Dossier manga - One-Punch Man - partie 1
Sommaire

Publié le Samedi, 30 March 2019


Le nekketsu légèrement pris à contrepied


Prendre le lecteur à contrepied, c'est sans doute l'un des éléments qui a le plus contribué à faire parler de One-Punch Man, au moins dans un premier temps.

Dans la majorité des mangas les plus populaires (One Piece, Naruto, Bleach...) et de manière générale dans énormément de titres d'action ou estampillés "nekketsu" (dont Eyeshield 21, le précédent manga de Yûsuke Murata), les choses commencent avec un héros assez faible, devant devenir plus fort à force d'entraînements, et avec la volonté de protéger ses proches, ses amis. Ici, Saitama est déjà le plus fort. Il s'est entraîné pour devenir le plus balèze, et quand le récit commence, il l'est. Quant à des proches à protéger, notre brave célibataire au chômage n'a pas l'air d'en avoir. Il se bat pour passer le temps, quoi. Pas de grandes morales ni de grandes valeurs sur l'amitié, etc., dont on nous abreuve souvent. D'ailleurs, bien au contraire, il n'est pas rare qu'un combat de Saitama contre un méchant amène quelques dommages collatéraux "minimes", comme un immeuble qui s'effondre ou une ville détruite, tout ceci dans l'indifférence, juste pour servir un petit gag un peu cruel et débile du plus bel effet. Quant aux habituelles phases d'entraînements, et de flashbacks qui y sont liées, ici elles ne sont point ! Mieux, les auteurs se font un plaisir de s'en moquer, à l'image de la manière dont Genos raconte son passé en un gros bloc de texte qui saoule Saitama !
Avec tout ça, on a presque envie de dire que One et Yûsuke Murata se moquent un petit peu de toutes ces séries d'action basées sur ces recettes habituelles et les étirant parfois à outrance.
  
  
  
  
On peut ensuite évoquer différents exemples où les deux auteurs détournent, au moins un minimum, certains repères attendus par les lecteurs.

Dans le tome 2, on a deux nouveaux affrontements, pour un schéma qui n'évolue pas spécialement par rapport au premier volume. Que ce soit avec ou sans Genos, Saitama part se confronter à de nouveaux adversaires, et dans l'immédiat il ne faut pas en attendre plus, One et Yusuke Murata se contentant clairement des bases posées  précédemment. Y a-t-il de quoi être déçu ? Hé bien, si l'on a aimé le premier volume, non, car la recette reste diablement efficace dans le fun qu'elle propose. En effet, l'humour reste omniprésent, et parvient facilement à se renouveler grâce à des gags diversifiés et capables de débarquer à tout moment, à l'image du tout premier gag du volume porté par le je-m'en-foutisme total de Saitama concernant le parcours pourtant impressionnant de son ennemi. Par la suite, c'est la déferlante, entre les jeux de mots sur les noms (Mante le joli, chapeau), d'autres noms simplement crétins et qui n'en imposent pas du tout (Roulette Rider !), quelques petites piques bien trouvées (envers l'art moderne, par exemple), nombre de répliques de Saitama délicieusement cyniques ou décalées (en tête, celle qu'il sort au moment crucial face à Scaravageur), les dégaines aussi imposantes que ridicules des ennemis Scaravageur et Tête d'enclume, les petits éléments de décor prêtant à sourire (l'ours dégommé au milieu du sentier, la superbe décoration de l'immeuble de Grisbi)... Et même quand arrive l'heure des révélations sur le secret de la puissance de Saitama, les choses finissent vite par prendre une tournure comique tant tout le monde est incrédule.

Avec le quatrième tome, la série confirme que pour l'instant elle s'engage dans un schéma on ne peut plus simple, où Saitama, au gré de ses faits de gloire (ou pas), pourra progresser dans le classement (ou non). Sur cette base simple, One et Yûsuke Murata parviennent sans mal à éviter la répétitivité et l'impression de routine, grâce à plusieurs choses, à commencer par l'humour, omniprésent, comme toujours, ne serait-ce que par le décalage total de bon nombre de situations. Quand on voit la surenchère de puissance des menaces et la façon dont Saitama les affronte pépère, on se demande forcément jusqu'où les auteurs pourront aller comme ça. Une météorite géante quand même, c'est pas de la gnognotte. De même, difficile de se retenir de sourire face à une situation aussi décalée que celle où Saitama affiche un pur sentiment de satisfaction face au travail accompli, pendant que la ville derrière elle se fait à moitié ravager. Et que penser de sa déclaration forte et... euh... héroïque ? sur ses motivations de superhéros ? Sans oublier l'avalanche de petites situations loufoques, comme la toute dernière page du chapitre 23, ou l'exploitation habile de Genos qui, candide, continue de considérer Saitama comme son maître alors qu'il est largement plus populaire et mieux classé que lui.

Dans le tome 5, ONE et Murata s’amusent à casser une fois encore les codes du nekketsu en chamboulant une formule très classique dans une œuvre de baston, celle où les personnages secondaires affrontent un redoutable ennemi en attendant l’intervention providentielle du personnage principal. L’entrée en scène de Saitama n’a pas vraiment la classe qu’on pourrait attendre de ce genre de séquences. En parallèle, les auteurs jouent la carte, très propre au nekketsu, de la montée en puissance des personnages... ou plutôt d'un personnage, le Roi des Profondeurs, qui ne cesse de se montrer toujours plus fort et imposant au fil des pages, souvent au détriment des héros qui se dressent sur sa route. La recette aurait pu être 100% basique si les deux auteurs n'y immisçaient pas leur humour, porté notamment par le sort de certains héros, par le "rôle" qu'y tient Sonic, par l'aspect un peu absurde de certaines situations, et évidemment par l'intervention de Saitama.
  
  
  
  
Concernant le volume 6, l'humour est omniprésent et souvent délirant ou absurde ! Il y a certains héros de classe S, mais aussi certaines scènes particulièrement grotesques, à commencer par les causes idiotes de la mort de Mme Ridma. Ce sont toutefois toutes les réactions de Saitama qui régalent plus que jamais : son parler pas toujours respectueux et nonchalant, son je m'en foutisme généralisé vis-à-vis des techniques de Bang au début, sa façon de s'incruster sans la moindre gêne parmi les héros de classe S (ce qui est excellemment mis en scène), ou son irrespect de l'entraide entre les héros pour combattre le nouvel ennemi... Il n'en fait un peu qu'à sa tête, avec son habituelle façon d'être blasé, et c'est ici un régal.

Enfin, il y a le combat final de cette première partie, dans le tome 7, contre Boros. Depuis le début de la série, One et Yusuke Murata se font un malin plaisir à faire monter à chaque fois d'un cran la portée des ennemis, passant d'adversaires ridicules à des menaces qui semblaient, au moins sur le papier, plus dangereuses, comme les monstres venus des profondeurs marines. Mais à chaque fois, Saitama parvenait quand même à venir les dézinguer d'un seul coup de poing, souvent avec sa pointe habituelle de je-m'en-foutisme. Alors forcément, au bout d'un moment on se demandait comment les auteurs allaient pouvoir rebondir sur quelque chose d'encore plus énorme. Hé bien c'est simple : désormais la menace n'est plus originaire de notre planète et vient de l'espace ! C'est évidemment une recette assez classique de bon gros shônen nekketsu, mais à l'instar d'un Gurren Lagann en son temps, One et Murata se font un plaisir de repousser les limites du truc pour aller dans une démesure jouissive. Mais au-delà de l'action pure qui bluffe à plus d'une reprise, l'oeuvre, bien sûr, ne s'éloigne jamais beaucoup de son humour typique, qui s'amuse souvent à détourner les codes du nekketsu et à offrir quelques moments de démesure délirants. On retient notamment l'attitude complètement laxiste/blasée de Saitama (comme d'habitude quoi) face à un Boros en train de déclamer son classique discours de grand méchant, ou plus encore la surenchère humoristique du moment où Boros dégaine un coup tellement puissant qu'il envoie Saitama sur la Lune, ce dernier revenant sur Terre simplement en... retenant sa respiration. Il y a également de quoi sourire face à la dégaine de certaines extraterrestres qui paraissent bien faibles et misérables à côté de Mutatron et Boros.
  
  


L'impact visuel de Murata


Difficile, également, de ne pas revenir encore un petit peu sur le travail de dessinateur de Yûsuke Murata.

On a déjà parlé de son talent pour dessiner les deux facettes de Saitama, de son inventivité dans les vilains, des designs intenses ou ridicules de la galerie de nombreux personnages secondaires (humains comme monstres), et de son talent pour amener un humour désopilant. Mais il est loin de se limiter à cela, les lecteurs d'Eyeshield 21 en savent quelque chose. Sur sa précédente série, le dessinateur bluffait déjà dans la densité de son coup de crayon, dans les notions de profondeur et de perspective, et dans le dynamisme incroyable des planches. On retrouve tout ça ici. Car si Saitama affiche souvent des têtes simplistes délirantes, tout le reste est toujours très fourni.

Les décors sont omniprésents, notamment les décors urbains, et il n'est pas rare qu'il s'y passe quelques petites choses, ce qui contribue grandement à rendre l'oeuvre encore plus animée. Le trait est d'une densité exemplaire, l'auteur se fait plaisir avec de superbes variations d'angles de vue (ce qui renouvelle sans cesse la vision du lecteur), et on peut également saluer l'impressionnant travail effectué sur les plus importantes onomatopées qui font partie intégrante du dessin (et là aussi, Murata s'amuse beaucoup avec les angles de vue). Ce n'est sans doute pas pour rien que l'adaptation animée a suivi de très près l'enchaînement des cases du manga, tant le rendu est sublime.

Ici, revenons un petit peu plus en détails sur la partie des tomes 6 et 7 centrée sur Boros, et qui a mis une claque visuelle d'exception à de nombreux lecteurs. Les perspectives de Murata y sont hallucinantes, son utilisation des onomatopées excellente en tant qu'éléments à part entière du dessin., et le gigantisme du vaisseau ennemi se ressent parfaitement, d'autant que son design est bien travaillé. Dans le volume 7 en particulier, le lecteur a droit à une déferlante d'action avec des cases souvent grandes où le dessinateur s'en donne à coeur joie dans la densité, dans les effets de flou, ou dans l'utilisation immersive des onomatopées qui suivent souvent les mouvements... le tout, jusqu'à ce qui est un véritable aboutissement visuel pour l'artiste dans l'oeuvre : le fulgurant échange de coup ultime entre les deux adversaires, qui se voit découpé plan par plan, avec des jeux en champ et en contrechamp. Une toute petite poignée de secondes s'étalant sur pas moins de 12 doubles-pages, qui sont un régal pour les yeux. Prenez bien le temps de profiter de ce passage, tournez et retournez ces pages à différentes vitesses et en posant votre regard partout, la sensation est brillante.
  
  


Les chapitres bonus


Il convient également d'apporter un petit mot sur les chapitres bonus qui parsèment parfois la série, et qui peuvent avoir leur utilité.

Ainsi, on a tout d'abord le dernier quart du volume 3 qui met en stand-by l'histoire principale afin de nous faire découvrir deux chapitres bonus. Le premier, se déroulant quelques années auparavant à une époque où Saitama avait encore des cheveux, est rigolote en présentant un héros déjà puissant mais aussi très décalé. Quant au deuxième, il permet de faire entrer en scène pour la première fois des personnages qui auront leur importance plus tard dans l'histoire principale : Tatsumaki et sa sœur Fubuki (cette dernière prenant surtout de l'importance après le tome 7, c'est pour ça qu'on n'a jamais parlé d'elle auparavant dans ce dossier). Tout cela est fun à lire, même si l'on peut s'interroger un peu sur le fait de découvrir pour la première fois ces deux figures féminines via un chapitre bonus.

Ne manquez pas le chapitre bonus du tome 6, plutôt hilarant dans sa façon d'exploiter le thème du suicide ainsi que la nonchalance de Saitama... sauf quand il s'agit de son saumon.
  
  
  
  
Quant aux chapitres bonus du volume 7, ils n'ont parfois de bonus que le nom, tant ils lancent déjà des pistes et préparent la suite efficacement.
  
  

ONE-PUNCH MAN ©2012 by ONE, Yusuke Murata/SHUEISHA Inc.

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