Rozen Maiden - Actualité manga
Dossier manga - Rozen Maiden

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Sommaire

Publié le Jeudi, 22 July 2010


Des figures hautes en couleurs !

 
Dans tout manga, il y a un héros ou du moins un personnage qui fait figure de représentation principale et symbolique du manga. Ici, ce ne sont pas vraiment les poupées, mais plutôt Jun Sakurada. Le jeune homme est particulièrement intéressant et passionnant à suivre, tout au long des tomes. S’il peut se montrer trop effacé et mou au début de la série, c’est pour bien montrer l’évolution spectaculaire qui le caractérise. Le jeune garçon est en effet un hikikomori, c'est-à-dire un individu vivant complètement reclus et prostré sur lui-même, durant une période plus ou moins longue, et a arrêté l’école depuis quelque temps. Le phénomène d’ijime est sous entendu, bien que l’auteur ne s’étende pas plus que nécessaire à ce sujet, ce qui allège le côté dramatique de Jun. Un adolescent comme il y en a tant d’autres, blessé dans son estime et dans ce qu’il est, complexé et torturé entre sa véritable nature et le regard des autres. Car c’est sa passion pour la couture et les jolies robes, jugée malsaine, qui le mènera à l’exclusion. Ce n’est alors pas un hasard à ce que des poupées débarquent subitement autour de lui, tout en s’émerveillant de ses talents de couturier. Le jeune garçon est alors confronté de plein fouet à ce qui l’a tant blessé, et bien qu’il essaye de rejeter ce qu’il a fini par trouver répugnant, Jun s’en rapproche de plus en plus, et avance sur la voie du progrès en compagnie de ces poupées si vivantes …

Au fur et à mesure que la narration progresse, Jun va affronter ses propres démons, arracher les mauvaises herbes qui l’enferment dans un quotidien de fuite et de lâcheté, pour le faire s’attacher à quelque chose, quitte à s’affronter lui-même pour soutenir ces rozen maiden qui lui donnent autant de soucis que de bonheur. Anciennement honteux, colérique et méfiant envers les autres, Jun apprend la tendresse, les liens qui existent entre les individus, chose qu’il n’aura jamais connu à l’école. De simples poupées auront réussi le tour de force de tirer Jun hors de l’ombre, tandis que sa sœur Nori n’aura jamais abandonné, et se sera toujours préoccupé du bien de ce petit frère abandonné de tous. Sans savoir quoi faire, elle reste naturelle et affectueuse jusqu’à ce que les efforts payent … Sous ses dehors faible et simplette, Nori est pleine de patience, de courage, d’inventivité et de force. Elle aidera Jun sans le montrer, sans que cela ressorte au grand jour, une des premières manifestations du changement du jeune homme étant son impulsion de faire le tour des magasins du quartier pour trouver de quoi satisfaire Hina Ichigo … Un moment particulièrement émouvant. On remarque ainsi que si Jun manque cruellement de charisme pour un héros, il est rempli de bonnes volontés, de valeurs et d’un caractère bien trempé, même s’il est constamment sur la défensive. Bref, on peut se targuer d’avoir ce héros si atypique, qui demeure dans l’ombre mais qui représente le pilier du manga, unissant chaque protagoniste autour de lui.

Il est particulièrement intéressant, alors, de voir que la solitude est le point commun qui rassemble tous les personnages de ce manga. Jun, évidemment, qui se complait dans cette solitude imposée, sans chercher réellement à s’en défaire. Mais aussi Nori, la sœur de Jun qui, sans ses parents, se voit obligée d’endosser le rôle de maman pour ce petit frère si désorienté. La jeune fille, contrairement à celles de son âge, ne pense qu’à la cuisine, à l’éducation et à la progression de son frère, et pas un seul instant on ne la voit entourée d’amis … Les poupées rozen maiden sont elles aussi plongées dans une solitude sans pareil, étant donné qu’elles sont obligées de s’entretuer entre sœurs, pour gagner le prix d’Alice, mais aussi la promesse d’une solitude et d’une existence de regrets. Toutes, à leur manière, refusent cette solitude, cet abandon, ce vide qui est leur plus grande hantise, plus encore que de disparaitre … Il serait superflu de décrire la détresse de Megumi face à ce sentiment, elle si exécrable et violente dans son océan de solitude, devenant si douce et souriante même devant la mort une fois que Suiginto lui apparait. De même, Tomoé et la maitresse de Kanario, Mitsu, sont à leur manière perpétuellement en train de fuir cette sensation oppressante auprès de leurs poupées respectives. Dans le cas de Tomoé, elle va jusqu’à s’en prendre à Jun, s’énervant du fait que celui-ci répète des erreurs stupides qu’elle a déjà pu faire dans le passé. Le voir s’enfoncer comme elle dans la marginalité et le silence lui permet de s’adresser à lui comme si elle se sermonnait elle-même. On l’oublie souvent, mais le maître de la maison des roses lui aussi se sent abandonné et plein de remords, ce qui explique la compassion de Soseiseki à son égard, ainsi que la prévenance qu’elle lui montre. Bref, sous des dehors aventuriers et combattifs, le manga conserve ce cœur de solitude, cette vérité absolue qui concerne tout le monde, à sa manière.
      
  
Un tandem particulièrement touchant et juste, celui de Suiginto et Megumi. Cette dernière est une jeune fille hospitalisée, proche de la mort, sans aucun autre désir que de s’en aller rapidement pour oublier le monde et l’abandon de sa famille. Malgré cette haine contre des proches absents, Megumi a cependant un amour démesuré pour son père si distant, au point de vouloir à tout prix lui plaire. En se rendant compte que c’est impossible, Megumi va se faire détester de ce géniteur maladroit pour lui éviter la souffrance et prendre sur elle les relents de l’amour immodéré qu’elle lui portait, un amour qui bascule sans peine vers la haine. Suiginto se retrouve très certainement dans cette personnalité instable et paradoxale, puisqu’elle-même adule ce père qui l’a créée, et menace de basculer dans la rancune pour avoir inventé ses sœurs qui, contrairement à elle, sont plus réussies. Première poupée à voir le jour, Suiginto se sent imparfaite, cassée. Et pour cause, elle n’est animée que par l’amour qu’elle porte à Rozen, étant donné qu’elle ne possède pas de fragment de la roza mystica, ce qui explique sa recherche désespérée de ce petit bout de rêve. La méchanceté de la poupée aux ailes noires n’existe alors pas vraiment, et s’apparente plus à un désir irrépressible de trouver sa place, une raison d’exister dans ce monde de lutte et d’injustices. D’ailleurs, on voit les bons côtés de Suiginto dans la simple existence de Megumi : la poupée a beau être détestable et méprisante, la jeune fille souhaite à tout moment lui donner sa vie et sa force en tant que médium et n’attend que l’accord de cet ange aux plumes sombres, alors que cette dernière refuse farouchement, avant de vendre son âme au diable dans le dernier volume, devant son irrépressible envie d’obtenir des roza mystica. Mais on ne sait certainement encore pas tout sur Suiginto, qui s’attache énormément à Megumi, peut être au détriment de sa fierté et de ses rêves de grandeur. D’ailleurs, Suiginto n’attaque que rarement de face, et préfère la fuite, se sentant trop faible pour réellement faire du mal à ses sœurs, exceptés grâce à ses paroles acérées et blessantes. En tous les cas, elle fuit la douleur, cherche le bonheur et se sent prête à tout pour cela … ou presque. Ce qui rend Suiginto parfaitement humaine et extrêmement pertinente et touchante de vérité.

Pour parler un peu des autres poupées, on pourrait nuancer Shinku qui apparait comme une leader courageuse, autoritaire et arrogante alors qu’elle se démarque plutôt comme une personne flegmatique, une constante dans le remue ménage du scénario, avec ses attitudes prévisibles et ses repères évidents. Elle est d’ailleurs beaucoup moins mise en avant que sur les couvertures du manga, ce qui montre bien que son rôle n’est pas si primordial, à part dans le cheminement intérieur de Jun, où elle est alors d’avantage un objet à son épanouissement qu’autre chose. Suiseiseki, quant à elle, apparait orgueilleuse, méchante et faussement sensible, alors qu’elle est capable d’une grande réflexion, d’une tendresse peu commune et d’une philosophie de vie impressionnante. La poupée bavaroise n’aime tout simplement ni le changement ni les ennemis, bien qu’elle tombe plus ou moins sous le charme discret de Jun, en faisant savoir sa jalousie à qui veut bien l’entendre. Toutes ces idées reçues sur les caractères des rozen rend au départ les personnages extrêmement simples et superficiels, alors qu’aucune poupée ne reste enfermée dans un carcan, une idée. Ainsi, si Hina Ichigo est une enfant capricieuse, c’est qu’elle a le plus sérieusement du monde peur de connaitre à nouveau l’abandon et la solitude. Shinku et Suiseiseki sont fières et dures pour camoufler leurs sentiments très primaires, la dureté des épreuves qu’elles traversent et la peur d’être oubliées, jetées par un adulte qui ne s’intéresserait plus aux poupées, si belles soient-elles. Est-ce la le triste destin des jouets, se voir jetés une fois l’amusement passé ? En alternant les réflexions touchantes de ces petits bouts d’humaines avec de grands moments d’humour, le duo de mangaka allège le drame et accentue la complexité de ces existences.
   
   
   
  
  

© Peach-Pit, Gentosha Comics 2004. All rights reserved. © Peach-Pit / Shueisha Inc.

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