Le monde selon Uchu - Actualité manga
Dossier manga - Le monde selon Uchu

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Publié le Vendredi, 03 May 2019


Vis ma vie de personnage de manga


A partir de là, en tant que héros de la série, c'est Uchu que la dessinatrice du manga suit au plus près, lui qui se sent constamment observé par un "monstre" venant d'en haut. Et dès lors que d'autres personnages viennent le côtoyer, eux aussi se retrouvent observés. Ils prennent conscience que des bulles dévoilant leurs pensées sont au-dessus d'eux, que certains aspects de leur intimité peuvent être vus... or, comment vivre en se sentant observé ? Uchu semble plutôt le vivre sans trop de crainte, ou, en tout cas, il paraît résigné face à cette situation. Mais ce n'est pas du tout le cas d'Iya, qui ne supporte pas cette situation et qui soulève rapidement un autre problème : à partir du moment où ils sont des personnages créés par la dessinatrice, sont-ils seulement maîtres de leur propre vie ? Leurs choix sont-ils réellement les leurs ? Sur ce point aussi, ces adolescents adoptent des comportements bien différents. Quelqu'un comme Chiyoko, qui est éperdument amoureuse d'Iya depuis un an, voit là-dedans un signe du destin, comme quoi elle était destinée à aimer Iya. Alice, elle, fait plutôt preuve d'abnégation, elle se questionne et réagit de façon presque terre-à-terre et plutôt réfléchie, comme lors d'une scène amusante du volume 1 où elle fait tout pour que le regard du dessinateur n'aille pas scruter Chiyoko sous la douche.
  
  
  
  
Ce qu'Ayako Noda nous propose également de suivre dans Le monde selon Uchu, c'est la vie quotidienne des "personnages secondaires" dès lors qu'Uchu n'est pas près d'eux, et donc que le dessinateur ne les représente pas et que les lecteurs ne peuvent pas les voir. La mangaka nous invite à observer ce qu'habituellement l'oeil d'un lecteur de manga ne voit pas : ce que ces personnages vivent et pensent en dehors des scènes où ils ne sont pas avec le héros.

Enfin, il y a tout plein de petits éléments qu'Ayako Noda décortique, concernant l'essence même du manga. Comme la prise de conscience par les personnages que des bulles dévoilent leurs pensées, le fait qu'il n'y a pas de volumes et qu'ils ne sont qu'en 2D, l'apparition de "gimmicks" typiques de certains genres (comme les fleurs qui apparaissent comme par magie tout autour de la mignonne Chiyori, façon vieux cliché de manga shôjo)... Il s'agit là d'un exercice de style brillant dans l'exploitation de son concept, et d'un récit doté de forts questionnements méta qui captivent facilement, notamment parce que cela nous pousse forcément à considérer différemment ces personnages, à ne pas les considérer uniquement comme tels, et dès lors à reconsidérer notre statut de lecteur.
  
  
  
  
Dans tout ça, pourtant, certains lecteurs pourraient, dans la première partie de l'oeuvre (qui correspond à l'essentiel du tome 1), se sentir un petit peu "hors-jeu", tant, pendant une bonne partie du premier volume, on ne semble avoir affaire qu'à un exercice de style/récit méta certes très poussé, mais ne racontant rien de très concret. Pour que cela change, il faut attendre la prise d'importance d'un autre personnage, le professeur de dessin Samejima, seul adulte apparaissant de près avec un visage précis, qui va amener des interrogations essentielles (quelle fin le dessinateur a-t-il prévue au manga ? Que deviendront-ils après cette fin ?), et qui va pousser Uchu à prendre conscience de certaines choses, au point de prendre, à la fin du tome 1, une décision cruciale qui va faire passer encore un cap à l'oeuvre.
  
  
  
  

WATASHI NO UCHU © 2013 Ayako NODA / SHOGAKUKAN.

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