Dossier manga - Samurai Deeper Kyo

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Sommaire

Publié le Jeudi, 13 December 2012


Originalité magnifiée. Stéréotype décadent

 
 
Samurai Deeper Kyo appartient à un genre de manga nommé Shonen Nekketsu, mais parvient-il a révolutionner ce style si codé, et déjà tant exploité ? Reprenons les codes du Nekketsu, et voyons à quel point ils s'appliquent à SDK.
 
- Le héros est orphelin ou recherche l'un de ses parents.
Oui et non. Si on n’a aucune nouvelle des parents de Kyo, celui-ci ne les recherche pas, ils ne sont jamais évoqués.
 
- Le héros est naïf, courageux, et a un sens aigu de la « justice ».
Absolument pas, Kyo ne croit qu'en la loi du plus fort et s'il est courageux, il est loin d'être naïf.
 
- Ses premiers ennemis deviendront ses alliés.
La frontière entre alliés et ennemis est extrêmement fine dans Kyo, et ces notions sont relativement effacées, bien que l'on puisse dire que quelques uns de ses premiers adversaires se joindront effectivement à lui (comme Tigre Rouge ou Yukimura).
 
- Le héros se relève toujours, même quand tout semble perdu, et souvent grâce au sentiment d'amitié, dont le nekketsu fait généralement l'apologie.
Kyo se relève effectivement presque toujours, mais plus par fierté que pour venir en aide à ses amis.
 
Bien entendu, il existe d'autres caractéristiques au Nekketsu, mais contentons nous des principales.

En fait le manga contient son lot d'originalités, et toutes sont intéressantes. C'est lorsqu'il décide de rester fidèle aux codes du Nekketsu que le manga déçoit.
Ici, peu de niaiserie apparente, pourtant cette éloge de l'amitié qui accompagne un héros naïf et bienveillant n'est pas absente, mais elle est sous-entendue et introduite sans être lourde ou trop explicite : en gros, pas de « je te sauverai, parce qu'on est des amis ! », mais les protagonistes n'en pensent souvent pas moins. Les personnages trouvent souvent leur force dans l'une ou l'autre de leurs relations, mais leur fierté (et un certain réalisme de l’œuvre) les empêchent de se l'avouer ouvertement, c'est à travers ce déni que les personnages nous apparaissent plus humains que jamais. Cette prise de distance avec l'une des caractéristiques les plus courantes du genre apporte une véritable touche d'originalité à l'œuvre (attention, originale ne signifie pas exclusive, certains manga comme Togari ou Le nouvel Angyo Onshi font de même).
 
On appréciera également l'absence de quête initiatique (pourtant intéressante) qui forgera la personnalité du héros, celui-ci passant de l'état de « faible » à l'état de « le plus fort » en général. Ici, le héros est déjà le plus fort, puis il se voit déchu de sa puissance, et fait tout pour la retrouver. Cependant, un parcours initiatique est bien présent, bien que non voulu de la part de Kyo : il va apprendre à être faible. En cherchant à redevenir le plus fort, notre héros finira par s'éloigner de la barrière d'égoïsme qu'il avait construite, pour finir par se tourner vers les autres. Cette action est sans nul doute une faiblesse dans le monde de Kyo, puisqu'elle incite à faire confiance, à ne pas nécessairement tuer son adversaire, mais au final, c'est avec cette faiblesse qu'il deviendra véritablement le plus fort.
 
Malgré ces particularités, le manga reprend un certain nombre des caractéristiques du Nekketsu, et c'est précisément là que se trouve son plus gros défaut. Le problème de la série, c'est qu'elle reprend le principe bien connu du « je suis le héros donc je dois gagner », et notre héros gagne effectivement : toujours. Le lecteur pourra se lasser de voir le héros sortir de sous son chapeau une attaque surpuissante qui terrassera son adversaire, qui jusque là semblait tout simplement invincible. Cet aspect est présent dans quasiment tous les shonen nekketsu, mais ici, il est véritablement omniprésent, et c'est vraiment dommage, puisque le manga semble de ce fait répétitif à certains moments. Par ailleurs, on déplorera les motivations de la quasi-totalité des personnages, qui se bornent la plupart du temps à « je veux devenir le plus fort ». Un peu (beaucoup) trop simpliste.
 
Les affinités que le manga entretient avec le shonen Nekketsu peuvent se résumer ainsi : lorsque le manga fait preuve d’originalité, il enchante immanquablement le lecteur par l’intérêt et l’inédit de la chose ; en revanche, lorsqu'il reprend l’une ou l’autre des ficelles du Nekketsu, il a tendance à les grossir et à les exagérer encore plus qu’elles ne le sont déjà, au point d’en devenir tout simplement lourd.
    
  
  
 
 

Les hôtes à l'honneur


Parlons un peu des Mibu, chez qui se déroule la quasi-totalité de l'histoire, au fin fond de la forêt d'Aokigahara.
Le peuple Mibu est semi-divin, il est supérieur aux hommes et inférieur aux dieux. Pendant les faits inhérents à l'histoire de Samuraï Deeper Kyo, le clan est organisé de la manière suivante :

Le roi Rouge > Les quatre sages > Les cinq planètes > le « bas » peuple.

Quiconque souhaite se rendre auprès du roi Rouge sans y être autorisé devra remonter un à un les échelons de la hiérarchie en les combattant, c'est ce que nos héros seront amenés à faire.

Intéressons-nous maintenant à la genèse et à l'histoire des Mibu.
A l'origine, le clan jouissait d'une plénitude des plus harmonieuses qui ne fit que progresser jusqu'à atteindre la perfection : ils obtinrent la richesse (monnaie comme ressources naturelles ou énergétiques), la beauté impérissable, puis la quasi-immortalité. Les souhaits des Mibu sont semblables à ceux des humains, mais dans leur cas, ils furent exaucés. Mais comme nous autres, une fois l'objet de leur convoitise en leur possession, ils en voulurent plus encore, jusqu'à atteindre un stade de « perfection » où ils eurent tout ce que l'on peut souhaiter. Seulement, toujours à l'instar de la race humaine, les Mibu finirent par se lasser de ce qu’ils possédaient déjà, et ils commencèrent à s'ennuyer. Leur ennui atteint une telle extrémité qu'ils devinrent instables psychologiquement, victimes de leur réussite. À terme, ils développèrent des pulsions meurtrières de plus en plus intenses, et créèrent des « poupées guerrières » qui leur ressemblaient en tout point, et qu'ils firent s’entre-tuer. Lorsque cela ne leur suffit plus, ils s'affrontèrent les uns les autres, et le peuple le plus parfait du monde s'entre-déchira.

De cette histoire découle un éloge de l'état éphémère de la vie : peut-être (et même sûrement) vaut-il mieux ne pas vivre assez longtemps pour arriver à en regretter notre existence elle-même. Je suis personnellement convaincu que des êtres humains n'auraient pas agit différemment en pareille situation. Une autre morale déductible de cette histoire est la suivante : cessez d'en vouloir toujours plus, jouissez des sources de bonheur simples qui se trouvent à portée de main. Malheureusement plus facile à dire qu'à faire, la démesure de l’hédonisme est un piège difficile à éviter...
 
 

SAMURAI DEEPER KYO © Akimine Kamijyo / KODANSHA Ltd.

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