Samurai Deeper Kyo - Actualité manga
Dossier manga - Samurai Deeper Kyo

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Sommaire

Publié le Jeudi, 13 December 2012


Quand la grande Histoire inspire la petite

 
 
L'univers de Samuraï Deeper Kyo reprend de nombreux aspects historiques de la période de l'unification du Japon. Toutefois, le manga est loin d'être « Historique » à proprement parler, il ne fait que prendre certains personnages, lieux ou événements, puis les incorpore à la fiction.
 
Dès la première page du manga, il est question de la bataille de Sekigahara. Le manga fera par la suite intervenir des personnages ayant existé comme Tokugawa Ieyasu, Tokugawa Hidetada, Oda Nobunaga, Yukimura Sanada, Tomoe Gozen ou Date Masamune.
 
Quelques précisions sur cette période de l'histoire du Japon s'imposent.
Au XVème siècle, le Japon est en pleine guerre civile. Les alliances et trahisons entre clans, et même entre membres d'un même clan vont bon train. Un homme, Oda Nobunaga, entreprend d'unifier le pays, mais meurt assassiné par l'un de ses généraux : Akeschi Mitsuhide. Ce dernier s'autoproclame Shogun avant de se faire assassiner treize jours plus tard par Toyotomi Hideyoshi, l'un des vassaux de Nobunaga. Celui-ci déclara que le titre de Shogun serait désormais héréditaire et fit jurer à ses généraux qu'à sa mort, son fils lui succéderait. Celui-ci décéda en tentant d'envahir la Corée, et Ieyasu Tokugawa, l'un de ses généraux, rompit la promesse qu'il avait faite en s'emparant du pouvoir. Seulement, un certain Ishida Mitsunori s'opposa à cette trahison ; Les deux hommes rassemblèrent leurs fidèles et s'affrontèrent le 21 octobre 1600 à Sekigahara. Ieyasu Tokugawa sortit victorieux de cet affrontement et s'empara définitivement du pouvoir, avant de céder son titre de Shogun à son fils Hidetada Tokugawa : ainsi se termine l'unification du Japon.
 
Yukimura Sanada était un vassal d'Hideyohi Toyotomi.
Date Masamune fut au service des Toyotomi avant de s'allier au Tokugawa, il contribua grandement au développement commercial du Japon.
Tomoe Gozen était une femme samouraï japonaise. Elle vécut aux XIIeme et XIIIeme siècles, si elle apparaît dans Kyo, c'est parce qu'elle a été ressuscitée.
À noter que d'autres personnages historiques de moindre importance apparaissent également dans le manga.
 
Bien entendu, si vous avez lu Kyo, vous remarquerez aisément que l'auteure a très grandement détourné le rôle de ces personnages historiques, et c'est bien là le problème.
Avec cet aspect historique, on touche du doigt l'un des gros défaut du manga : ce parti pris est bien trop superficiel. Si les fanatiques de l'histoire du Japon apprécieront (ou pas) le clin d’œil à ces figures majeures de l'Histoire japonaise, ils remarqueront que la fonction première de ces dernières à été on ne peut plus dénaturée ; pire, elle est souvent inutile.
En effet, si le Ieyasu Tokugawa fictif conserve sensiblement le même rôle que son modèle, il est bien le seul. Son fils, par exemple, demeure son fils, et sera bien amené à prendre le pouvoir à la suite de son père, mais il aurait tout aussi bien pu être un personnage complètement inventé, que cela n'aurait rien changé. Il se nomme ici Tigre Rouge et n'est en fait, rien d'autre que l'un des compagnons de Kyo, un personnage de nekketsu un peu naïf comme on en fait tant. Il n'a à proprement parler pas plus de valeur historique que Luciole, par exemple.
 
Dans le manga, le début de la série tente bien de réécrire l'histoire de manière originale mais ce parti pris disparaît de plus en plus au fil des tomes.
Toutefois, un véritable hommage à l'époque est présent dans le manga, à travers le culte du sabre. Les sabres de Muramasa sont souvent évoqués, et sont fidèles à la légende de ces derniers de par la soif de sang du sabre, qui va jusqu’à consumer son propriétaire. Le sabre a une place de choix dans Kyo, et l'importance de cet objet, qui n'est rien de moins qu'une partie intégrante de l'âme et du corps du samouraï, est régulièrement évoquée.
 
En résumé, l'auteure s'amuse à se référer à des personnages historiques et ancre son histoire (du moins les dix premiers volumes) dans un Japon féodal qui reprend certains lieux (Edo, l'ancien nom de Tokyo, la forêt d'Aokigahara...) et certains faits marquants de l'époque, mais ne les développe pas de manière vraiment intéressante ou innovante, dommage. On notera toutefois l'hommage fait aux sabres, qui sont sans doute les seuls vrais personnages historiques de SDK.
 
 
  
  
 

Les contraires s’attirent... puis s'assemble qui se ressemble.

 
 
Un corps renfermant deux âmes engendre nécessairement son lot de complications, encore plus si les deux âmes sont en parfaite inadéquation apparente. L'opposition entre Kyo est Kyoshiro semble au premier abord des plus dichotomiques : Kyo est le noir, le yang, le mal, alors que Kyoshiro est le blanc, le yin, le bien. Il aurait été facile de limiter ces deux personnages à ces caractéristiques simplistes, et de contenter le lecteur avec un méchant et un gentil se partageant un corps, concept déjà intéressant, mais que l'absence de nuances peut ennuyer, voire frustrer. Mais si les intentions du « méchant » étaient en réalité plus louables que celle du « gentil » ? Si tout n'était que faux-semblant ? Une telle inversion s'avère intéressante, mais le problème reste le même, une fois l'inversion des natures profondes opérée, l'absence d’originalité demeure. Nuançons donc ces propos : et si chacun des deux individus possédait sont lot de qualités et de défauts ? Et si aucune des deux entités n'était ni foncièrement bonne ou mauvaise ? Là encore, c'est l'évidence même, mais lorsque le vice absolu s'avérant plus humain que prévu se voit confronté à la gentillesse la plus pure, elle même remise en question, le manichéisme vole en éclat pour nous offrir un récit dont la beauté relève du paradoxe.
 
Dans Kyo comme ailleurs, tout est question de contexte. Le personnage de Kyo apparaît en général très immoral, notamment en raison de sa philosophie de vie très misanthropique : Les forts vivent et tuent les faibles. Un individu qui ne respecte pas la vie, et qui prend même du plaisir à l'arracher à ses victimes ne peut-être qu'un salaud complètement fini, du moins dans notre société occidentale moderne. Mais tel n'est pas le monde de Kyo. L'univers du manga est éminemment sombre, la loi du plus fort y règne et par conséquent, quoi de plus naturel que de l’adopter, tout simplement pour survivre. Par ailleurs, Kyo est très loin d'être le seul personnage du manga à protéger sa vie et celles de ceux qui lui sont chers par le meurtre ; la totalité des protagonistes de l'histoire font de même. Tous. Ceux qui paraissent les plus innocents, les « gentils », et même les enfants tuent leurs prochains, et ce par nécessité : c'est tuer, ou être tué.
 
L’élément principal contribuant à la réputation ante-héroïque de Kyo vient en fait essentiellement de celle que j'appellerais le « personnage narrateur » de l'histoire, à savoir Yuya. Elle assiste à tout, ou presque, et la majorité des répliques descriptives du manga viennent d'elle. Par conséquent, il est légitime que le lecteur, qui voit finalement à travers les yeux de Yuya, ait aux premiers abords vu Kyo comme un simple monstre tueur aux tendances machistes. La vision que le lecteur a de Kyo évolue en même temps que celle de Yuya. Au début du récit, celle-ci se limite aux apparences, elle a peur de l'assassin sans vergogne qui sommeille au sein du si gentil Kyoshiro, ce qui offre un contraste d'autant plus saisissant, propice aux interprétations hâtives. Puis elle apprend à le connaître, touche du doigt tous les tenants et aboutissants de l'être du « démon », et le lecteur fait de même. On comprendra ainsi que le personnage principal de cette série est comme tout le monde : victime de son passé et de son environnement. Bien entendu il n'est pas non plus exempt de défauts, comme dit plus haut, tout ne doit pas être ni si blanc, ni si noir. Notre héros exploite donc régulièrement Yuya, et s'autorise tous les accès au corps de cette dernière, notons cependant que l'utilité de ces scènes est en fait au service de l'aspect parfois « fan-service » du manga, ou d'un humour modérément noir.
 
Kyoshiro, quant à lui, s'avérera ne pas être aussi vertueux qu'il en a l'air. Malheureusement, je ne détaillerai pas cette partie, tout simplement parce que relativiser la nature profonde de Kyoshiro m'obligerait à révéler des éléments primordiaux de l’œuvre.
 
Le dédoublement de personnalité de Kyo et de Kyoshiro sonne donc comme une métaphore du symbole du ying et du yang : l'union de deux êtres opposés en apparence, qui ne forment qu'une entité aux nuances sous-jacentes, et qui ne se révèlent qu'au moment voulu.
   
   

SAMURAI DEEPER KYO © Akimine Kamijyo / KODANSHA Ltd.

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