Dossier manga - My Girl

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Sommaire

Publié le Jeudi, 12 July 2012


Avec le temps...


Mais dans My Girl, le temps passe vite, très vite, et si chaque rencontre rappelle d'une manière ou d'une autre Yôko, vivre dans le souvenir ne peut rien apporter de bon. Dans My Girl, Mizu Sahara réussit le juste équilibre entre ces souvenirs qui ne s'effaceront jamais totalement, et ce temps qui passe en les emportant juste suffisamment pour permettre aux personnages d'aller de nouveau de l'avant après une longue période de « deuil ». De nombreux moments dans la série sont témoins de cet équilibre.

Du côté des personnages secondaires, on peut noter le développement effectué autour du propriétaire de l'habitation de Masamune et Koharu. Ce vieil homme, dont la femme gravement malade est désormais à l'hôpital, se prépare petit à petit à ce qui attend tout couple: la fin en solitaire de sa vie . En attendant que cette ultime épreuve arrive, il sera soutenu par un Masamune qui, justement, aurait par dessus tout aimé avoir la chance de vivre aussi longtemps avec Yôko. Indubitablement, le temps passe, emporte tout avec lui... Tout, ou presque, car les souvenirs sont bel et bien là.

Pourtant, les souvenirs n'empêchent pas le temps de poursuivre sa route. Koharu grandit au fil des volumes, elle est en CE1 dans le tome 3, et si sa mère a toujours la première place dans son cœur, elle prend petit à petit conscience que Masamune devrait avoir le droit de rencontrer d'autres personnes, quitte à agrandir la famille qu'ils forment tous les deux. Mais si Masamune sent qu'il lui faut aller de l'avant, sera-t-il prêt à mettre de côté l'amour qu'il porte à Yôko ?

Yôko reste encore très présente dans le cœur de Masamune et de Koharu, à tel point que la fillette voit en une jeune femme, rencontrée au hasard, un substitut affectif de sa mère. Malgré le temps qui passe, il est toujours difficile de faire le deuil de sa mère ou de la femme de sa vie, et pourtant, on doit aller de l’avant !

C'est d'ailleurs particulièrement Masamune qui doit se questionner sur sa vie en apprenant au contact des autres protagonistes. Sa mère et la mère de Yôko insistent pour qu’il se remarie. Même Koharu aimerait voir son père plus heureux et pense que ce serait préférable pour leur bonheur à tous les deux. Mais c'est à Masamune que revient la décision. Il ne pourra sans doute plus tomber amoureux comme il l'a été de Yôko, mais le temps et sa fille aidant, l'heure de repenser à l'avenir pourrait bientôt arriver. Le jeune père célibataire est le seul qui détient le pouvoir de se rendre heureux, et par la même occasion, de rendre heureuse Koharu. On suit ses craintes, ses hésitations, ses remises en question, qui le rendent toujours plus humain.

C'est à ce moment précis qu'intervient Mademoiselle Katagiri, et c’est bel et bien elle qui est le personnage central de la fin de la série, car elle symbolise pour Masamune et Koharu la possibilité de repartir de l'avant, de se forger un avenir plus joyeux sans oublier le passé. La jeune femme est habilement mise en valeur par le fait qu’elle doive réussir à se faire une place dans cette petite famille qui a encore un œil tourné vers le passé, vers le souvenir de la défunte mère.

Il faut laisser au temps le temps de faire son œuvre. L'ultime message de My Girl est sans doute là. Au fil de la série, Masamune et Koharu ont autant d'occasions de se rappeler de Yôko que d'opportunités de se tourner vers l'avenir, mais ils n'effectueront jamais pleinement l'un des deux. Grâce à une belle gestion du temps qui passe, l'équilibre entre souvenirs du passé et ouverture sur l'avenir est parfait et sonne de manière terriblement humaine.
  
 
  
 
  

Le style de Mizu Sahara


Mizu Sahara fait partie de ces mangakas possédant une patte reconnaissable au premier coup d'oeil tant elle est personnelles, éloignée des standards. Les pages en couleurs aux tons pastels et les nuances de gris ainsi que le trait doux et assez arrondi servent à merveille l'ambiance mélancolique dégagée par des visages extrêmement expressifs.

Une expressivité tout en simplicité et en retenue, où la mangaka n'a pas besoin d'user d'artifices ou de forcer pour faire passer les émotions. Ici, pas de grands yeux aux pupilles proéminentes, l'expressivité des visages passe surtout par la bouche, les sourcils et le contour des yeux. A partir de là, les personnages, principalement nos deux héros, renvoient des expressions nuancées, parfois difficiles à cerner, mais qui dégagent toujours un petit brin de mélancolie et d'apaisement.

Masamune est touchant, Koharu craquante à souhait, le côté "tranche de vie" et l'ambiance mélancolique jamais trop pesants. My Girl ne prend pas le parti de chercher à nous émouvoir à tout prix, il n'y a ici rien de larmoyant, ou même de profondément palpitant. Mizu Sahara se contente de raconter son histoire avec sincérité, et malgré une narration parfois grossière, le tout touche par son ton simple qui ne tombe jamais dans le pathos.

Il est impressionnant de voir avec quelle finesse la mangaka parvient à développer le petit monde qu'elle a mis en place, abordant des sujets souvent difficiles sans le moindre pessimisme, sans jamais chercher à faire dans le larmoyant, avec une douceur et une pertinence de chaque instant. Les moments de vie dépeints par l'auteure coulent tout seuls et parviennent à émouvoir en profondeur, portés par cette cohérence dans les émotions des uns et des autres, ce style délicat, ces dessins naturellement expressifs sans avoir besoin d'en faire trop, à l'image d'une Koharu dont le moindre regard tourné vers l'image de sa mère suffit pour nous attendrir.

Mizu Sahara excelle pour dépeindre les pensées de ses protagonistes sans en dire trop, parfois même sans dire un mot, à l'image du passage où la petite fille lit le papier qu'elle récupère pendant l'épreuve de course de la fête du sport dans le tome 3. Pas un mot, juste un visage facile à décrypter chez Koharu, et le lecteur comprend d'emblée ce qui y est écrit.

Certains sujets peuvent paraître un peu bateau mais sont traités avec une finesse indéniable et une sensibilité contenue, et le coup de crayon délicat, tout en retenue, parvient toujours à merveille à faire ressortir le plus simplement du monde les sentiments des personnages, toute la bienveillance que peuvent se montrer le père et la fille.

« Bienveillant » est peut-être le mot qui convient le mieux au ton adopté par Mizu Sahara. On sent un réel amour de l'auteure pour ses personnages, un amour communicatif, qui contribue grandement au charme de l'oeuvre.
 
 

MY GIRL © 2007 by Mizu Sahara / SHICHOSHA PUBLISHING Co. and Coamix Inc.

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