Mär - Actualité manga
Dossier manga - Mär

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Sommaire

Publié le Jeudi, 09 January 2014


Mär, un shonen féérique

 
 
Nous avons évoqué précédemment la dimension conte de fées que représente Mär, sans vraiment développer cet aspect du récit. Entrons alors dans le vif du sujet.

Tout au long des chapitres et des volumes, l’auteur multiplie les références aux contes de fées, ceux qui ont bercés notre enfance, que nous avons parfois (souvent) connus par le biais des dessins animés Walt Disney mais qui ont été déclinés sous différents supports : films, bandes dessinées, romans illustrés, anime… Charles Perrault, les frères Grimm, James Mattew Barrie, Lewis Carroll… Ces auteurs ont laissé leurs marques dans la culture, dans Mär en l’occurrence. Plus que d’élaborer un immense conte réunissant des personnages et situations issus directement des œuvres de fiction de ces auteurs, Nobuyuki Anzai choisit de distiller ci et là, de manière amusante, des clins d’œil aux personnages et concepts des fictions qui semblent avoir enchanté ses jeunes années.

D’abord, nombre de personnages semblent inspirés de ces contes. La princesse Snow, lors de son apparition, est en quelque sorte endormie car emprisonnée dans son bloc de glace avant d’être réveillée par un ärm de Ginta, donnant lieu à un baiser aussi maladroit qu’involontaire. La référence à la belle au bois dormant de Perrault est subtile et amusante tant elle tourne en dérision avec un esprit bon enfant le conte d’origine. De son côté, le manipulateur de plantes qu’est Jack souhait faire pousser un haricot géant, de telle sorte à pouvoir observer le monde depuis les cieux. « Jack et le haricot magique », cela ne vous dit rien ?

Néanmoins, les références se multiplient d’avantage du côté des ennemis, et celles-ci sont moins subtiles puisque souvent, Nobuyuki Anzai se contente de reprendre un personnage de conte de fées en l’adaptant à son intrigue. Par exemple, Mister Hook arbore l’allure d’un capitaine corsaire mais n’est au final qu’un simple Fou sans grande ambition. Du côté des Cavaliers, Pinochion est dérivé de la fiction quasi éponyme de Carlo Collodi et possède pour ärm principale un Gardien à l’effigie d’une baleine, avalant sa proie qui est condamnée à être digérée doucement et douloureusement. N’en déplaise aux fans du film d’animation Raiponce, grand succès Disney de ces dernières années, Rapunzel est ici une créature grossière, le genre d’ennemi antipathique voué à subir le courroux des héros.

Dans son œuvre, Anzai ne se contente pas de faire référence aux contes de fées mais aussi à la fantaisie et à l’imaginaire d’une manière générale. Les Guardian Ärms sont souvent issus de l’imagination débordante de l’auteur sans forcément faire référence et le personnage d’Halloween se contente de représenter la célèbre fête des morts, symbolisant le macabre dans l’imaginaire collectif.
 
  
  
 
 

C’est pas bien ? C'est pas bien ?

 
 
Mär est un shônen qui possède son petit cercle d’amateurs. Lors des débuts de la série, l’engouement fut assez général, bien que l’euphorie soit retombée au fil du temps. Globalement, l’opinion que l’on peut lire ci et là sur la toile est celle d’un gâchis. Bien souvent, les lecteurs de Mär ont aimé le début mais estiment que Nobuyuki Anzai n’a pas fait de réels efforts pour surprendre le lecteur et a préféré sombrer dans la facilité pour écrire la plus grande partie de son œuvre. Néanmoins, certains apprécient Mär pour ce qu’il est, mais il est rare qu’un lecteur voit en ce titre un récit original et novateur. La controverse entoure Mär qui, comme toute œuvre, possède ses qualités et ses défauts. Quel est le juste milieu entre les accusations et les éloges ? Le manga d’Anzai est-il largement sous-estimé et dénigré de manière injuste ? Ou la déception des lecteurs est-elle légitime ?

Comme dit précédemment, Mär nous présente un univers onirique, scène de la bataille entre Ginta et ses compagnons (formant la troupe de Mär) contre les armées de l’Echiquier qui ont pour but de semer le chaos sur Mär Heaven. Optant d’abord pour une aventure s’appuyant sur l’exploration de l’univers dense de Mär, la série devient ensuite un gigantesque tournoi, alternant successions d’affrontements et phases d’entrainement, prônant le nekketsu. De manière classique, Ginta et les siens affrontent des adversaires mineurs et finissent par en découdre avec les véritables instigateurs du War Game, les êtres les plus forts du récit. Le schéma se présente ainsi de manière classique et les ficelles qui construisent l’intrigue le sont tout autant : surpassement de soi, volonté de venger un être cher ou de sauver le monde du chaos, développement d’une solidarité entre les membres de l’équipe… Mär ne nous épargne pas les ingrédients classiques. Dans son œuvre, Nobuyuki Anzai ne cherche pas à être spécialement inventif ou à renouveler le genre, il se contente de traiter son histoire en enchainant les différents archétypes du shônen d’action et se conforme aux clichés. Sa démarche est la suivante : Anzai mise avant tout sur les combats et le spectaculaire, la mise en scène d’un nombre incalculable de créatures (les fameux Gardiens), et ce sont dans ces combats (ou par le biais de brèves transition) que l’histoire avance, que les révélations sont données, et que des liens entre différentes intrigues sont constitués. L’auteur s’est vraiment focalisé sur ces deux aspects de son œuvre, à savoir le spectaculaire et l’histoire de ses personnages. Après quatre premiers volumes servant à introduire la guerre contre l’Echiquier, Nobuyuki Anzai ne cherche plus à présenter son univers ni à le développer. Manque d’imagination ou désintérêt de son propre monde ? Difficile à dire mais nous retenons que le mangaka, aussi talentueux soit-il graphiquement, a volontairement omis la richesse de son univers pour se concentrer sur l’histoire telle quelle et inclure une succession de combats, classiques et visuellement jouissifs.
L’histoire, parlons-en. Scénaristiquement, Mär ne propose pas une intrigue des plus poussées, et son synopsis de base le prouve. Un héros chétif et rêveur, nous l’avons vu dans de nombreux titres, par exemple le célèbre Yu-Gi-Oh !.  Les personnages qui construisent l’œuvre suivent des portraits classiques au genre, histoire de ne pas perdre le lecteur. Alviss est le beau brun solitaire et puissant, pas si loin d’un Sasuke Uchiwa tandis que Jack est un couard peu gracieux qui rappelle un certain Usopp. A lire ces lignes, Mär n’a vraiment rien pour lui, et pourtant. Là où nous pouvons féliciter Anzai concerne la cohérence de son intrigue. En 15 volumes, l’auteur développe tous les chemins scénaristiques introduits et ne laisse aucune question sans réponse. Peut-être que certains mystères se sont vus reliés de manière improvisée mais l’important est que rien ne semble se contredire, et Mär a le mérite de bénéficier d’une fin claire, sans ouverture, ne faisant pas appel à l’imagination du lecteur, chose dont certains auteurs ne se tracassent pas toujours dans le manga.

Une œuvre se basant sur une succession de combats par le biais d’un tournoi se devait d’inclure des duels palpitants, beaux et inventifs, à la manière de Jojo’s Bizarre Adventure où la succession de combats n’est jamais redondante tant l’imagination de l’auteur est sans limite de ce côté. Le War Game est ainsi une compétition où les adversaires alternent les ärms pour venir à bout de l’ennemi. Seulement, Nobuyuki Anzai ne mise pas sur tous les atouts sus cités. Le spectaculaire est au rendez-vous tant le talent graphique du manga est prononcé. Ce dernier prend même grand plaisir à concevoir un bestiaire visuellement abouti qui se renouvèle sans cesse, il n’y a rien à reprocher au Maître de ce côté-là. Néanmoins, comme évoqué dans le paragraphe sur les ärms, le concept est l’occasion de privilégier la facilité. Plutôt que d’exploiter à fond une créature ou un pouvoir pour donner lieu à des situations improbables et des rebondissements imaginatifs, les personnages enchainent les différents ärms qui, en un clin d’œil, terrassent parfois un adversaire jugé invincible. Il est regrettable que l’auteur n’ait pas exploité à fond sa carte maîtresse, celle des ärms, un concept aux possibilités multiples tant chaque personnage peut renouveler sa panoplie de capacités.

Cette section peut se montrer bien sévère avec Mär mais ne fait que relater sans jugement aucun les atouts et faiblesses de la série. Il faut évidemment être bon public pour s’exalter dans sa lecture, les lecteurs en constante recherche de nouveauté seront vite lassés par la série. Mär reste néanmoins un titre qui peut s’apprécier si on le prend pour ce qu’il est, à savoir un shônen nekketsu très classique où l’auteur abuse des facilités scénaristiques et ne cherchent pas spécialement à développer tout le potentiel de son univers et de ses concepts, mais où les combats se montrent spectaculaires, dotés d’un bestiaire abouti, et où aucune question de l’intrigue n’est laissée en suspens. A cela, ajoutons un panel de personnages hauts en couleur, certains étant sous-exploités tandis que d’autres se révèlent particulièrement attachants.
  
   

MÄR © 2003 by Nobuyuki ANZAI / Shogakukan Inc.

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