Dossier manga - Marion
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Publié le Vendredi, 15 March 2019


Reconstitution du Paris des années 30

   
L'un des attraits principaux de Marion est sans aucun doute son cadre historique : le Paris de la fin des années 30 (voire début des années 40), autrement dit aux balbutiements la Seconde Guerre Mondiale, alors que la France n'était pas encore occupée par l'armée allemande. Une période et un secteur géographique maintes fois explorés dans les œuvres plus occidentales, mais un peu moins en ce qui concerne le manga. Alors, dès lecture du synopsis, la courte série de Yû Hikasa se dote d'un capital d'intérêt certain, tant il y a de quoi être curieux de voir ce que le mangaka va faire de ce contexte historique.

Pourtant, ce choix n'a qu'un intérêt limité en terme de scénario, il est surtout esthétique. Le plus grand plaisir de l'auteur en choisissant ce Paris des années 30-40, semble-t-il, c'est de pouvoir dépeindre les architectures de la France il y a un peu moins de 100 ans, et jouer avec ce charme un peu vieillot, mais pourtant pas si lointain. Il semble bien que le cliché du Paris vintage pour représenter la France disparaisse peu à peu, obligeant ainsi les auteurs voulant jouer de cette esthétique à devoir déplacer leurs intrigues dans le temps. Dans Marion, on ressent alors, de la part du mangaka, une sincère fascination pour ce Paris souvent fantasmé par ceux qui sont séparés de la France par la mer. Ainsi, si l'action se déroule en grande partie dans différentes bâtissent, que ce soit les appartements d'Aaron, les salles de répétition ou la scène du Doelion, plusieurs petites scènes ont lieu dans les rues de Paris, ces allées pavées et marquées par tout un tas d'éléments architecturaux, des monuments ou même de simples fontaines. Yû Hikasa joue énormément avec ces environnements, conférant à l’œuvre un petit charme indéniable. Bien que le récit se déroule en France, le charme d'antan opère sans mal pour un lecteur de l'hexagone, peut-être parce que cette ambiance se démarque, justement, de bon nombres de titres, et peut-être aussi parce que l'auteur dépeint mieux ce Paris de XXe siècle mieux que d'autres auteurs japonais, même si cela dépend surtout de l'appréciation de chacun.


Il serait pourtant faux de dire que ce contexte historique n'a aucun intérêt sur la trame de Marion. Car l'un des enjeux clés de la série, surtout dépeint dans le second opus, est bien l'avenir du Doelion, music-hall en passé d'être rattaché à l'armée française pour permettre au fils du directeur de l'établissement d'en faire une plaque tournante du trafic de drogue, en profitant d'être couvert par l'armée. Ce contexte amène alors un fort enjeu idéologique, opposant ce Paris idyllique esthétiquement à la corruption du jeune Jules, qui souhaite détourner le prestigieux établissement. Yû Hikasa va toutefois un peu plus loin en apportant, de temps à autres,, quelques petites précision sur le déroulement de la Seconde Guerre Mondiale, en dehors des frontières françaises. Scénaristiquement, l'impact est assez maigre, mais ce parti-pris a un petit effet sur l'ambiance du titre. Car si Marion est une série parlant de rêve et d'espoir, ce récit parallèle de l'évolution de la guerre contrebalance avec une notre plus pessimiste, rendant presque la fin de la série douce-amère. On y reviendra plus tard, mais la fin de Mario semble abrupte. Pour donner du sens à ce contexte historique, la série aurait mérité de s'enrichir de quelques volumes de plus, qui auraient conté la place de la jeune femme dans une des périodes les plus troubles de la France. Cela aurait demandé une grande documentation, mais le résultat se serait montré forcément intéressant après une telle amorce. Malheureusement, le récit étant achevé, cela reste de l'ordre du fantasme.

Une héroïne appelée Marion

Au cœur de ce Paris en début de période de guerre mondiale, c'est une héroïne qui nous est présentée. Marion est une enfant des rues, dans le sens où elle répond à cet archétype de la jeune fille intrépide, avec peu d'attaches, ne cherchant pas à se fondre dans la société et subsistant par ses propres moyens, ici avec du vol à l'étalage. L'idée de dépeindre une demoiselle autant en marge est important pour le sens de la série et du personnage, sans pour autant être simpliste. En effet, un flashback vient développer l'esprit de la jeune fille et les raisons qui la pousse à ne pas faire confiance aux hommes, créant une réelle empathie envers le personnage ainsi qu'une justification à son identité marginale. Marion n'a besoin de personne pour survivre, bien que sa famille de cœur composée d'autres enfants des rues lui apporte une chaleur affective indéniable, si bien que l'offre d'Aaron à la faire rejoindre un music-hall la laissera d'abord dubitative.


Dans l'idée, Marion est donc une héroïne forte, ce qui a un certain sens actuellement puisque la place de la Femme dans la fiction est un débat important qui met en exergue certains traitements de personnages féminins peu reluisants, beaucoup d'entre-elles étant relégués au simple rang de personnage secondaire quand bien des auteurs se montrent encore frileux à l'idée de donner à une femme un rôle principal, portraits parfois dépeints totalement inconsciemment. Et sur le début de série, on apprécie de voir un personnage raccord avec ces thématiques, notamment dans sa débrouillardise, son caractère fort qui n'empêche jamais une forte humanité chez l'héroïne, et son acceptation de l'offre d'Aaron par pure désir personnel, et non pas un désir de contenter autrui. Bien que l'intrigue du Doelion prenne de plus en plus d'importance au fil du récit, Yû Hikasa n'oublie jamais l'histoire personnelle de son personnage principal. Quand bien même certains enjeux seraient fixés au fur et à mesure, le point d'orgue du récit est de savoir si Marion survivra à cet impitoyable monde du show-business, forgé par moult manigances, et comment elle pourrait tirer son épingle du jeu au milieu de certains complots. Certains choix narratifs du second opus renforcent totalement ce sens : il n'est jamais question de placer Marion en tant que victime des différents rebondissements de l'intrigue, mais toujours de la questionner sur ses choix et quant à sa volonté. Et si l'intrigue propose les premiers symptômes d'une histoire amoureuse entre elle et Aaron, ce n'est qu'une piste finalement à peine suggérée, la conclusion de la série s'intéressant au rêve de Marion et à son rêve seulement. Les personnages qui l'entoure sont là pour la faire brille et non pour briller eux même. C'est justement la meilleure rédemption qu'ils auront : se mettre au service de Marion pour expier leurs fautes.

Il y a donc un véritablement renforcement de l'aura de l'héroïne au fil des deux volumes. A ce titre, l'auteur joue avec la métaphore de Jeanne d'Arc, de manière un peu maladroite malheureusement tant la figure de style est développée un peu trop rapidement et ne donne pas de sens narratifs très précis. Et c'est ce qui va désormais nous intéresser, à savoir toutes les possibilités de l'intrigue, parfois passées un peu trop vite en revue...
  
  

© 2016 by YUU HIKASA / NSP Approved Number ZCW-90F

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