Dossier manga - Riyoko Ikeda
Sommaire

Publié le Vendredi, 26 September 2008


Quelques œuvres majeures


Lady oscar / La rose de Versailles: un classique

     
         

          
La série initiale de la Berusayu no Bara totalisera dans les 1700 pages, soit un jeu de neuf mangas de format courant 11,5 x 17,5 (aux éditions Shueisha dans la collection Margaret comics), avec des jaquettes aux allures de bonbonnière précieuse, ou encore de deux élégants bottins mesurant approximativement 14,5 x 27 cm chez Chuôkoronsha. C'est d'ailleurs cette dernière version qu'a choisie Kana pour la publication en français, sous le titre La Rose de Versailles, d'octobre 2002 à septembre 2005. L'éditeur francophone produira également en janvier 2011 une nouvelle édition au format similaire, préparant la venue de l'auteure à Angoulême.
Les petits volumes au format courant ont été retirés soixante ou soixante-dix fois depuis 1973. C'est assez dire la popularité de la série. La Rose de Versailles inspira, outre la série de dessins animés, une comédie musicale et un film de Jacques Demy sur lequel je vais revenir.
Un troisième tome paru plus tardivement regroupant des histoires faisant figure de spin-off reste relativement dispensable mais beaucoup plus drôle que le reste de la série.


Berusayu no Bara: les petites histoires dans la grande

    
Par un beau jour de l'année 1755, le général de Jarjayes attend avec impatience la naissance de son héritier. Pas de chance: le petit ange est une fille. Qu'à cela ne tienne. Le général la prénomme Oscar François et décide de l'élever comme un garçon. Oscar souffrira donc d'un complexe du Prince Saphir, hésitant entre sa féminité réprimée et les mâles vertus d'une éducation virile.
Pendant ce temps, au palais de Schönbrunn, grandit la petite Marie-Antoinette, princesse de Hongrie et de Bohème et archiduchesse d'Autriche, espiègle et garçon manque, sous la direction attendrie de son impératrice d'Autriche de mère.
Oscar tiendra ses promesses, puisqu'en 1770 (dans les dernières années du règne de Louis XV, donc), elle est capitaine de la garde. Son grand ami est André Grandier, le fils de sa nourrice, qui l'aime en secret.
Mais voici Marie-Antoinette, future reine de France, en visite diplomatique à Versailles. "Une femme!" s'étonne la jeune autrichienne en voyant Oscar à la tête des gardes royaux. Elles deviendront les meilleures amies du monde, et de fait, Marie-Antoinette a besoin d'amis, car elle est terriblement maladroite, commet faute sur faute contre l'étiquette, et les affreuses rombières de la cour ne la ratent pas!
A la cour, Marie-Antoinette rencontre le Comte suédois Hans Axel Von Fersen, dont elle s'éprend. C'est une très mauvaise idée puisqu’en 1774, Marie-Antoinette épousera Louis XVI. Bien entendu, Oscar François brûle lui aussi, en secret, pour Fersen, mais son amour n'est pas payé de retour.
Une intrigue parallèle met aux prises la tendre Rosalie, enfant du peuple, et son intrigante demi-sœur Jeanne (qui fera son chemin comme comtesse de la Motte, et persécutera la pauvre Rosalie).
           

Le dessin: une affaire de style dans les conventions du genre

                  
Le recours à l'hyper case est ici systématique. (L’hyper case fait déborder décors et personnages sur toute la page sans se limiter aux cases).
A l'évidence, la lecture du dessin ne se fait pas de case en case, mais de façon globale. Si l'on répète, de vignette en vignette, les têtes des personnages, le plan d'ensemble, n'apparaît souvent qu'une fois par page, de préférence sur le "fond" de la planche, et la lectrice est censée s'y reporter sans cesse, tout en suivant d'un œil blasé le balisage des paquets de texte.
Ailleurs, une case finale de type classique rassemble l'ensemble des éléments éparpillés dans la page, ou encore une case à effet réunit dans une embuscade ou une embrassade deux personnages que leur timidité naturelle ou leurs différends semblaient écarter irrémédiablement.
   
Chez Ikeda, la composition est très riche de décors  et symboles. Elle est, dans tous les sens du mot, une dessinatrice pléthorique.
Cependant, ce ne sont ni les personnages ni les décors qui donnent cette impression de plénitude, mais des éléments non figuratifs, trames, hachures, zones noires, brumes, pétales, décorations diverses, tapissant des surfaces plus ou moins vastes et capricieusement découpées.
Ces éléments remplacent souvent l'intercase. Des contours de case égaux ont le désavantage de représenter un point de vue objectif. Les seuls variations lyriques qu'on leur connaisse sont le trait en diagonale et la case à bords perdus. Ikeda leur préfère les fleurs, les flammes, les fumées, les guirlandes, qui encadrent une scène en lui donnant le ton. Il n'y a pas d'ombre dans la Rose de Versailles. La plupart du temps, il n'y a pas non plus de plancher (Marie-Antoinette en particulier a rarement les pieds sur terre). Les procédés servant à ombrer (noir, trames, hachures) ombrent la page et non le dessin, accroissant le partage entre les plans successifs, sans jamais diriger la lumière à l'intérieur d'un dessin.
       

                         
                       

L'intrigue: complots de cour et amours impossibles

          
Les intrigues sont tout ce dont on peut s'attendre dans la cour des grands de France avant la révolution. On patauge dans les querelles de palais (avec l'affreuse Du Barry), les méandres de l'Affaire du Collier (dont Jeanne de la Motte et cet imbécile de Rohan, jobard ridicule, qui se consume d'amour pour la Reine, sont les protagonistes). Les passions amoureuses ne sont pas en reste avec toutes les confusions provoquées par l'ambigüité sexuelle d'Oscar. Oscar aime Marie-Antoinette et Rosalie d'amour tendre. Marie-Antoinette ne paraît pas insensible aux charmes de la comtesse de Polignac.
                   
La Révolution française servant de catharsis à toutes ces passions et tous ces complots brise quelques destins au passage. Je n'en dis pas plus pour ceux qui ne l'ont pas encore lu.
         
                  

Origines, inspirations et invraisemblances: une révolution fantasmée par l’œil nippon

                  
Lady Oscar est une synthèse du Prince Saphir de Tezuka et des romans historiques à la Dumas, le Dumas du Collier de la reine et de La comtesse de Charmy.
Côté documentation historique, on est assez loin de la stricte exactitude, tant dans les costumes (dont celui très napoléonien d'Oscar) que pour les décors ou l'architecture de Paris à cette époque. Pourtant, nous ne sommes pas davantage dans les fantaisies du cinéma hollywoodien de cape et d'épée façon Scaramouche. La France de Madame Ikeda est celle qu'affectionnent les touristes japonais.
En réalité, ces négligences ne nuisent pas à la série. L'univers d'Ikeda est celui des toilettes somptueuses, des uniformes chamarrés. Il importe peu, au fond, que cela se passe à Versailles et au dix-huitième siècle. Lieu et époque n'ont pas d'autre valeur que celle de la citation.
Curieusement, la remarque vaut aussi pour la psychologie des personnages. Il importe peu que ceux-ci soient des marionnettes ou des stéréotypes. Le but de l'auteur est de montrer leurs réactions au milieu de l'inextricable écheveau d'amour et de haine où ils sont placés, pas d'analyser leur caractère.
De fait, la Marie-Antoinette d'Ikeda emprunte peu à sa référence historique. Par contre, elle a tous les traits de l'héroïne classique de shôjo mangas, espiègle, romantique, courageuse, mais aussi coquette et capricieuse. Elle est sa lectrice, en plus ample.
Elle n'est pas la seule. Quand Jeanne, condamnée suite à l'affaire du Collier, monte à l'échafaud pour être marquée au fer, elle se comporte comme une tigresse, ou plutôt une petite fille enragée, hurlant et se débattant, pour finalement planter ses crocs dans le bras du bourreau. Façon pour l'auteur de désamorcer une scène horrible par un humour encore très Tezukien.
           
       

Oscar dans le média audiovisuel: une difficile transition du papier à la scène et l’écran

          
La Takarazuka Kageki donna dès 1974 une adaptation de Berubara. Chose qui tombe sous le sens quand on sait que le Takarazuka est un théâtre de femme. Les rôles masculins y sont tenus par des actrices. En conséquence, le spectacle offrait des hommes la même image proprette, romantique et asexuée que les mangas pour filles.
Ce fut un triomphe (trois millions de spectateurs, au fil des ans) et le spectacle contribua à attirer l'attention des médias sur le shôjo manga, dont il reprenait les conventions, par des moyens différents, tout en augmentant la gloire de Riyoko Ikeda, culminant dans ce qu'on nomma le Berubara boom.
Un tel succès augurait d'une catastrophe. Ce fut le film.
        

          

Dirigé par Jacques Demy (et datant de 1978, ce film est un extraordinaire nanar, hilarant pour les uns et pitoyable pour la plupart des autres.
La firme de cosmétiques Shiseido apporta le financement, ce qui explique que le frais minois de Catriona MacColl, mannequin et ballerine, joue le rôle d'Oscar. Elle poursuit encore une carrière sans vraiment rattraper le succès avec des apparitions dans le bal des casse-pieds ou saint-ange.

Barry Stokes faisait André. Le reste de la distribution est britannique aussi. Le film parle anglais.
Lady Oscar a, pour un spectateur occidental, un côté "objet singulier" qui explique probablement qu'on se soit abstenu de le distribuer en France. Pour plus de renseignements, je vous invite à vous rendre sur cette page du site Nanarland.

Heureusement, le dessin animé sauve la mise. Nous le connnaissons en France sous le titre de Lady Oscar.
Il a été créé en 1979. La Tokyo Movie Shinsha produisit une série de 40 épisodes (du 10/10/1979 au 03/09/1980, au Japon). Ken Kawai, le réalisateur, fait des prodiges d'effets spéciaux.
Il n'hésite pas, pour restituer la "complexité psychologique" du drame, à diviser l'écran, à introduire de lourds symboles graphiques rampant à travers le champ de la caméra, à passer du noir à la couleur et d'un éclairage normal aux ombres chinoises, à user de l'arrêt sur l'image, qui change parfois le plan en un élégant dessin au trait. Lady Oscar fut pour son public français, une introduction à la syntaxe inventive du dessin animé japonais.
Au Japon, il fallut attendre une rediffusion pour que la série obtienne le succès, mais ce devint alors le culte que l'on sait. En Italie et en France, ce fut du délire.

Pour terminer, signalons que Berusayu no bara (la BD) donna lieu, ces dernières années, à des apocryphes, reprenant des à-côtés de la série principale, à thèmes plus fantastiques, et destinés visiblement à entretenir le culte puisque Riyoko Ikeda s’est fendue d’une version enfantine en 2005: Beru bara kids. Mauvaise plaisanterie ou coup commercial? Aucune idée pour le moment. Un éditeur aura-t-il le courage de le traduire?
       
  
       

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