Ranma ½ vs Urusei Yatsura - Actualité manga
Dossier manga - Ranma ½ vs Urusei Yatsura

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Publié le Mardi, 10 September 2013


People are people

 
 
S’il y a un auteur qui a tout compris à la création des personnages, c’est bien Rumiko Takahashi. Qu’il ou elle apparaisse une seule fois ou fasse partie du casting principal, chacun et chacune d’entre eux laisse sa marque sur le lecteur. L’auteure possède en effet cette aptitude incomparable de créer une gigantesque galerie de personnages inoubliables et attachants, tous avec leur spécificités et personnalité, et même leur chara-design. Là où beaucoup d’auteurs reprennent souvent des personnages d’un récit à l’autre au niveau physique, avec modification de style pour coller à l’histoire, la grande dame du manga ne se répète quasiment jamais dans la succession de ses titres. Un exploit quand on pense à la quantité phénoménale de personnages qui apparaissent de manière récurrente ou au détour d’un chapitre dans ses récits.

Peu importe ce que certains diront, le plus important dans toute histoire, ce sont les héros et autres personnalités qui peuplent le monde dans lequel nous entrons. Un scénario apparaît très secondaire comparé à cet aspect. Tout au mieux sert-il de fil conducteur pour donner un sens à certains lecteurs, mais ceux qui font réellement vivre l’histoire et qui lui donnent un sens, ce sont bien ceux qui la vivent, les acteurs imaginaires du créateur. Combien de fois un auteur a-t’il déclaré que ses personnages évoluent devant ses yeux et qu’il ne fait que les suivre dans leurs péripéties ? Un bon protagoniste recèle en lui la capacité de changer son destin, et de transformer une histoire sans queue ni tête ou bancal en un titre indispensable. Un bon personnage est capable de porter à lui seul un récit, mais jamais une histoire ne portera des personnages bancals. Le charisme, voilà l’ingrédient nécessaire du succès. Et les personnages de Rumiko Takahashi n’en manque pas, chacun à leur manière, très personnelle.

Tout d’abord, une constatation générale. Plus de 99% des héros de l’auteure, peu importe sa série, sont construits sur un ou plusieurs défauts ou faiblesses. Pas de vrais gros méchants défauts non plus, plutôt des petits travers et lâchetés de la vie quotidienne, plus ou moins inoffensifs. Jalousie, maladresse, arrogance, possessivité, obsession, stupidité, avidité… Aucun des héros de la mangaka n’est lisse ou complètement propre sur lui, et aucun n’est réellement un modèle à suivre. Alors pourquoi dégagent-ils tous autant de sympathie et de présence, de charisme ? Probablement parce qu’ils représentent nos travers et défauts (ou ceux de nos connaissances) sous un jour humoristique, qui permet de les relativiser. Chaque personnage se reflète en nous et en nos expériences, et on finit par les trouver bien plus humain que les personnages très droits et justes ou tragiques qu’on trouve dans beaucoup de récits. Ce qui donne de la saveur à un personnage, plus que ses grandeurs d’âmes et qui fait qu’il reste gravé dans notre mémoire, ce sont ses petits défauts et ses petites suffisances, particulièrement dans l’écriture d’une comédie, bien sûr.
 
 
  
  
 
Ataru (Urusei Yatsura) est un être complètement obsédé par la gente féminine et par la drague. Il se laisse entièrement guidé par ses pulsions et est prêt à tout braver si c’est pour avoir la chance d’obtenir un rendez-vous avec une jolie fille. Pas très intelligent mais avec ses moments, assez revanchard et manipulateur, aussi résistant qu’un cafard, il n’a pas grand-chose pour lui. Ranma tombe dans le même genre de catégorie, si ce n’est que lui est un obsédé des défis. Pas grand-chose ne l’intéresse en dehors des arts martiaux, il se montre souvent assez insensible, et a souvent blessé l’affection de ses proches dans sa poursuite des challenges.
Chaque personnage a sa manière, du plus sensé au plus allumé, possède cette balance de défauts et de moments déterminants. C’est justement parce qu’un protagoniste montre de façon sporadique une face cachée de sa personnalité, au-delà de sa personnalité comique, que ce simple moment prend une importance encore bien supérieure. L’exemple qui vient le plus rapidement à l’esprit dans Urusei Yatsura correspondrait au rendez-vous d’Ataru avec  le fantôme d’une jeune fille afin qu’elle puisse monter au ciel, ou bien encore quand Lamu a perdu la capacité de s’exprimer en langage terrien. Dans Ranma ½, on pensera à tous les petits moments entre Akané et Ranma, où ils se montrent un peu plus honnête l’un envers l’autre, pendant quelques courts échanges.

À noter aussi qu’il n’y a pas de traitements de faveurs, et que les filles sont aussi dérangées que les garçons parfois. La terrible avarice de Nabiki dans Ranma, le côté psychopathe de Ran dans Urusei Yatsura, l’obsession de Kodachi dans Ranma, ou encore la jalousie dévorante de Lamu dans Urusei… Chaque histoire est peuplée de personnages des deux sexes en parfaite égalité de statut et de grain de folie. Dans Urusei, les filles se payent même le luxe d’être les plus fortes physiquement, là où dans Ranma, elles montrent davantage de faiblesses, mais c’est aussi parce que la plupart sont amoureuses du héros à la natte et montrent leur plein potentiel principalement durant sa conquête. Bref, il n’y a pas de favoritisme, chacun est logé à la même enseigne, ce pourquoi les titres de la mangaka se sont toujours adressés aussi bien aux filles qu’aux garçons.

Au final, si les personnages de Rumiko Takahashi savent se faire si attachants, peu importe la série, c’est parce qu’ils sont très humains dans leurs défauts et préoccupations, et reflètent la réalité dans lequel nous vivons. Sans cependant jouer la carte de l’ironie et la caricature, mais bien la véritable comédie pure de situation, qui ne fonctionne que par le rapport que le lecteur entretient avec le contexte et son attachement aux héros. Si des lecteurs du monde entier sont aussi réceptifs à l’humour de l’auteure, c’est parce que chacun de nous se reconnaît en eux, y voit tout ce qui fait la nature humaine dans toute sa diversité, dans ses aspects les plus lâches et les plus redondants, mais aussi ceux qui ressemblent le plus à tout un chacun et qui ne peut manquer de déclencher un fou rire ou un grand sourire, tant nous sommes comme eux à bien des égards, à bien des moments de notre vie. L’auteure ne porte aucun jugement envers ses personnages (et par extension envers nous), et chacun a la chance d’avoir son petit moment qui lui donnera une chance de briller au-delà de sa médiocrité et de sa mesquinerie. Il n’y a aucune forme de dénonciation ou de satyrisme dans l’humour de Rumiko Takahashi. Juste une parfaite honnêteté d’admettre que nous ne sommes pas parfaits, et que c’est ce qui fait toute notre richesse, notre force et notre diversité, et peut être transformé en une puissance capable de secouer nos zygomatiques comme peu sont en mesure d’y prétendre.
 
  

© Rumiko Takahashi / Shogakukan Inc.

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