Dossier manga - The Royal Doll Orchestra

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Publié le Jeudi, 19 May 2011


La voi(x) de la facilité ?


Kaori Yuki semble décidée à explorer tous les domaines qui font fureur auprès de ses fans, variant les inspirations pour changer de scénario sans changer son succès. On l’a d’abord souvent connue sur fond des ailes bruissantes d’anges en plein conflit, d’autant que les gentils n’étaient pas forcément ceux qui vivaient le plus près de Dieu, puis dans les drames du XXème siècle en plein cœur de Londres, quand Jack l’Eventreur fascine encore et que le meurtre passionne. Elle y a mêlé une part de réalité mais sa dose de fantastique n’était jamais bien loin, en rajoutant un peu d’ésotérisme, le fascinant pouvoir des poisons sur l’esprit humains et autres décadences qui ont fait sa renommée. On a eu le loisir de faire un rapide salut de la main aux fées, dans une ambiance légèrement plus rosée qu’à l’ordinaire, monde enchanteur oblige. Puis par les contes, les vrais, et là encore c’était l’occasion de retomber dans son univers de prédilection, tout comme avec les vampires dont elle a pourtant allégé l’impact. On se demande comment l’auteur peut encore trouver ces sources d’inspiration qui lui permettront de relier le thème avec son monde d’écriture et son style, toujours glauque dans les idées mobilisées et réveillant les tripes de bien des lecteurs. Elle nous avait fascinés en y parvenant avec Angel Sanctuary, et là c’est une légère déception de voir que l’idée des zombies parait ... facile. Les morts-vivants côtoient par définition la mort, et ont donc un potentiel « gothique-glauque-dérangeant » de départ particulièrement élevé. Remplaçons le mot zombie par celui de Guignol parce que les marionnettes sont sujettes aux exploitations horrifiques, et nous voilà en plein dans le sujet ! En prime, il est alors plus facile de donner une dimension supplémentaire aux cibles qui ont données son nom au manga : les morts-vivants ont par définition un jour été vivants. Ce qui leur offre un panel d’exploitations possibles très large. Il suffit, afin de s’en resservir tout au long de la série, de justifier habilement cette transformation, ce que Kaori Yuki fait très bien.
 
 
 
 
Car les Guignols ne sont rien de plus que d’anciens humains comme vous et moi infectés par le virus entrainant le « Galateia syndrome », qui au passage ressemble sans beaucoup de doute possible à une certaine maladie de la peau qu’on appellerait sclérodermie. Clin d’œil au passage à la mythologie gréco-romaine pour ce cher Galatée, ironie de Kaori Yuki que les yeux les plus avisés ne manqueront pas de relever. Le temps d'incubation du virus varie d'un individu à l'autre et il n'y a pas de cure possible, seule la musique particulière de l’orchestre royal pourra les influencer, en entrant en résonnance avec eux et provoquant au choix : attirance (il vaut mieux s’y préparer), réveil (bref, mais qui permet de finir en paix) ou mort subite et violente, définitive. En fait de morts-vivants, ce sont surtout de pauvres hères dont la peau se rigidifie à une vitesse variant selon les sujets, rendant alors l’aspect de celle-ci pareille à la pierre, laissant l’ancien être humain tel une statue de marbre, en légèrement moins esthétique. Là où la mangaka prend des libertés, pour les commodités de l’histoire, c’est dans la durée de vie de ces pauvres personnes, qui devraient avoir trouvés la mort depuis longtemps, ainsi que dans la notion de contamination, puisque quiconque se fait mordre par un Guignol, ou entre en contact avec son sang développe la maladie. Elle parvient également à les faire bouger, comme des marionnettes (d’où leur nom, si vous suivez) histoire de les zombifier un peu plus en leur donnant cet air tout particulier, si caractéristique de son trait de crayon. Si l’on résume, on a donc un cadre propice à l’univers de l’auteur, des personnages qui, on le verra, ont tous un destin ou un passé plus ou moins tragique pour leur donner du relief, une trame assez prévisible dans la progression de ces mêmes protagonistes ... Reste l’ennemi, qu’on identifie ici moins facilement que dans ses précédentes grandes sagas gothiques telles AS ou God Child, dans lesquelles un individu supérieur dirigeait tout ... Ici il est également présent, toutefois il n’a une action que très limitée et les Guignols ainsi que la reine se chargent de prendre une certaine part d’horreur et de charisme maléfique pour eux-même. Une raison de critiquer ? Pas nécessairement, puisque ce registre si particulier fait le succès de Kaori Yuki depuis ses débuts, elle a donc parfaitement raison de l’exploiter étant donné que ça marche. L’auteur se spécialise ainsi au fil des années, jusqu’à nous amener à ce qu’elle est devenue, efficace et sans faille dans son genre.

Mais avons-nous bien tout compris dans cette farandole d’informations jaillissantes de l’esprit d’une mangaka qu’on a longtemps et encore à présent considérée comme la maitresse absolue du shojo gothique ? En faisant d’un premier tome le défouloir des ses idées, la mangaka nous offre en première vue un fouillis un peu déconcertant qui lui permet surtout de jeter des idées réutilisées (ou non) plus tard. Les informations fusent de toutes parts, tout en sachant très bien qu’il est inutile de chercher au début à comprendre le fonctionnement de la série. Encore une fois, par son univers gothique, sombre et violent, on sait très bien que l’auteur va nous emmener de révélations en contre révélations … Parfois pourtant, on aimerait retrouver la légèreté cacophonique du premier opus de la série, tant la progression est rapide par la suite, où tout s’enchaine sans nous laisser le temps de nous poser les questions, telles celles qui avaient surgi de toutes parts au premier volume. Alors certes, c’était compliqué. Mais cela suscitait une curiosité que la suite ne laisse pas le temps de faire éclore, comme si l’auteur n’avait pas voulu réfléchir à quand nous offrir l’opportunité de le faire par nous même, nous donnant toutes les réponses à la suite sans plus s’en soucier. Et d’ailleurs, on remarquera que certaines facilités, et la notion certaine de rapidité qu’implique cinq tomes seulement pour une histoire complexe, amènent le manga à s’éloigner des grandes surprises et découvertes des autres œuvres de l’auteur, tout en restant dans un registre bien défini. L’originalité n’est ainsi pas toujours de mise lorsqu’on remarque que les personnages, assez stéréotypés, nous rappellent tous d’autres protagonistes croisés chez l’auteur alors qu’à l’ordinaire, Kaori Yuki fait preuve d’une certaine attention sur le sujet. Tous traumatisés, tous à la limite de l’éthique et de la bonté, tous avec un secret terrrrrrrrrible à cacher avec le plus grand soin. De plus, les révélations qui nous surviennent ont bien moins d’impact que dans Angel Sanctuary par exemple : on connait l’instigateur de tout ce cirque, on devine les liens de parentés entre Rutile et Cordié avant que le manga ne nous l’explique, et au final tout est assez prévisible dans les réactions, une fois que l’auteur pose le cadre des situations. Il n’est pas dit qu’on n’aime pas, seulement que c’est facile. Et le pire, c’est quand la facilité marche aussi bien.
 
 

GUIGNOL KYUTEI GAKUDAN © 2009 by Kaori Yuki/HAKUSENSHA Inc.

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