver un talent qui lui permet de surpasser les semblables de son âge. Sur le plan sentimental, les chemins des deux protagonistes sont aussi différents, pour la simple raison de Nozomi évolue par ses réflexions solitaires tandis que Kôsei doit son salut à Kaori, la demoiselle qui a fait chavirer son cœur. Il est alors intéressant de constater que malgré ces oppositions et les pistes différentes empruntées par l’auteur pour les deux personnages principaux, tous deux caressent un objectif similaire : s’épanouir par leur pratique. Peut-être n’est-ce que le fruit du hasard si ces deux personnages s’opposent pour finalement se ressembler dans leur finalité mais constater que tous deux représentent une facette différente de l’ascension d’un rêve est un élément intrigant, permettant à l’œuvre globale du mangaka d’être très complète à l’égard d’une seule thématique.
  
  
  


© Naoshi Arakawa / Kodansha Ltd.

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