Le monde selon Uchu - Actualité manga
Dossier manga - Le monde selon Uchu

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Publié le Vendredi, 03 May 2019


Quand le récit méta prend le dessus


A partir de la fin du volume 1 du Monde selon Uchu, les paroles du professeur Samejima ont fait prendre conscience à Uchu que tant que lui, le héros de ce manga, sera là, Alice et les autres ne pourront pas être tranquilles et continueront d'être épiés par les lecteurs. Aussi, pour arrêter de leur infliger malgré eux cette condition de personnages secondaires, il décide de quitter les pages du manga, de disparaître de cette oeuvre dont il est pourtant le héros.
Le quotidien continue pour les autres personnages. Iya et Chiyoko se rapprochent et font même une sortie ensemble. Shinri, lui, continue de chercher une trace de son frère et d'espérer son retour, tandis qu'Alice semble petit à petit l'oublier...
Et Uchu alors, où est-il parti ? Hé bien, ses pas l'ont conduit dans ce qui semble être un autre manga, et plus précisément jusqu'à une maison où il ne tarde pas à rencontrer celle qui lui a donné vie, la dessinatrice Ayako Noda.
  
  
  
  
Le premier volume du Monde selon Uchu, intrigant, nous plongeait essentiellement dans le point de vue des personnages eux-mêmes, ces derniers ayant pris conscience qu'ils sont des personnages de manga. Il nous invitait aussi, par cela-même, à nous interroger sur notre point de vue et notre place de lecteur. Ces deux points de vue sont encore présents dans ce deuxième et dernier tome. On continue d'y suivre le quotidien des personnages secondaires qui tentent de poursuivre leur vie en comblant comme ils le peuvent le vide laissé par le héros disparu. Chacun d'eux a une réaction différente témoignant de leurs doutes quant à leur statut de simple "personnage", et certaines réactions et paroles, comme quand Iya conseille à Chiyoko de ne pas regarder sur sa gauche parce que nous lecteurs sommes en train de les observer, continue de souligner notre rôle de lecteur-spectateur.

Mais entre personnages et lecteurs, un troisième point de vue vient se mêler dans le deuxième et dernier opus de la série: celui de la dessinatrice elle-même, Ayako Noda, qui se met en scène aux côtés d'Uchu... pour tenter de le remettre sur la voie de héros qui est la sienne ? Pour lui expliquer des choses sur son statut ?

Cette mise en scène accentue forcément certaines interrogations. Est-ce Ayako Noda qui a d'elle-même fait venir Uchu jusqu'à elle ? Ou est-ce Uchu qui a réellement su prendre de son propre chef la décision de quitter son manga, obligeant ainsi sa créatrice à s'adapter ? Dans tout ça, qui décide réellement ? Et au bout de cette histoire destinée à se terminer à son seizième chapitre, que deviendront ces personnages ? Disparaîtront-ils ?

En mettant en scène son alter ego dans son manga et en la faisant interagir avec Uchu, c'est une facette d'elle-même qu'Ayako Noda dévoile. Elle le fait par le biais d'anecdotes (par exemple, concernant les noms des personnages qui ont tous un lien). Elle le démontre également en exposant tous les aléas de son travail et plus généralement du travail de mangaka : la manière dont les personnages peuvent échapper à leur auteurice et vivre leur propre vie, la façon dont l'auteurice peut mettre une partie de lui-même/elle-même dans ses personnages (via la ressemblance entre Ayako et Alice), les exigences éditoriales qui peuvent décider de la durée de vie de la série, les changements effectués en cours de route, les idées écartées... Mais elle le fait surtout en mettant en avant son propre rapport à ses personnages, à ses créations : son attachement à leur donner vie, à faire en sorte qu'ils ne soient pas oubliés par les lecteurs même une fois la série achevée, afin qu'ils continuent, quelque part, à exister... En cela, la toute fin de la série est particulièrement maligne, et la démarche d'Ayako Noda n'en paraît que plus sincère et juste, d'autant que chaque personnage y trouve son rôle.
  
  


La patte visuelle d'Ayako Noda


Visuellement, Ayako Noda possède un dessin qui est en lui-même agréable, notamment pour certains visages très insistants et prononcés. Son trait se veut à la fois réaliste et accessible, ne serait-ce que par son application à rendre les personnages masculins assez séduisants dans leur genre, et les personnages féminins assez mignons.

C'est toutefois dans le registre des angles de vues, des cadrages et de la mise en scène que la mangaka suscite le plus l'attention. Il fallait évidemment cela pour mettre en exergue toutes les spécificités de son oeuvre concernant le fait que les personnages ont conscience d'être dans un manga.

Mais il faut également souligner les nombreuses vues qui incitent lectrices et lecteurs à scruter et à observer les personnages, ce qui renforce habilement le questionnement sur notre rapport à l'oeuvre en tant que lecteur.
  
  
     
  
A noter que la mangaka, qui trouve qu’il est plus facile de travailler sans aide même si ça demande plus d’efforts, a dessiné Le Monde selon Uchu entièrement seule, sans le moindre assistant.
  
  

WATASHI NO UCHU © 2013 Ayako NODA / SHOGAKUKAN.

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