RG Veda - Actualité manga
Dossier manga - RG Veda

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Sommaire

Publié le Jeudi, 01 October 2009


Un univers aux relents mythologiques

                      
Comme souvent, les CLAMP se sont basées sur une vieille légende pour réaliser ce manga. En effet, le titre est tiré d’un conte issu du brahmanisme, une religion indienne datant d’avant Jésus-Christ. Basé sur le culte du dieu Brahmâ, le brahmanisme contient quatre écrits sacrés, appelés Veda (littéralement « vérité », « savoir »). Chaque Veda est un corpus réunissant un certains nombres de textes, souvent écrits en vers, et chacun d’eux a un nom. On distingue ainsi Sama Veda (le chant), Yajur Veda (l’ordinaire du culte), Atharva Veda (la magie) et enfin celui qui nous intéresse, Rig Veda (la récitation solennelle). Ce dernier est le plus ancien des Veda écrits, et on comprend pourquoi il a inspiré les CLAMP et leur prophétie, somme toute assez proche de la récitation solennelle dont il est question. Celle-ci se décline en plusieurs versions, toutes plus ou moins semblables. On en trouve essentiellement deux exemplaires, la première étant directement adressée à Yasha, l’autre étant plus générale. Selon les différents moments de la série, l’une ou l’autre prédomine et aborde la destinée des étoiles sous un œil différent. Cependant, la première phrase est toujours identique : « Six étoiles s’abattront. Des étoiles noires qui se révolteront contre le ciel ». La dernière, quant à elle, varie si elle s’adresse à Yasha (« Vous serez les destructeurs du ciel ») ou si elle revêt un caractère plus global (« Les six étoiles seront les destructeurs du ciel »). La première prophétie annonce à Yasha qu’il protégera celui qui fera tourner la roue du Tenkaï, mais que les siens en payeront le prix. Kuyô, la liseuse d’étoiles et amie de Yasha, prévoit ensuite le départ de celui-ci pour combattre le ciel. Le rassemblement des étoiles, leur avancée, leur domination … Tout est inscrit dans les paroles de la jeune femme, qui le mettra même en garde contre un mystérieux observateur dont elle ne peut lire le rôle. L’autre prédiction annonce l’éveil de Shura, le dieu du mal, dont les flammes détruiront la terre du Tenkaï, ce qui est une information non négligeable. Seulement, cette prédiction, plus « générale » ne l’est pas tant que ça. Si on la décompose vers par vers, comme Kujaku prend soin de le faire dans le dernier volume de la série, celle-ci serait adressée à Ashura premier du nom, le père du bambin qui joue le rôle de mascotte de RG Veda. En effet, Kuyô lui annonça l’imminente prise de pouvoir de Taïshaku-ten (« La foudre du nouveau maître du ciel »), le destin de son fils (« Le dieu du mal, Shura, sera dans le ciel et il détruira le ciel, il sera sur terre et il détruira la terre »), et son éveil. En somme, les deux prédictions de Kuyô n’en font qu’une, adressée à deux personnes différentes à quelques siècles d’intervalle. Magnifique tour de magie des CLAMP, cet aspect si pointilleux d’une prophétie obscure prend tout son sens dans les dernières révélations de la série … Voilà comment se pose le contexte de RG Veda, qui tire son énergie fantastique d’une mythologie oubliée.
                         
Il n’est évidemment pas indispensable de connaître cette part de la religion hindoue pour comprendre le manga, mais tout est plus facile avec quelques éclaircissements. Si l’on connait la place des dieux, la hiérarchie céleste nous parait moins tarabiscotée, et l’ensemble des idées des CLAMP trouvent un sens aux yeux du lecteur. Lu seul, le manga est une magnifique histoire de fantaisie, interpellant par la notion de destin qui y est développée, et admirable par sa complexité. Mais quand on sait pourquoi tel personnage porte tel nom, il devient bien plus intéressant de les suivre, et l’on reconnait aisément le travail nécessaire au groupe de mangakas pour se documenter correctement. Par exemples, bien loin de l’idée de notre Dieu, immortel et surpuissant, il faut savoir que dans les Veda, les dieux sont soumis au même cycle du temps que les humains, bien que celui-ci s’applique différemment sur leur divine personne. Même ces figures mythologiques sont confrontées à la vie ou la mort, malgré leur résistance et leur longévité dépassant l’entendement d’un simple humain. Afin d’en savoir un peu plus sur les protagonistes, parlons tout d’abord de la famille impériale : Taïshaku-ten dans la mythologie bouddhiste, aussi appelé Indra dans la mythologie hindoue, représente le dieu de la guerre et du tonnerre, dieu du centre. Il est à la tête des dieux du ciel, dont les 4 généraux du ciel (Shi Tennô): Jikoku-ten (Est), Zoucho-ten (Sud), Koumoku-ten (Ouest), Bishamon-ten (Nord, dans la légende commandant les Yasha et les Rasetsu …)). Kisshoten est reprise de la déesse de la fortune Lakshmi, femme de Vishnu dans l'hindouisme. Dans le bouddhisme, elle devient la femme ou la sœur de Bishamonten mais conserve les mêmes attributs que dans l'hindouisme. Les dieux guerriers Ashura, Yasha, Karura et Ryu ont eux aussi leurs équivalents dans la mythologie. Ashura est un mot très puissants qui désignent certains dieux et esprits démoniaques de la religion hindoue. Yasha désigne une classe de divinités sauvage au service d’un dieu, dont le penchant démoniaque est Rasetsu. Karura est un oiseau géant utilisé comme véhicule (certainement la monture de la Karura-ô de RG Veda), et enfin Ryu, considéré comme un dragon, est entouré de Hakuryû et Seiryû (dragons blanc et d’azur). Ces quatre personnages sont, dans le bouddhisme, des dieux protecteurs incarnant chacun une des huit races de dieux ou de dragons. Dans la mythologie chinoise, ils sont les quatre animaux se partageant l’hémisphère céleste.
                      
Si chaque personnage important tire plus ou moins son rôle d’un pan de croyance passée, les protagonistes plus secondaires ne sont pas en reste. Aucun d’eux n’a été créé totalement au hasard, puisque l’on retrouve Karyôbinga, un oiseau vivant dans les montagnes enneigées ou au paradis dont la voix est réputée magnifique : cela explique du même coup sa parenté avec Karura et son don pour le chant, deux détails que les CLAMP ont-elles même réunis, afin d’en faire un personnage bien plus touchant qu’il n’y parait. Kendappa est une divinité de la musique, de la médecine, protectrice des enfants, elle est également la gardienne jalouse du Sôma (boisson des dieux hindous qui leur garantit l’immortalité, son nom désigne également la lune). Kendappa est connue pour désigner une forme de conscience entre la vie et la mort. Au final, on retient que les CLAMP ont mis à profit ces informations pour créer Soma, seul amour de Kendappa, dont le sang peut rendre immortel et dont l’attaque se base sur les « Geppa » (lames lunaires), mais aussi Kendappa, brillante musicienne qui oscille entre la naïveté et la détermination, entre un côté et l’autre … Dans le même registre, Gigeï est une divinité mineure incarnant les arts et leur représentation. Enfin, Kujaku tire son nom d’une divinité protectrice chassant les esprits maléfiques, incarnant la compassion et protégeant des calamités. Une quantité énorme de personnages est présentée ici, et on peut regretter le manque de présentations des protagonistes. Les premiers volumes sont un peu lourds, du fait du manque de prévention du lecteur. Il faut s’accrocher pour entrer dans cet univers si riche, qui peut paraitre inaccessible pour certains … Beaucoup d’informations se recoupent, et les bases comme les détails de RG Veda s’expliquent par la remarquable capacité des CLAMP à utiliser l’histoire et les religions, afin de créer un univers à la fois authentique et réinventé
selon leur propre inspiration. Un contexte intimidant cachant un énorme travail.
                                      
                                               
                                
           

Illustrated by CLAMP © CLAMP

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