Dossier manga - Otaku Girls

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Sommaire

Publié le Jeudi, 13 May 2010


Des fondations assez instables

 
Une des premières choses remarquables dans le manga, c’est son côté complètement déjanté, exagéré, grossi. Rumi en est la parfaite incarnation : il suffit de voir son processus de pensée qui n’est pas crédible une seule seconde. D’ailleurs, quand on y réfléchit, la plupart des sentiments d’Otaku Girls sont peu justifiables. Rumi, l’otakette focalisée sur les couples homosexuels, maladroite et à la limite de la simplicité intellectuelle qui réussit à séduire tout le monde ? La jeune fille vit dans son monde, plein de repères uniquement basés sur des fictions et des interprétations plutôt douteuses de sa part. Sa vision de soi et des autres est totalement déformée, et lorsque son esprit débloque et lui reconnait une part masculine qui pourrait être sensible au charme d’Abe, c’est le grand n’importe quoi qui s’installe. L’auteur part dans des élucubrations absolument démentielles via son héroïne qui, non contente de voir des relations homosexuelles partout, croit en vivre une … Ses relations aux autres sont totalement sous le contrôle de sa passion et de ses centres d’intérêt, et rien n’est vraiment réel à ses yeux, puisque son esprit modifie chaque stimulus de l’extérieur pour l’adapter à sa manière de vivre. On le voit d’ailleurs très bien dans l’exagération qui est faite au cours du récit, où Rumi interprète chaque information de la manière qui l’arrange le plus et satisfait ses envies de yaoi. Matsui est sur ce point beaucoup moins déjantée et décalée de la réalité. La différence entre les deux jeunes femmes, c’est que l’une est capable de se rattacher à la réalité, l’autre pas. De là à dire que Rumi a quelques problèmes psychiques, il n’y a qu’un pas … Mais c’est justement ce côté instable et fragile que veut mettre en avant l’auteur, pour justifier la comédie et les situations cocasses de tout ordre qui peuvent se greffer avec logique sur un postulat de départ exagéré. D’ailleurs, ce point ne nuit absolument pas à la narration, une fois les premières pages lues. On accepte très rapidement la folie de Rumi, jusqu’à l’apprécier et en attendre toujours plus. Grâce à elle, le lecteur aussi en vient à traquer chaque détail « yaoisant », chaque situation potentiellement déformable, au point de s’identifier très facilement à cette héroïne au départ si étrange. Les exagérations et débordements d’émotions sont attendus au tournant, en parvenant tout de même à ne jamais décevoir !

Là où quelque chose peut encore être qualifié de bancal, c’est dans la relation qu’Abe (n’)entretient (pas) avec Rumi. Ce dernier est amoureux en quelques instants, ne se pose pas de questions, se dévoue totalement à cet amour naissant, malgré le cas désespéré de Rumi. Il en va de même pour Matsui, même si l’affection qu’elle porte à sa sœur de cœur est alors bien compréhensible, mais aussi pour Chiba. Tous deux en viennent à éprouver de la tendresse envers celle qui passe le plus clair de son temps à les encourager dans leur relation contre nature … Abe est lui aussi, avec Rumi, un postulat de départ assez maladroit. En posant sa simplicité et son dévouement, l’auteur le rend presque irréel. Il est assez déconcertant, en effet, de voir ce garçon s’acharner alors que la fille qu’il aime se borne à lui faire comprendre que son esprit ne peut même pas envisager une telle émotion. Sa maladresse fait presque figure de modèle en la matière, et son courage dépasse peu à peu le stade de l’amour aveugle. Entre refus involontaire de la part de Rumi, tentatives désespérées de lui faire comprendre que Chiba x lui-même n’est qu’une invention de son esprit, rien n’y fait pour le pauvre Abe qui incarne à merveille le rôle du timide laissé pour compte. Pas vraiment le meilleur ami, jamais le réel confident, mais pas encore l’amoureux, Abe occupe une place délicate qui a été créée spécialement pour lui, mais tient difficilement la route dans un contexte plus global et réel. Enfin, on pourra noter que les retournements de situation mis en scène par l’auteur servent très bien l’histoire et permettent d’amener ce qu’il faut quand il faut, mais font souvent preuve de rapidité, voire de négligence. Matsui, notamment, fait preuve d’une instabilité flagrante à un certain moment de l’histoire, ce qui perturbe un peu la narration, l’accélérant de manière évidente et permettant à tout le monde d’évoluer d’un coup, ce qui change du rythme paisible des débuts de la série. Dans l’ensemble, on ne peut que remarquer que les bases de ce manga sont plus ou moins stables, que les évidences de départ ne le sont que par un phénomène d’habituation, et que rien de tout cela n’est bien normal, surtout quand on remarque par la suite que le manga peut se montrer plus sérieux et bien ancré dans une réalité omniprésente …
    
     
  
     

OTAKU GIRLS © KONJOH Natsumi / FUTABASHA / DOKI-DOKI

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