The Royal Doll Orchestra - Actualité manga
Dossier manga - The Royal Doll Orchestra

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Publié le Jeudi, 19 May 2011


Des changements, et pas des moindres !


Mais les mauvaises langues criant au manque total d’originalité se trompent elles-aussi, puisqu’à la recherche de perfection, l’auteur distillera des détails que seuls les fans pourront identifier comme nouveautés, ou du moins comme principes sortant de ceux habituellement utilisés par l’auteur. En premier lieu, c’est le fonctionnement de l’intrigue autour des personnages qui nous surprend. Toujours, l’auteur se centrait sur son héros / sa héroïne pour nous faire découvrir, si ce n’était pas son histoire dans l’immédiat, son caractère, ses réactions, ses valeurs. Ses buts, également, étaient mis en exergue assez précocement dans la narration. On pouvait ainsi savoir où aller, à quoi s’attendre comme actions visant ce même but exposé auparavant. Ici, la tournure des évènements est bien différente. Ce n’est que tard dans la série que l’on comprendra la fascination pour Rutile, qui au début n’est justifiée que par sa belle gueule et son charisme venu d’on ne savait où. Puis, le chanteur d’exception va enfin s’ouvrir un peu, se voir étaler le cœur disséqué sur une table d’analyse. Ses liens avec Berthié, avec sa sœur la Reine, ce que cette dernière est en train de devenir, le chemin qu’il a dû traverser pour en arriver là ... Mais aussi ses relations avec ses compagnons de voyage, son but final, ses progressions de pensée, tout cela arrive bien tard dans la série, nous laissant au début face à une poupée de chair jolie et habile dans ses propos, sans plus. Au fur et à mesure se dévoile donc le passionnant Rutile, bien trop transparent jusque-là, dont on ne connait même pas la base, à savoir son sexe exact. Ses liens avec Berthié donneront lieu à de superbes échanges, et c’est véritablement à partir de là (quatrième tome sur cinq) que sont lancées les promesses attirantes, permettant à la série de décoller en trombe, prouvant enfin le potentiel qui l’habitude. Jusqu’ici, tout n’avait été que détails, détours inutiles et impasses. Il est ainsi rare pour la mangaka de partir du postulat de base que le héros n’a pas la moindre importance en début de série, à part celui d’être là en tant que chef mystérieux, et de ne parler que des autres. Connaitre les personnages secondaires sur le bout es doigts avant de s’intéresser en profondeur au héros, voilà bien un trait particulier à la série !





Tant que l’on parle des personnages, notons qu’habituellement ou du moins dans la majorité des cas le groupe central est constitué d’amis, qui tiennent les uns aux autres même si on ne le découvre qu’un peu après les premières oppositions. Ici, à aucun moment on ne distingue de réelle amitié entre les trois membres de l’orchestre officieux et leur relation n’aura pas les grâces de l’auteur, puisqu’elle ne daignera pas l’étoffer ou la remplir de toutes ces petites complications qui d’ordinaire constituent sa marque de fabrique. Ils sont alliés sans l’être vraiment, et les bons sentiments n’ont pas de réelle raison d’être entre eux. Ils ne font que cohabiter, se supporter, et jamais d’évolution notable ne pourra être remarquée. Volonté, sans doute, de l’auteur de montrer leur solitude qui, alliées, ne font pas un tout uni et indéfectible. D’autant que certaines situations mettent bien en valeur l’aspect particulier des interactions entre les protagonistes principaux, notamment dans leurs passés respectifs, qui expliquent leur nécessité d’accompagner Rutile. Il n’y a qu’Eles pour être là par volonté et pour s’en satisfaire, personnage à part qui tentera de s’attacher à chacun et de les rassembler, sans grands résultats pourtant. En effet, chacun d’eux possède une noirceur toute particulière qui les a un jour amenés à suivre le chanteur de cet orchestre étrange, sans pour autant partager son but ni ses convictions. Ils ont leur propres raisons de se trouver là, et ce n’est ni par amitié ni par sympathie ou pitié. L’auteur n’hésitera d’ailleurs pas à avancer la notion de trahison, bien que l’on regrette que celle-ci ne soit que factice et pas plus assumée, rajoutant un peu de distance entre les personnages. En tout cas, c’est cette non-amitié qui fait la particularité du manga, cassant les émotions fortes qui, toujours, surviennent entre les différents acteurs de ses autres œuvres. Et à vrai dire, si cela est assez étrange car inhabituel, ce n’est pas plus mal et donne une dimension supplémentaire au titre.

Il faudra aussi mentionner un détail assez intéressant dans l’univers de Kaori Yuki. On a l’habitude que les instances s’affrontant pour le pouvoir et le règne soient des hommes, que ce soit dans God Child, Angel Sanctuary ou même Fairy Cube. Symbole d’autorité mais également de puissance et de dangerosité, ils sont ceux qui effraient, qui questionnent, qui surprennent. Ici, leurs rôles plus ou moins exclusifs sont interprétés par des femmes. En effet, le royaume dans lequel Kaori Yuki plante son histoire se déchire entre deux institutions importantes et aux buts opposés. D’un côté, la Reine domine sa Cour d’une main de fer pour anéantir les Guignols et accomplir sa vengeance sur Rutile, de l’autre on retrouve Meerchaum, une petite fille d’apparence seulement qui dirige les trois autres membres du Sénat (des hommes) et s’oppose farouchement à la Reine, mais n’est pas pour autant une alliée de nos compagnons. Cette volonté de féminiser les deux camps vient sans doute de l’idée de la mangaka de former le monde de Royal Doll Orchestra dans un autre univers que celui du Japon, qu’elle utilise souvent et avec récurrence sauf dans quelques one-shots, et bien sûr God Child. Ici, on pourrait remarquer une inspiration française, de par les titres et sous-titres de chapitres, certains mots employés dans le récit, des lieux ou monuments caractéristiques (châteaux et autres architectures) ou d’autres indices disséminés au cours de la lecture. Si la France semble alors décalée, inscrite dans un siècle inconnu voire inventé, on remarque que la culture employée est élargie au sens européen, de par les prénoms employés notamment : Meerschaum, Richter, Jasper, Garnet, Carnelian ... Des noms venus d’un autre siècle mais aux sonorités connues. Ainsi, la série se tourne bien moins vers le passé, la religion ou la mythologie que les autres œuvres de l’auteur, se rendant plus actuelle et moderne malgré le temps passé constamment présent dans les pages de la série. Enfin, le titre s’éloigne aussi des drames qu’on a l’habitude de rencontrer pourtant dans ses écrits, puisque le happy end est privilégié ici, en offrant un souffle d’apaisement sur ce monde de Guignols torturés par leurs esprits corrompus et malades. Un comble quand on sait ce qu’il est advenu dans le dernier tome de God Child, ou dans son one-shot Boy’s next door ...



GUIGNOL KYUTEI GAKUDAN © 2009 by Kaori Yuki/HAKUSENSHA Inc.

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