Dossier manga - Otaku Girls

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Sommaire

Publié le Jeudi, 13 May 2010


Entre sérieux et comique, deux poids deux mesures

  
En soi, ce serait presque une blague de parler de sérieux pour cette série complètement déjantée. Et pourtant, malgré une base totalement tirée par les cheveux et exagérée, on se raccroche souvent à de nombreux points concrets et faussement désinvoltes. D’ores et déjà, on ne peut s’empêcher de penser à l’auteur dessinant des planches révélant quelque chose sur elle. Car il est impossible d’infirmer le fait que ce manga a une part autobiographique, au milieu de tous les gags présentés. La mangaka, elle aussi, est une otakette et elle nous le fait bien comprendre. C’est d’ailleurs ça qui lui permet de tomber aussi juste quand elle dépeint un tel tableau. Otaku Girls fait en effet partie de ces mangas assumant sans complexe une passion, un engouement de fans et une nouvelle part de la société nipponne. Il n’est pas si loin, le temps où ce genre de comportements étaient honteux, considérés comme dégradants. On peut même affirmer que cette petite communauté d’otakus a su trouver ses ennemis qui, incompréhensifs et intolérants, les jugeaient sur de fausses apparences. Mais les temps évoluent, et le manga dont il est ici question témoigne avec force de la nouvelle attitude des otakus, de leur force et de leur importance dans la société actuelle. Les jeunes gens deviennent même de puissants acteurs des commerces, au même titre que les fashion victims dévalisant les magasins de vêtements. Mieux même, le phénomène otaku a quelque chose de « bien » dans certains cercles et certaines discussions, où se passionner pour les mangas n’a plus rien d’enfantin ou d’attardé. Il faut aussi parler de la féminisation de ce concept qui, depuis peu, est devenu véritablement mixte. L’image de l’otaku a toujours été le jeune adulte ou l’adolescent renfermé, timide, maladroit, presque dégoûtant. Mais les jolies filles aussi peuvent s’intéresser aux mangas et préférer les personnages fictifs aux véritables relations amoureuses. Les adolescentes font comme une révolution en matière de culture otaku, dans le but d’assumer pleinement un loisir qui a trop longtemps été évité de ces demoiselles. C’est aussi cette évolution des mentalités que montre Otaku Girls, notamment par l’intermédiaire de Matsui et, dans le dernier tome paru, de Momose. Par Chiba et Abe, on découvre l’ouverture d’esprit, devant un univers pourtant très fermé et exclusif.

Parlons-en, de cet univers là. L’auteur développe avec entrain et justesse l’ambiance des Comiba, l’importance du cosplay, la fébrile création de dojinshi qu’on avait déjà aperçu dans Genshiken, les quartiers de Tokyo qui attirent ces filles passionnées avec d’avantage de réussite qu’un pot de miel sur des abeilles … De même, les références sont très fournies, dans les délires de Rumi et Matsui, comme le mythique Kaoru x Shinji. Les deux jeunes femmes partent dans des interprétations stupéfiantes, et l’auteur les accompagne avec force, nous faisant crouler sous les noms de tels ou tels héros, de tels ou tels mangas … Et gare à ceux qui ne suivent pas ! La mangaka nous entraîne sur les références incontournables du yaoi, tout en traitant d’un phénomène de société omniprésent que l’on comprend de mieux en mieux en France, suite au décollage du genre depuis quelques années. Un autre point à aborder dans la conception plus sérieuse du récit, c’est justement son humour. L’auteur se plait à reprendre des scènes tout ce qu’il y a de plus classiques ou stéréotypées, dans les shojo, shonen ou yaoi, pour les détourner et les tourner en ridicule. Otaku Girls s’impose alors comme une grande parodie de tous les genres, se moquant de tous ces invariants qui investissent la culture manga, faisant de ce titre un recueil de clichés détournés. Natsumi Konjoh nous invite dans un univers extrêmement fermé et codifié, régit par de nombreux codes et de multiples règles, pour les détourner, nous les expliquer à grand renfort de fous rires et simplifier le tout. C’est d’ailleurs là qu’on réalise qu’Otaku Girls n’est pas un yaoi, puisque le titre ne fait que s’amuser des principes du genre et de ces filles qui bavent devant deux beaux éphèbes un peu trop proches. En aucun cas les très diverses situations mises en scène (lycée, piscine, shopping …) ne se contentent pas de suivre les clichés attendus, sans les tourner en dérision. Enfin, le dernier point que l’on peut relever dans un sérieux qui, s’il est inattendu, est là pour ceux qui savent y faire attention, c’est l’émotion qui arrive à passer aux lecteurs, malgré le côté loufoque de la narration. Les angoisses des jeunes filles sont assez pragmatiques, notamment dans le volume quatre, et l’on comprend parfaitement leurs interrogations … Bien que celles-ci puissent aussi s’illustrer comme une parodie des sentiments habituels dans les shojos, étant donné que Rumi ne souhaite que le bonheur de son amie sans réussir à la laisser partir … Chacun interprétera à sa manière, toujours est il que leurs larmes a quelque chose d’étonnamment réel pour un manga comique …

Bien qu’il n’y ait pas lieu de le rappeler, attardons nous quelques instants sur l’essence même du manga, à savoir son aspect humoristique. Après avoir abordé les quelques points méritant un regard plus sérieux et attentif, il faut bien admettre que rien ne surplombe, dans ce manga, l’humour créé autour d’une situation fantasque. Beaucoup de choses passent grâce à Rumi et sa passion, mais aussi via la simplicité d’Abe. En tous les cas, nos petits penchants, nos fantasmes, notre curiosité, tout se voit grossi, amplifié, parodié. L’humour ne tourne pas seulement autour des situations « yaoisantes », mais également sur les codes de la comédie sentimentale de base, avec son trio amoureux qui devient un quatuor voire plus si l’on se fie à la suite des évènements, au premier baiser d’Abe et de Rumi qui est immédiatement tourné en dérision, ou encore à la solide amitié éternelle des deux filles qui dérive quelque peu. La parodie est poussée à l’extrême, afin de dénoncer tous ces fameux codes si sacrés dans le shojo, et pourtant complètement piétinés ici. L’auteur joue également, et bien évidemment connaissant son héroïne, sur la relation entre les deux garçons, avec un Chiba farceur et un Abe totalement soumis. Les invariants et clichés du yaois sont eux aussi attaqués, tant les traits sont exagérés et les situations montées en épingle pour montrer le peu de réflexion que nécessite la naissance d’une telle mise en scène. Mais avant tout, c’est bien évidemment Rumi qui provoque l’hilarité, en ne sachant pas où elle en est, en s’imaginant garçon et en déclarant sa flamme de manière assez étrange. Durant toute la série, cette image timide passe le plus clair de son temps à se lâcher complètement pour mettre en exergue sa bipolarité très terre-à-terre : la Rumi « normale », et son antagoniste la Rumi en mode « yaoi ». On prend beaucoup de plaisir à sentir monter l’hilarité face au comportement de cette jeune fille qui est totalement à côté de toute réalité, de toute logique. Ceci dit, certains pourront ne pas apprécier ces moments de pur délice …
    
    
   

OTAKU GIRLS © KONJOH Natsumi / FUTABASHA / DOKI-DOKI

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