Dossier manga - Papillon

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Sommaire

Publié le Jeudi, 17 October 2013


L’avancée d’Ageha

 
 
Au début du manga, Ageha a un rôle de pauvre petite fille naïve et pas vraiment jolie. Mais elle s’en sort, du moins en partie. Sa transformation physique est assez importante, elle se métamorphose en une pâle copie de sa sœur, penseront certains. Elle se fait le même genre de coiffure, mais a les vêtements plus longs, moins sexy. A part ça elles se ressemblent réellement. A croire que notre héroïne se moque bien d’être vue comme le clone de sa sœur plus jolies, elle qui était déjà comparée à elle. Ce n’est pas vraiment en lui ressemblant plus qu’elle parviendra à s’émanciper. Mais cela lui permet de prendre un tout petit peu de confiance en elle, suffisamment en tout cas pour évoquer ses sentiments. Pour essayer de les partager. Après tout, elle bouillonne intérieurement de tant d’émotions, de pulsions. Elle qui est restée longtemps effacée et discrète peut enfin faire entendre sa voix. Une petite conclusion s’impose : le physique, ça compte. Et c’est un peu triste comme constatation, de voir que si on se sent mieux on peut devenir quelqu’un. Comme si l’apparence était le premier pas vers les autres. Ça a sûrement une part de réalité et un goût de vécu, mais ça laisse une note amère sur un shojo aussi romantique et aussi fleur bleue sur les notions d’amour. Ça ne reflète pas forcément les valeurs de ce manga comme quoi l’amour est plus puissant que tout et qu’il n’y a pas de barrière quand on est destinés. Et non, l’auteur ajoute une touche de « oui mais le physique ça compte quand même … »

D’ailleurs, la jolie fille est considérée comme facile, et Ageha comme sérieuse. Leur mère aussi est restée sur cette illusion, puisqu’elle semble avoir plus confiance à sa fille la plus calme, celle qui sort le moins parce qu’elle n’a pas un physique attrayant au début de l’histoire. Mais en même temps, elle semble bien plus proche de celle qui se rapproche le plus de son image de femme, la plus féminine de ses filles, Hana. Parlons-en, de leur mère. Elle est au cœur de la progression d’Ageha. En effet, la jeune fille pense que sa mère ne l’aime pas parce qu’elle l’a envoyée à la campagne quand elle n’était qu’un bébé. Petite, Ageha criait et pleurait beaucoup, ce qui a épuisé sa mère qui devait s’occuper de deux bébés en même temps. C’est pour ça qu’elle l’a confiée à sa grand-mère, où elle a grandi heureuse mais sans amour maternel malgré les visites récurrentes de ses parents. C’est ce problème qui l’a enfermée dans un monde difficile d’accès et solitaire. Elle s’est enfermée dans un cocon, une chrysalide protectrice qui la coupe peu à peu des autres. Ageha doit apprendre à se laisser aimer et à accepter la présence de sa famille. A découvrir qu’elle est aimée depuis le premier jour. Et c’est ça qu’Hayato va essayer de lui faire comprendre. Ses conseils vont la pousser à révéler les sentiments de sa mère, et les siens envers elle. C’est là-dessus qu’il l’aide le plus, et c’est un de ses plus gros problèmes au début du manga. Elle est coupée de sa famille.

Et plus particulièrement de sa sœur jumelle. Ageha a un terrible complexe d’infériorité par rapport à elle, la jeune fille est jalouse qu’Hana parvienne à sortir avec Ryusei. Pire, elle est inconsciemment jalouse de l’amour qu’a reçu Hana de ses parents pendant toute son enfance. Elle envie beaucoup sa sœur, mais le plus surprenant c’est que la réciproque est vraie également. Hana est terriblement jalouse d’Ageha, pour plusieurs raisons. D’abord, et la plus importante, leurs parents ont toujours prêtés une attention particulière à leur fille qui ne vivait pas avec eux, ils parlaient beaucoup d’elle. Et quand elle revient, ils se concentrent sur elle et finissent par rattraper le temps perdu. Hana ne se sent plus comme une enfant unique choyée et protégée à l’outrance. Deuxièmement, Ageha est « pure » et attire donc les garçons corrects et sérieux alors qu’elle ne récolte que les connards violents ou profiteurs. Elle aussi aimerait vivre une belle histoire d’amour et c’est pour ça qu’elle essaye de lui voler les mecs qui s’intéressent à peine à elle, pour la vivre à sa place. Hana aussi souffre, et c’est quand elle le comprendra enfin qu’Ageha pourra avancer, lui pardonner et la retrouver. L’héroïne a donc de belles avancées psychologiques, de réels problèmes à régler qu’Hayato l’aidera à franchir, à dompter. Mais elle doit aussi s’en sortir seule, notamment quand c’est justement Hayato le problème, et sa peur, sa jalousie maladive alimentée par les coups bas constants de sa propre sœur.
 
 
   
      
   

Graphismes

 
 
Côté dessins, le graphisme est clairement celui de Peach Girl. Et le style de cette mangaka n’est pas non plus des plus originaux. Les filles sont toutes proportionnées pareil, avec des grands yeux, des cheveux lisses, un visage parfait et des longs cils. Ageha et Hana passent leur temps à ouvrir la bouche ou froncer les sourcils selon leurs caractères mutuels. Ageha nous laisse clairement voir sa naïveté et sa simplicité d’esprit. Elle réagit physiquement, par des mimiques, à tout. De plus, l’auteur inscrit souvent des visages au-dessus d’autres juste pour montrer les réactions. Le rendu est assez peu naturel, du coup, voire dérangeant parfois. De même que les points de vue rapprochés sur une bouche ou un menton ou un regard. C’est très shojo, très orienté pour nous guider dans nos réactions et nos découvertes. L’auteur nous empêche d’avoir une vision globale et entière des personnages, et c’est vraiment dommage. Les expressions sont donc très, voire trop marquées, et cela laisse paraitre chaque action comme une révolution. Et au niveau des arrières plans, c’est un peu l’extrême inverse. Ils sont plutôt vides, ou chargés avec des trames comme des roses ou des fleurs, de l’eau, des étoiles … Rien de bien original et de bien intéressant pour entourer et faire vivre les personnages. Du coup, ceux-ci semblent un peu morts et ils évoluent dans un carcan assez peu dynamiques. Bref, les protagonistes sont dans le trop, l’environnement dans le pas assez. Par contre on ne peut enlever le mérite des couvertures assez flashy dans des couleurs pastels frappantes qui nous rappellent Peach Girl. Le reste est banal, simple, efficace pour du shojo.

L’édition de Pika n’a rien d’exceptionnel. L’éditeur n’adapte pas les onomatopées, mais surtout le parti de traduire « Ichijuku-san » par « Monsieur, vous … » est assez dérangeant dans une relation amoureuse. Autant garder le san ou alors passer au tutoiement dans la version française. Là, c’est juste décevant.
 
 

PAPILLON HANA TO CHOU © Miwa UEDA / Kodansha Ltd.

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