Mamoru Hosoda - partie 2 - Actualité manga
Dossier manga - Mamoru Hosoda - partie 2
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Publié le Vendredi, 04 January 2019


L'ère du studio Chizu


Les Enfants loups, Ame et Yuki


Ce film a marqué énormément de monde, et il y a de quoi. Pour ma part, je l'ai vu un ou deux ans après sa sortie, alors qu'il passait sur Arte. C'était un soir où je ne savais pas quoi regarder, j'ai vu un film d'animation japonais que je ne connaissais pas, je me suis dit : "allez, pourquoi pas, ça peut être sympa".
Ca faisait longtemps que je n'avais pas pleuré comme ça devant un film.
Sorti en 2012, "Les Enfants loups, Ame et Yuki" raconte l'histoire de Hana, une étudiante qui fait un jour la rencontre d'un étudiant solitaire. Alors qu'ils se rapprochent, celui-ci va lui révéler qu'il est un homme-loup. Cela ne changera rien à leur relation, et le petit couple continuera sa route jusqu'à avoir deux enfants, Yuki, l'aînée et Ame, le cadet. Juste après la naissance du deuxième, l'homme-loup décède et Hana se retrouve à élever ses deux enfants seuls. Hana abandonnera son travail pour se consacrer à ses enfants, et pas facile de s'occuper de deux enfant loups en pleine ville ! Elle décidera donc de déménager en pleine campagne, pour que les deux enfants puissent choisir leur voie le plus librement possible. C'est dans cet univers que les deux enfants, très différents, grandiront et trouveront chacun leur chemin...
  
 
  
  
Ce qui étonne dans un premier temps dans ce film, c'est qu'il soit assez pauvre en dialogue. De nombreuses fois, le réalisateur préfère nous montrer l'évolution des personnages et de leur relation au travers de petites scènes du quotidien accompagnées de musique. Ainsi, l'idylle d'Hana et de l'homme loup est essentiellement retranscrite ainsi. De plus, lorsque les enfants deviendront le sujet principal, le réalisateur, dans un premier temps, usera de ressorts comiques assez régulièrement, comme du comique de répétition ou bien de situation, pour préparer le terrain à la suite. Enfin, on attaque la troisième phase du film, beaucoup plus touchante, avec l'arrivée à l'école de Yuki. En réalité, cette phase démarre avec l'accident d'Ame dans la rivière, qui aura l'effet d'une révélation pour le bambin. Lui si craintif et attaché à sa mère deviendra plus courageux et se prendra de passion pour la nature grâce à son maître, un vieux renard. C'est un choix assez surprenant de la part du réalisateur, surtout lors du premier visionnage. Mais c'est ce qui rend la scène de départ d'Ame aussi touchante. Celui qui est fragile et dans les jupes de sa mère est finalement celui qui mûrira le plus vite et quittera la maison le premier. Quant à Yuki, c'est chez les humains qu'elle trouvera sa place.
Deuxième chose qui frappe : la scène d'introduction. Celle-ci donne immédiatement le ton, tant elle est sublime et nous fait rapidement comprendre ce qu'on s'apprête à regarder. Un film qui retranscrira de l'émotion et une belle histoire plus qu'il n'en parlera. La direction artistique de ce film est tout bonnement magnifique. La nature y est sublimée sans pour autant l'édulcorer. Il n'y a qu'à voir la difficulté qu'à Hana a faire pousser des patates et autres dans son champs, où les effets désastreux qu'ont certaines intempéries.

« Les Enfants loups, Ame et Yuki » est un film très beau, touchant et profondément humain. C'est un véritable tour de force d'avoir réussi à faire un tel long-métrage au sein de son tout nouveau studio. Et on comprend que le réalisateur ait voulu devenir indépendant d'ailleurs, si c'est pour réaliser de tels projets de films. Car trois ans plus tard, Mamoru Hosoda réitérera l'exploit avec, pour moi, le film de sa carrière, « Le Garçon et la Bête ».
  
  

Le Garçon et la bête


Sorti en l'an de grâce 2015, "Le Garçon et la Bête" est le premier film de Mamoru Hosoda que j'ai vu sur grand écran, et c'est également le premier film que j'ai vu de lui en sachant qui était le réalisateur. Je l'ai vu dans des conditions optimales (en VO, dans un petit cinéma d'art et d'essai avec des gens très calmes et respectueux), et ce fut une des plus belles claques que je me suis prise, et ce, dès les premières secondes.

"La Garçon et la bête" raconte l'histoire de Ren, un jeune garçon qui vit seule avec sa mère divorcée. Celle-ci décède, et tandis que des proches veulent le prendre sous leur aile, celui-ci s'enfuit sous l'effet de la colère, ne sachant pas où est sa place et se sentant abandonné par son père. C'est à ce moment que son chemin va croiser celui d'une bête, Kumatetsu. Celui-ci lui propose de devenir son disciple et de le suivre, ce qu'il fera sans trop savoir ce qui l'attend. Le voilà donc dans le Jutengai, une sorte de monde parallèle peuplé de Bêtes. Il deviendra le disciple de Kumatetsu un peu malgré lui, son entraînement sera assez laborieux au début et ses disputes avec son maître incessantes, mais Ren persévérera. Rebaptisé « Kyuta » dans le Jutengai par son maître, le jeune garçon se trouvera une nouvelle place dans ce monde , mais alors qu'il achève son entraînement, le voilà qui réussira à revenir dans le monde des humains. Quel chemin empruntera le jeune homme ?
  
  
  
  
Il n'aura suffit que de quelques secondes pour me capter, comme dans son précédent film. Mamoru Hosoda a décidément un sacré talent pour les scènes d'introduction, innovantes et surtout, bougrement efficaces. Et là encore, celle-ci donne le ton. Si dans « Les Enfants loups, Ame et Yuki », celle-ci était très lente et douce, dans ce film la scène d'intro est dynamique et accompagnée d'une musique joyeuse et épique. Et c'est exactement ce qui nous attendra par la suite.
Ensuite, nous retrouvons Ren, en plein deuil et complètement perdu. Il fugue de chez lui, plein de rancœur envers son père et les membres de sa famille. C'est alors que son chemin croise celui de Kumatetsu, une Bête experte en arts martiaux qui doit se trouver un disciple pour pouvoir affronter son rival de toujours, Iozen. C'est un être colérique et solitaire qui ne sait pas enseigner ni s'occuper de quiconque d'autre que lui-même. Un bien étrange duo se forme alors, avec ce petit humain au caractère bien trempé comme son maître. Leurs disputes seront incessantes et pourtant aucun des deux n'abandonnera vraiment. Ils apprendront l'un de l'autre et finiront par entretenir une affection profonde, se rapprochant de la relation d'un père et de son fils. C'est cette relation entre Kumatetsu et Kyuta qui sera au centre du film, et qui rendra le tout aussi touchant.
Ce film a en tout cas trois gros points positifs : le premier c'est l'humour, très présent, et qui donne au film un ton assez léger sans pour autant qu'il soit trop présent et qu'il ne désamorce les scènes dramatiques. Le deuxième, ce sont les scènes d'action, omniprésentes dans le film et qui amèneront à de nombreux instants épiques mais aussi qui tranchent avec tout ce qu'a fait Mamoru Hosoda jusque là. Oui, il y avait quelques combats dans « Summer Wars » mais ça n'avait jamais pris une telle importance. Ici, le réalisateur nous offre un vrai film d'action jouissif. Enfin, le troisième point positif, c'est bien évidemment les personnages. Ils sont classiques (le maître un peu bourru, l'élève colérique, le vieux sage...) mais ils nous sont présentés avec une telle finesse qu'on ne peut que s'attacher à eux. Et c'est sans doute là la grande force de ce film : il n'est pas original dans ses thématiques ni dans les genres qu'il utilise mais il le fait de manière tellement juste et intelligente qu'il transcende les clichés qu'on pourrait lui accorder.

Alors est-ce que je manque d'objectivité pour ce film ? Oui, totalement. "Le Garçon et la Bête" marque le moment où le nom de "Mamoru Hosoda" est devenu une référence pour moi. Il marque le début de mon amour inconditionnel pour le réalisateur et ses créations. Oui, je manque d'objectivité et ce n'est pas grave. Beaucoup de gens préféreront la douceur et l'émotion pure de "Ame et Yuki, les enfants loups" ou la folie de "Summer Wars", mais c'est à chacun de voir ce qui le touche le plus. De plus, on ne peut nier l'influence qu'a le contexte dans lequel on verra chaque film. "Miraï ma petite soeur" m'a déçue sur l'instant, mais pouvait-il en être autrement après l'impact qu'avait eu sur moi "Le Garçon et la Bête" ?

Je n'aurais qu'un dernier conseil : foncez voir ce film. Si vous ne deviez en voir qu'un de Mamoru Hosoda, regardez  « Le Garçon et la Bête ».
  
  

Miraï ma petite sœur


Dernier bébé du réalisateur, "Mirai ma petite sœur" vient de sortir dans nos salles. Il raconte l'histoire de Kun, un petit garçon de quatre ans qui va voir arriver au sein de sa famille un petit être qu'il sera chargé de protéger : sa petite sœur. Pourtant, le début sera assez difficile car ce n'est pas facile pour un jeune enfant de partager l'attention de ses parents, et des autres membres de sa famille...

N'ayant pas revu la film depuis ma critique à chaud lors de la quinzaine des réalisateurs, je vous invite à la relire pour avoir mes impressions sur ce film, qui seront beaucoup plus précises.
  
  
  
  
Après sa sortie officielle, il y a quelques semaines, j'ai regardé un petit peu les critiques et je vais me permettre ici de répondre à certaines d’entre elles, tout en développant mes propres critiques. Ce n'est pas un exercice que je fais très souvent, mais plutôt que de vous répéter bêtement ma critique du film, je trouve plus intéressant de réagir à celles émises par d'autres personnes, avec d'autres visions de ce film.
Tout d’abord, à ceux qui ont vu dans ce film un objet pro consumérisme et faisant l’apologie de grandes multinationales, je vous dirais ceci : à un moment, il faut arrêter de voir le mal partout. Mamoru Hosoda essaie de reconstituer la vie d’une famille un peu atypique dans son mode de vie (on le voit dans le fait que c’est l’homme qui reste à la maison) mais pas totalement non plus. Bien évidemment que l’enfant a plein de jouets, on sent tout de suite qu’il fait partie d’une famille qui a les moyens, et étant la star de sa famille avant l’arrivée de la petite sœur, il a été gâté. Et il suffira de regarder autour de vous pour vous en rendre compte. Dès que des personnes ont les moyens de gâter leur enfants ou petits enfants, ils le font. Ce n’est pas systématique mais c’est une grande généralité. Enfin pour les marques... nous vivons dans un monde de marques, c’est donc normal qu’il y en ait quelques-unes à l’écran, notamment l’ordinateur Apple. Les Mac sont très souvent utilisés dans tous les métiers qui entourent le graphisme, c’est un fait.
En revanche, je suis d’accord avec les personnes qui remarquent quelques longueurs dans ce film. Certaines scènes auraient mérité un montage un peu plus rapide ou d’être raccourcies.
​Pour ce qui est de la dernière critique que j'ai lue, elle va me permettre d'aborder quelque chose dont je ne m'étais pas forcément aperçu juste après mon visionnage mais qui a pris tout son sens plus tard.
Dans les remarques autour du film que j'ai pu lire, j'ai vu revenir plusieurs fois qu'il fallait avoir six-sept ans minimum pour voir « Miraï, ma petite soeur » à cause du dernier tiers du film qui ferait vraiment peur. Et, en effet, cette dernière partie tranche totalement avec le côté bon enfant vu précédemment. Le réalisateur profite de ce passage pour amener de nombreux éléments inquiétants, que ce soit par la musique ou les visuels (le chef de gare était particulièrement angoissant). Alors à toute les personnes qui auraient peur d'emmener leur enfants à cause de ce genre de scène : faites-le quand même. Il faut montrer ce genre de scène un peu effrayantes à vos enfants. Dois-je vous rappeler qu'il y a presque une vingtaine d'années est sorti un film au studio Ghibli, un certain « Voyage de Chihiro » ? Moi qui suis de cette génération, celle qui a vu Chihiro au cinéma, je peux vous dire aujourd'hui encore que certains de mes amis me parlent de la scène où les parents se transforment en cochon (un grand traumatisme pour de nombreuses personnes...). Ce film a marqué de nombreux enfants, mais dans le bon sens. Nous avons besoin de voir des choses qui nous surprennent, qui nous font peur quand nous grandissons. Cela nous permet de mieux nous construire. Je vous conseille d'ailleurs d'aller les vidéos que l'Ermite Moderne à fait à propos de ses peurs d'enfants dans le jeu vidéo et qui explique très bien ceci. Aujourd'hui, « Le Monde de Chihiro » est culte, de nombreuses personnes de mon âge et un peu plus le montre à leurs enfants en toute connaissance de cause. Et cette dernière partie de « Miraï ma petite soeur » marquera sans aucun doute une nouvelle jeune génération. Je ne me permettrai pas de dire que ce film deviendra culte, je n'y crois pas vraiment vu ses deux prédécesseurs, en revanche, en cet instant, il a totalement sa place devant les yeux de vos enfants. Ne vous inquiétez pas, vos enfants prendront ce film comme il est, il sauront faire la part des choses et même si cela leur fait un peu peur sur l'instant, dites-vous que cette peur les construira et ne fera que les rendre plus fort, un jour ou l'autre. Et quand il seront plus grand et qu'ils reverront ce film, ils se diront en plaisantant : « J'avais peur de ça, moi ? »

Pour conclure « Miraï, ma petite sœur » est un film très sympathique et bourré de bons sentiments. C'est un film très innocent et qui se met très bien à la portée de son personnage principal, Kun.  Et si pour moi, il manque un peu de consistance par moment ou qu'il est pas lent, cela ne change rien au fait que c'est un bon film que tout bon fan d'animation japonaise se doit de voir.
  
  


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