Ranma ½ vs Urusei Yatsura - Actualité manga
Dossier manga - Ranma ½ vs Urusei Yatsura

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Sommaire

Publié le Mardi, 10 September 2013


Introduction

 
Les auteurs de manga qui ont étendu leur popularité au-delà de leur archipel ne manquent pas. Création d’un univers, galerie de personnages attachants, scénario complexe, graphismes de toute beauté… Autant de raisons qui propulsent un auteur vers des sommets auxquels il ne s’attendait sans doute pas lors de ses débuts. Néanmoins, combien sont-ils à asseoir définitivement cette réputation sur plusieurs années, au-delà d’un seul titre populaire ? Combien de ces auteurs tant adulés aujourd’hui survivront à l’évolution naturelle régissant les époques et aux innombrables titres qui se succèdent dans la conscience collective des lecteurs de bandes-dessinées japonaises, au fil du temps qui passe et des modes qui se succèdent ? Combien parmi ceux-ci créeront même plus d’un titre qui fera leur réputation, si brève soit-elle ? Beaucoup d’appelés, très peu d’élus, tel est le dicton.

Parmi ces auteurs qu’on peut qualifier « d’élus », l’une d’entre-elles se distingue particulièrement en termes de popularité et de qualité. Sur plus de trente ans de carrière, Rumiko Takahashi a réussi le tour de force de créer au moins quatre œuvres populaires et reconnues dans le monde entier. Auteure infatigable, jamais en panne d’inspiration, la grande dame du manga se démarque par son graphisme immédiatement reconnaissable et indémodable, mais aussi par un dynamisme et une sensibilité tout en légèreté, et surtout une capacité à transcender les particularités de la culture japonaise traditionnelle pour la rendre accessible à tout un chacun, peu importe ses origines. Cet attachement à l’exotisme propre au Japon allié à une universalité de narration et de thème constitue la vraie force de la mangaka, ainsi que le charme qui se dégage de ses histoires. Sans oublier un humour dévastateur, qui aura su conquérir le cœur d’un immense nombre de lecteurs et lectrices.

Parmi ses œuvres les plus populaires, deux d’entre-elles se démarquent particulièrement par leur humour, ou plutôt se définissent par leur humour. Il s’agit bien sûr de Urusei Yatsura – plus connu chez nous sous le nom de Lamu – son premier grand succès dans son pays d’origine, et Ranma ½, série qui joue dans la même cour sur une autre variation et qui a connu un succès mondial plus retentissant encore que la première.
Chacun de ces deux titres suit la même formule, possède nombre de caractéristiques communes ainsi qu’une structure relativement semblables. Pourtant, tout les distingue, impossible de les confondre, car ils ne répondent pas aux mêmes règles, ni aux mêmes exigences de l’auteure en termes d’humour. D’un certain point de vue, Rumiko Takahashi s’apparenterait à une scientifique expérimentant une même formule dans des conditions différentes, ou encore à une sportive cherchant de nouveaux challenges et qui tenterait de toujours dépasser ses limites, jusqu’à se considérer satisfaite et changer de discipline.

Les deux séries partageant de nombreux points communs et une base similaire dans leur conception, ce dossier tentera une analyse sous la forme d’un parallèle sommaire. Il n’est nullement question cependant de déterminer la supériorité d’un titre sur l’autre, mais simplement de mettre en lumière les différences et les points forts de chaque et de les inscrire dans l’évolution du style de l’auteure, ainsi que dans sa façon de déclencher le fou rire chez sa lectrice et son lecteur.
     
   
  
  
    

Starting Point

 
 
Aussi bien Urusei Yatsura que Ranma ½ partent sur une idée de base qui se maintient tout du long de la série et qui se décline sur de nombreuses variations selon l’inspiration de l’auteure, mais sans apporter d’évolutions flagrantes au niveau du scénario. Ne vous attendez donc pas à des changements majeurs dans la psychologie des personnages, dans leurs rapports aux autres ou dans l’intrigue (très) en filigrane, qui ne sert que de prétextes à toujours plus de gags et de prises de tête entre les personnages. Même la temporalité n’est pas prise en compte, les personnages ne grandissant pas malgré la répétition des évènements qui marquent le temps qui passe, comme le setsubun annuel de Urusei Yatsura qui se voit répété plusieurs fois sans marquer un changement quelconque. Certes, ils se souviennent d’évènements antérieurs (du moins dans le cas de Ranma 1/2, ou les comebacks d’anciens ennemis sont plus nombreux que dans Urusei Yatsura), mais il ne s’agit que d’un artifice afin de réutiliser un personnage capable de créer une nouvelle dynamique à l’ensemble, le temps de quelques chapitres. Les deux séries sont figées dans une époque incertaine et intemporelle, où la notion de temps n’a aucune prise sur elle, et c’est pourquoi les deux sont aussi indémodables. Si vous acceptez ce principe de départ, vous êtes prêts à entrer sereinement dans le monde de la mangaka et à profiter pleinement des folles situations dans lesquels vont s’embarquer les personnages, qui s’en prennent plein la figure uniquement pour vous divertir.

Dans le cas d’Urusei Yatsura, la mangaka part sur une idée de « joyeux n’importe quoi », idée qui transparaît clairement dans le titre en japonais – « voisins bruyants venus d’ailleurs ». Avec un point de départ d’extraterrestres qui envahissent la terre, elle introduit un concept de science-fiction, qui lui permette d’amener dans son univers un certain nombre de machines invraisemblables, des robots déjantés ou autres fusils aux effets loufoques, mais aussi tout un festival de personnages déjantés (et sur lesquels nous reviendrons tout à l’heure). À cet aspect sci-fi, elle y ajoute une dose d’ambiance lycéenne, ainsi que quelques grands classiques de la culture traditionnelle japonaise, notamment ses dieux et ses démons. Néanmoins, il ne s’agirait que d’une grossière et très large généralisation du concept de la série. En réalité, l’auteure ne s’impose aucune limite et laisse libre cours à sa fulgurante imagination pour le besoin de son récit, en puisant dans de nombreuses références diverses et extraordinaires. Les personnages voyagent énormément d’un chapitre à l’autre, entre la mer, le lycée, la demeure des Mendo, la maison d’Ataru, les planètes éloignées, et bien d’autres lieux encore. La seule véritable constance de la série repose sur le caractère de ses personnages et leurs interactions humoristiques, qui donnent lieu à des situations explosives et hilarantes selon la situation dans laquelle ils sont placés.
Ainsi, le charme d’Urusei Yatsura repose avant tout sur notre attachement aux personnages, sur leur vitalité, et doit son effet choc aux situations explosives (parfois littéralement) qu’ils créent lors de leurs rencontres, faisant du premier grand succès de la mangaka une comédie pur jus dans son acceptation la plus noble. Au final, peu importe la situation de départ d’un chapitre, le lecteur s’attarde avant tout sur les personnages et les catastrophes qu’ils provoquent dans leur grands délires. Le scénario n’a aucune espèce d’importance, tant les acteurs semblent tenir les rênes de leur destin par eux-mêmes, et ne pas se laisser conter par la mangaka et ses exigences.

Dans le cas de Ranma ½, l’auteure insiste avant tout sur la notion d’arts martiaux et de combats, ainsi que la dualité du personnage de Ranma. Maître Takahashi modifie la dynamique pour apporter une dose d’action-combat bien supérieur à son premier grand succès. Urusei Yatsura contient son lot de batailles et possède une énorme vitalité, mais l’aspect baston ne fait pas partie intégrante du caractère de la majorité des personnages, qui tendent davantage vers la dispute avec quelques coups bas pour se venger ou réagir qu’un véritable affrontement de combattants. Néanmoins, Ranma ½ reste une comédie, et tous les affrontements contiennent une part d’invraisemblance plus ou moins marquée (souvent plus) pour souligner le caractère complètement « over the top » de ces joutes, et dont aucun exemple ne sera mentionné pour conserver le plaisir de la découverte aux nouveaux lecteurs. Pourtant, les personnages prennent ces délires avec beaucoup de sérieux et d’application, notamment Ranma, dont l’orgueil lui interdit de perdre le moindre combat et de refuser le moindre défi. Il en résulte une combinaison de suspens et de comédie. Un fragile équilibre géré de main de maître par la mangaka, jouant autant sur l’aspect parodique et déjanté/chtarbé que sur le côté nekketsu du shônen de baston. Le lecteur ne prend aucun combat au sérieux, mais le sérieux parvient à s’emparer du lecteur et l’entraîner dans son univers. De plus, la capacité de transformation de Ranma lui confère la possibilité de participer à des joutes qui seraient en temps normale inaccessibles aux garçons. Ce twist peut sembler anodin, tant la capacité de transformation à l’eau chaude/froide fait partie de la culture manga au sens large, mais ses répercussions sur la dynamique de la série ne le sont en rien, anodines. Avec un seul personnage, la mangaka parvient à doubler les possibilités de mises en situation, à créer des quiproquos et des imbroglios fantastiques, plein de vies et peps. Là où le titre perd en dépaysement (pas de grandes variétés niveaux décors et lieux visités, contrairement à Urusei Yatsura), il gagne clairement en dynamisme dans toutes les situations créées par les transformations de nombreux personnages. Le tout sous le signe de l’humour, bien sûr.
Ainsi, le charme de Ranma ½ repose avant tout sur son concept de base et toutes les possibilités qui en découlent plutôt que ses personnages, pour autant attachants et cultes qu’ils soient. En ce sens, elle marque une première frontière très nette avec Urusei Yatsura. Là où l’auteure ne s’imposait d’abord aucune limite, elle focalise cette fois son attention sur un sujet particulier, et crée et fait évoluer ses personnages pour correspondre à cette attente. Une autre façon de créer de la comédie, et une excellente façon de trancher avec le ton d’Urusei Yatsura tout en se maintenant dans sa continuité.   
   
   

© Rumiko Takahashi / Shogakukan Inc.

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