Rozen Maiden - Actualité manga
Dossier manga - Rozen Maiden

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Sommaire

Publié le Jeudi, 22 July 2010


Un univers en parallèle de la réalité

  
La réalité n’est pas forcément là où on l’attend et seulement là. Car le monde des poupées est une réalité. La leur, certes, mais qui se rapproche énormément de la notre. Leur existence est régie par la lutte, la recherche du bonheur. Leur créateur a en effet inventé sept poupées, en essayant à chaque fois de rendre la nouvelle meilleure que la précédente. La première de ses créations, Suiginto, a été considérée comme ratée et il ne lui a même pas été offert le privilège de recevoir une roza mystica, un éclat de vie. Et tout cela jusqu’à la rose blanche, que son « père » a voulu immatérielle pour la rendre meilleure, sans compter que sa seule existence psychique la rendrait folle. Il est donc particulièrement touchant de voir ces poupées évoluer, alors que le lecteur comme les acteurs du manga savent que ces rozen ne sont que des prototypes à priori ratés et abandonnés, toujours au profit d’un nouvel essai. Ce père, si cruel, pousse ses filles à se battre pour observer si l’imperfection permet de gagner le titre suprême, s’il faut toujours plus d’expérience, ou encore pour se rendre éventuellement compte qu’il a échoué et que toutes ses créations ne sont que des jouets cassés … Cette recherche absolue et indéfectible va pourtant révéler des drames, épisodes touchants et poétiques, telle que la séparation des deux jumelles qui se verront obligées de s’affronter, ou encore la défaite de Shinku et la morale qui en découle. Peu à peu, les poupées rassemblées auprès de Jun se rendent comptent que ce pour quoi elles pensaient devoir se battre avec tant d’acharnement n’a plus aucun sens, puisque la perfection n’existe pas et que l’imperfection n’est pas une sentence irréversible. Les mentalités changent dans les deux sens, puisqu’on a déjà vu que notre héros évoluait en présence de ses petites compagnes, et qu’on sait à présent que la réciproque est vraie.

Les humains ne passent-ils pas leur temps à se battre, si ce n’est pas avec des armes, avec des idées, des mots ou même des pensées ? Le monde est un univers où il faut parfois écraser les autres pour avancer, et où la perfection est une notion qu’il faut atteindre à tout prix. Il n’y a qu’à voir les publicités, ou même les passants dans la rue. Il faut se conformer à une idée ou l’autre du « bien », du « correct », sachant que même la marginalité à sa part de limite. Les rozen maiden sont conçues pour s’arracher le titre d’Alice, la poupée parfaite qui serait la véritable petite fille digne de rencontrer leur père à toutes. Une allégorie parfaite de la société, qui se déroule en parallèle de notre réalité : des poupées en guise de combattantes, les rêves pour arène de combat et Jun pour faire le lien entre les deux mondes, lui qui se bat au côté des poupées mais aussi contre lui-même. Dans ce manga, les poupées quittent leur statut de jouet pour s’illustrer comme de véritables petites humaines aux pouvoirs parfois très présent : on pense notamment aux jumelles, les jardinières des rêves, qui libèrent les esprits torturés et les font grandir. D’ailleurs, Shinku et toute sa bande, toutes sont soumises aux mêmes vices, aux mêmes défauts que les humains qu’elles sont supposées servir. La jalousie, la colère, la vengeance, l’amour même, se mêlent sous les jolis cheveux de ces marionnettes vivantes, qui n’ont pour nous rappeler leur nature que des articulations mécaniques. L’amour, car au-delà des affrontements et des rivalités entre sœurs, les rozen maiden s’aiment. Différemment, mais elles s’aiment, bien que le sens de ce mot n’ait pas la même signification pour tout le monde, et paraisse même ne pas exister pour certaines …  Le jeu d’Alice représente leur raison d’être, leur vie, et se battre les rend vivantes, un peu plus réelles et proches de leur but.

A côté du fantastique, on remarque un formidable éloge du quotidien, supporté par l’humour à toutes épreuves du manga. L’action a une part finalement minime dans la narration, et le rythme de vie des poupées prend dans certains volumes bien plus d’importance. Ainsi, la télévision, les tentatives d’approche de Kanaria, la méchanceté teintée de peur de Suiseiseki, les caprices d’Hina Ichigo et les manières de Shinku sont autant de détails qui rendent l’existence des poupées réelle. Cela permet aussi de développer leurs différents caractères, moins identifiables en plein combats. On apprend ainsi la douceur d’Hina Ichigo, la prévenance de Suiseiseki, les agréables discussions avec Shinku … Une petite vie innocente pour ces êtres qui n’ont connu que la solitude, la bataille et les rivalités. Mais qu’on ne s’y trompe pas ! La dure réalité de la vie rattrape nos poupées et leur paisible quotidien, avec les notions de mort. Celle-ci existe-t-elle vraiment dans le monde de la N-field, dans le monde des rêves ? C’est une question qui a le mérite de se poser, puisque les poupées ayant perdu le jeu d’Alice disparaissent, et que les maîtres des rozen s’éteignent. Mais est-ce véritablement une fin en soi ? La finalité existe, de là à parler de mort … Une âme échappée est perdue, a abandonné son enveloppe, mais continue certainement de briller près de nous. Cette vision permet d’atténuer les limites du scénario et des sentiments tout en se dégageant de l’insouciance sucrée qui plane sur le manga, quelques fois. De plus, des discussions très sérieuses et enrichissantes se glissent dans Rozen Maiden, avec l’univers des rêves, la N-field, et notamment les arbres représentant les humains, dont Suiseiseki et Soseiseki s’occupent.
   
   
  
  
  

© Peach-Pit, Gentosha Comics 2004. All rights reserved. © Peach-Pit / Shueisha Inc.

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