Critique du volume manga
Publiée le Vendredi, 23 Janvier 2026
La première nouveauté des éditions Panini Manga en cette année 2026 est Beat & Motion, série en six volumes qui fut prépubliée au Japon entre 2023 et début 2025 sur le site Shônen Jump+ des éditions Shûeisha. Cette oeuvre a un parcours un peu particulier: lauréate en 2021 de l'émission MILLION TAG, à savoir un grand concours du Jump+ destiné à découvrir la prochaine star mondiale du manga, elle a permis à son auteur Naoki Fujita de faire ses débuts professionnels de mangaka en grandes pompes, avec une récompense de 5 millions de yens, la publication de sa série sur le site de Shûeisha sous la supervision du célèbre responsable éditorial Shihei Lin (qui gère un paquet de succès comme DanDaDan, SPY x FAMILY ou encore Chainsaw Man), et la promesse d'une adaptation animée de celle-ci sur la plateforme Netflix (celle-ci n'ayant pas encore vu le jour à l'heure où ces lignes sont écrites).
Cette histoire nous plonge auprès de Tatsuhiko qui, dès sa plus tendre enfance, s'est mis à nourrir une passion dévorante pour le dessin et l'animation, passant dès lors son temps à remplir des feuilles, à concevoir des flipbooks, à observer ce qui l'entoure pour le coucher sur papier... du moins, jusqu'à ce qu'un petit incident le pousse à mettre de côté cette passion à l'abandonner. En grandissant, devenant collégien puis lycéen, il s'est découvert une autre passion pour la musique, a même monté un groupe avec ses potes de l'école... avant que tout prenne fin à l'université sur un constatation amère dont il avait bien conscience: la passion avait beau être là, tout comme les efforts, il n'y avait aucun talent dans le groupe.
A présent, la seule chose qui semble aider le garçon à tenir le coup est son amour pour Nico Kashiwagi, une fille de son âge qu'il n'a jamais vue en vrai, musicienne amatrice qui cartonne sur les réseaux sociaux, dont il est un fan fervent depuis plusieurs années, et qu'il rêve de voir percer professionnellement. Mais il reste que Tatsuhiko est désormais un étudiant un peu éteint, marqué par les désillusions, et qui devient petit à petit l'une de ces personnes aigries et jalouses du talent des autres. C'est précisément en faisant une remarque acerbe sur la réussite de quelqu'un dans son rêve lors d'une soirée arrosée qu'il est violemment pris à parti par une jeune femme un peu ivre qui lui balance ses quatre vérités: elle déteste les gens comme lui, qui critique les rêves des autres alors que lui-même meurt sans doute d'envie de suivre son propre rêve. Véritable tornade s'éclipsant aussi vite qu'elle est apparue, cette fille frappe là où ça fait mal, et Tatsuhiko avait sûrement besoin de ça pour que le déclic se fasse: cette violente critique le pousse à raviver sa passion d'enfance pour le dessin et l'animation, cette passion qu'il a trop longtemps étouffée et niée. le voici désormais désireux de vivre sa passion sans regret, retrouvant ses projets d'enfance avec nostalgie, se remettant à observer le monde différemment pour le coucher sur papier comme quand il était petit.
Et au bout de quelques mois, le voila qui a mis au point un petit clip d'animation qu'il poste sur les réseaux sociaux... sans se douter que celui-ci va avoir son petit buzz et être remarqué par Nico Kashiwagi en personne ! Ayant eu le coup de foudre pour son travail, son idole lui propose de concevoir le clip de sa prochaine chanson, et donc de se rencontrer ! Pour Tatsuhiko, impossible de refuser une telle chance... Et cela, même s'il n'est pas au bout de ses surprises en découvrant l'identité de celle qu'il a toujours admirée.
Beat & Motion, c'est donc l'histoire de deux jeunes adultes qui sont déterminés à vivre à fond leur passion respective, elle pour la chanson et lui pour le dessin et l'animation, et qui décident de s'allier pour gravir les échelons jusqu'à devenir les plus réputés dans leur domaine. Les ambitions sont donc très grandes, et pourraient sembler prétentieuses si ces deux-là n'étaient pas mus par une passion authentique. Immédiatement, le courant passe totalement entre eux, ils discutent beaucoup de leurs passion et de leurs créations, ils échangent leurs points de vue avec le plus d'honnêteté possible dans l'optique de progresser ensemble, et il en résulte pour eux beaucoup de choses positives qui les entraînent toujours plus en avant, en plus de permettre au mangaka d'esquisser quelques jolies choses sur les vertus de la passion et de la création artistique. Et c'est d'autant plus entraînant que, à travers une narration au plus près de Tatsuhiko et passant énormément par ses pensées, on suit directement tout ce qu'il peut ressentir et toutes ses évolutions. Et même quand il doute à nouveau, quand il craint de ne pas réussir à se hisser au niveau de Nico, ou quand il peine à donner une vision plus concrète de son rêve sur le long terme, la jeune femme au fort tempérament est toujours là pour le secouer.
A l'arrivée, l'envie de voir jusqu'où ces deux-là iront dans leur rêve est bien là... et cela, même si les choses sont loin d'être parfaites dans ce premier tome, avouons-le. La principale lacune de ce premier tome vient sûrement du sentiment que tout avance plutôt vite et un peu trop facilement. Dès le début, les coïncidences et heureux coups du destin sont vraiment énormes, entre le fait que Tatsuhiko soit directement repéré par son idole, et la véritable identité de celle-ci. Et par la suite, les premières avancées arrivent franchement à point nommé et un peu artificiellement via la maison de disques. Enfin, c'est aussi sur le plan visuel que le mangaka devra s'affirmer, car derrière son style expressif et entraînant il y a tout de même des inégalités et des rendus parfois plus lisses dans les designs, voire quelques petites fautes de goût. Par exemple, pourquoi la collègue de Takashima a des allures un peu félines et des boobs sur lesquels l'auteur insiste un peu trop, alors que quasiment tout le reste est dans une veine se voulant plus réaliste ?
Au bout du compte, c'est bel et bien la curiosité qui domine une fois ce premier tome refermé. Il y a des grosses facilités et certaines maladresses, on sent qu'il s'agit d'une première oeuvre, mais l'ensemble est facilement entraînant, on se demande comment les choses vont se développer, les sujets autour de la passion et de la création sont suffisamment efficaces... Il n'y a donc plus qu'à voir ce que tout ça donnera sur les cinq volumes suivants.
Enfin, du côté de l'édition française, il n'y a rien de spécial à redire: la traduction d'Akiko Indei et de Pierre Fernande est claire, le lettrage de Tatiana Bonora est très correct, l'impression est assez convaincante, le papier est suffisamment souple et opaque, et la jaquette est très fidèlement adaptée de l'originale japonaise.
21/01/2026
04/03/2026