Dossier manga - My Hero Academia - Partie 1

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Sommaire

Publié le Vendredi, 12 October 2018


My Hero Academia et ses personnages attachants


Dès le départ, la série se montre audacieuse par sa volonté de ne pas présenter qu'un petit groupe de personnages centraux, mais bien une classe scolaire entière. Izuku Midoriya a beau être le héros et d'autres personnages comme Bakugo, Todoroki, Ochaco ou Tenya sortent certes un peu du lot, Kôhei Horikoshi cherche à donner une petite place à chacun des élèves de la 2nde A de Yûhei. 20 élèves à développer, et 20 caractères tous très différents les uns des autres. Un peu en corrélation avec notre partie précédente, certains de ces personnages ont une psychologie assez classiques dans le genre, par exemple Shoto Todoroki qui rencontre des problématiques familiales (qui lui ont valu des comparaisons avec un certain Sasuke, on y revient), tandis qu'Ochaco représente la figure féminine majeur, assez douce et naïve et qui s'amourachera progressivement du protagoniste. Pour autant, ces quelques archétypes ne sortent jamais le lecteur du récit et pour une bonne raison : chaque personnage a une histoire, un développement, même le plus infime qui soit, de telle manière à présenter une identité plus qu'être des stéréotypes sur patte. Dans ce casting, d'autres élèves plus secondaires présentent même des attributs plus originaux, ce grâce à la mécanique phare du titre : les Alters, ou Kôsei en japonais, un terme qui peut simplement se traduire par « individualités ». Ces pouvoirs étant d'ordre génétique, ils affectent parfois l'apparence de leurs possesseurs, donnant lieu à tout un tas d'êtres hybrides. Au final, la seule limite de la série en terme de designs et d'esthétique est l'imagination de Kôhei Horikoshi... qui n'en manque pas ! Cette dimension hybride de l'auteur ne date d'ailleurs pas d'hier, on la retrouvait aussi dans Crazy Zoo et ses animaux anthropomorphes, un lien spirituel entre les deux séries si juste que le mangaka recyclera des personnages de sa série annulée pour My Hero Academia, par exemple le héros Orca qui provient de sa série précédente.

Des personnages extrêmement variés en ce qui concerne les élèves et aux designs parfois particulièrement fous. Après tout, les comics américains ont le chic pour présenter souvent des esthétiques assez inventives, aussi on retrouve toute l'admiration du mangaka pour les bandes-dessinées américaines dans My Hero Academia, et surtout celles de supers-héros. En bâtissant des identités parfois fortes chez les élèves de la 2nde A et en développant ces personnages à tour de rôle , l'auteur parvient à créer une alchimie particulièrement tangible dans son récit. De camarades qui ne se connaissaient ni d'Eve ni d'Adam pour la plupart, le récit aboutit à un très fort esprit de groupe qui continuera d'être développé au fil des tomes. Le fait de jongler avec des mécaniques scolaires réalistes, par exemple les examens scolaires, les stages en entreprise voire même un dortoir des élèves, renforce tome après tome toute cette alchimie. Et si nombreux sont les mangas à faire dans le récit lycéen, qu'ils soient fantastiques ou ancrés dans la tranche-de-vie, peu sont ceux qui réussissent la chose aussi bien que My Hero Academia qui nous fait vraiment croire à cette 2nde A et à ces élèves qui tisseront des liens sincères entre eux.


Mais il n'y a pas que les élèves dans My Hero Academia, et chacun a sa contribution à apporter, notamment un certain All Might. Si l'idée d'un malabar affichant en permanence un large sourire digne des pubs kitsch de dentifrice peut sembler assez kitsch, le personnage se dote très rapidement d'une impressionnante dimension qui le font passer de symbole de la paix à symbole de la série tout court, faisant même de lui l'acteur d'une des lignes les plus poignantes du scénario. Là aussi, Kôhei Horikoshi opte pour un schéma de personnage classique au sein de la pop-culture, mais particulièrement brillant par cette dualité entre le super-héros cliché et glorieux, et la vie secrète tragique d'All Might ainsi que son déclin progressif annoncé d'entrée de jeu.

Et parce qu'un shônen d'action peut difficilement se faire sans ennemis, la série nous offre aussi des adversaires qui sauront évoluer dans le bon sens. Si le second tome semble présenter de manière hasardeuse la menace de l'Alliance des Supers Vilains en sortant de nulle part son leader, Tomura Shigaraki, ces ennemis deviendront un axe de développement du scénario à part entière. Si dans un récit du genre il est d'usage de présenter une menace déjà bien campée et maléfique, Tomura et les siens bénéficient pour le coup d'un développement presque contraire. L'Alliance des Super Vilains part de peu si ce n'est de quelques membres aux impressionnants pouvoirs et un leader tirant les ficelles dans l'ombre, mais c'est bien plus tard que cette bande d'antagoniste affichera une véritable montée. L'ascension maléfique de Tomura est un véritable enjeu de My Hero Academia et celui qui est présenté comme l'antagoniste principal n'est pas une menace à même de faire trembler le monde dès le début de l'histoire, au contraire : elle doit faire ses preuves pour déstabiliser le monde, soit l'un des fils conducteur de ce qui est considéré comme la première partie du manga qu'on pourrait appeler « cycle de la paix »...

La montée d'un héros, le déclin d'un symbole


(Cette partie revient sur les événements du tome 11, un volume charnière de My Hero Academia qui fera basculer l'intrigue. Les prochains paragraphes contiendront donc certains spoils pour ceux qui n'en sont pas là dans le manga, ou qui n'ont pas vu l'anime jusqu'à la moitié de la saison 3...)

Pour ceux qui ont lu la série (ou regardé l'anime), il est de coutume de considérer qu'il y a un avant et un après tome 11. Comme dit un peu plus tôt, les débuts de My Hero Academia cherchent à faire briller cet ennemi qu'est Tomura Shigaraki, aussi ce fameux onzième tome marquera l'anéantissement de la limite de cet ennemi : All Might en personne. Un anéantissement symbolique évidemment puisque tout l'enjeu de ce climax de première partie est d'accélérer le déclin du symbole de la paix qui garantissait un certain équilibre du Japon, dans la mesure où il bridait les détenteurs d'Alters les plus malveillants et les persuadais de rester dans l'ombre, tout en entretenant une image de paix mondiale et d'optimisme collectif.

Les onze premiers tomes de My Hero Academia posent ainsi un contexte : cette société où brillent les super-héros et où seuls des petits bandits secouent l'actualité. Ce monde est d'abord bousculé par l'entrée en scène d'un adversaire particulièrement passionnant : Stain, un anarchiste qui refuse cette société constituée de héros opportunistes œuvrant parfois plus pour leur image que par conviction (une image que montrera d'ailleurs Vigilante : My Hero Academia Illegals sur con troisième tome), preuve qu'il existe déjà un certain déséquilibre difficilement perceptible dans cette société héroïque. La montée de l'Alliance des Super Vilains donne un coup de pied supplémentaire dans cette fourmilière : elle tend à démontrer la fragilité de ce monde qui se repose sur une seule lueur d'espoir, si bien qu'il suffirait de mettre en déroute cet espoir pour créer le chaos. C'est dans cette optique que le tome onze apporte un point culminant dans l'intrigue : la retraite forcée d'All Might, et donc l'incapacité pour le symbole de la paix d'assurer ses fonctions de protecteur du monde. Pourtant, il existe bien d'autres héros redoutables mais qui n'ont ni le charisme ni les épaules pour porter les attentes de la société comme le faisait l'ancien détenteur du One For All. Avec du recul, Kôhei Horikoshi offre une vision presque pessimiste de son univers où les populations auraient impérativement besoin d'un espoir pour subsister. Évidemment, le déclin d'All Might ne se limite pas à ça : son absence permettant surtout une diminution de la notion de danger pour les criminels, et ainsi la montée de différentes factions. C'est précisément l'enjeu des événements débutant avec l'arc Overhead, qui feront l'objet d'un autre dossier.


All Might est un symbole pour la société, mais il ne faut pas oublier la propre ligne scénaristique du personnage : sa rivalité avec le mystérieux All For One. Derrière All Might, il y a Toshinori, la casquette de l'individu ordinaire qui a connu ses propres drames humains et continue de les connaître à travers son combat générationnel face à All For One, son ennemi juré, celui qui a formé Tomura Shigaraki. Si le fameux onzième tome de My Hero Academia apporte un tournant majeur dans la série, il propulse aussi cette trame autour du combat des héritiers. Nous sommes donc toujours dans ce schéma très classique où les successeurs des grandes figures d'une histoire évoluent en parallèle et sont destinés à s'affronter. Mais il est assez original de présenter ces deux ascensions sur le même plan : s'il est logique qu'Izuku doit évoluer en tant que héros pour succéder définitivement à All Might au terme de la série, voire ce même schéma s'appliquer à Tomura qui doit succéder à All for One en tant que génie du mal est particulièrement intéressant. La série devra, à terme, étoffer un peu ce développement, justifier davantage le personnage par exemple, mais assumer ce schéma du héros chez l'antagoniste est un choix on ne peut plus audacieux et captivant à suivre.

Une série aux multiples influences


Ce n'est pas un secret : Kôhei Horikoshi est un grand amoureux des comics américain, et il semble avoir un sérieux faible pour l'écurie Marvel. Spiderman est son super-héros préféré et l'auteur essaie visiblement de trouver le temps de regarder les films du Marval Cinematic Universe. A titre d'exemple, il semble avoir beaucoup aimé Civil War, sorti en 2016...

Cette passion pour les super-héros, on la retrouve dans My Hero Academia et de multiples manières, à commencer par le concept de héros. A l'image des grandes figures de Marvel qui semble avoir une image au sein de la société dans leurs récits respectifs, Kôhei Horikoshi a imaginé un monde entier où les pays mettraient à l'honneur les super-héros suite à l'émergence des Alters, au point d'en faire une formation professionnelle à part entière et un corps de métier. Tout comme il existe des agence marketing ou des cabinets de comptabilité en France, il existe des agences de super-héros dans My Hero Academia. Mais l'auteur ne s'arrête pas à ça dans ce qu'il puise des comics : cela s'étend sur toute une esthétique aussi bien interne au récit qu'externe. Par exemple, comment ne pas citer ses illustrations couleurs qui rappellent les couvertures des comics américains ? Les visuels des différents volumes, ceux qui apparaissent parfois entre deux chapitres, sont aussi imprégnées par toute cette aura, le meilleur exemple étant sans doute la couverture du vingtième tome, inédit en France à l'heure où ces lignes sont écrites, qui sonne comme un immense clin d’œil aux affiches de certains films dy MCU, et un peu à Star Wars aussi. La pop-culture américaine imprègne donc le récit, chose finalement étonnante pour l'un des blockbuster du moment de l'écurie Shûeisha.


On pourrait élargir la réflexion en revenant sur un point précédemment abordé dans ce dossier : le goût de l'auteur pour les designs hybrides et les personnages anthropomorphes. La mignonne Tsuyu est un parfait exemple, la jeune fille étant humaine mais arborant des caractéristiques physiques de grenouille. Les éléments corporels amphibiens de la demoiselle sont même assez légers par rapport à ceux des autres membres de sa famille, sans doute pour faire dominer un visuel humain chez ce personnage récurrent du récit, mais confirment la patte totalement hybride du mangaka. Il est difficile alors de ne pas faire le rapprochement avec certains personnages de Marvel qui tirent leurs capacités ou leurs apparences de véritables animaux... à commencer par Spider-man qui, s'il ne ressemble pas à une araignée, en a les pouvoirs. Certains grands ennemis du héros ressemblent étrangement à certaines apparences que Kôhei Horikoshi développe dans son récit : Le Lézard ou le Rhino, par exemple. Nous ne sommes jamais dans l'ordre de la pure copie dans My Hero Academia, mais dans une influence plus que palpable et dont l'auteur ne se cache sans doute pas. Après tout, pour donner une image de comics américain à son récit, quoi de mieux que de trouver inspiration dans l'univers du plus célèbre super-héros américain ?

Évidemment, parmi les influences du mangaka, nous pouvoir citer les grandes œuvres nekketsu parues chez Shûeisha comme One Piece et Naruto, mais aussi un certain Akira où il est étrangement question de mutation, à l'instar du concept des Alters. Dragon Ball a aussi joué un rôle fondamental dans l'évolution de l'auteur puisque la série de Toriyama est le premier manga qu'il a acheté. Alors, quand Deku déploie le One For All, difficile de ne pas penser aux étincelles générées par l'aura d'un Super Saiyan 2.
  
  

BOKU NO HERO ACADEMIA © 2014 by Kohei Horikoshi / SHUEISHA Inc.

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