Dossier manga - King's Game

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Sommaire

Publié le Vendredi, 25 July 2014


Que le jeu commence !

   
    
Le jeu de massacre a le vent en poupe ces derniers temps. Ayant pour pionnier Battle Royale, roman de Kôshun Takami qui fut adapté en différents mangas ainsi qu’en deux films live, le genre s’est vu largement représenté en France ces deux dernières années. En parallèle à Btooom! ont débuté Jeux d’enfants, et bien entendu King’s Game et ses suites. Tout récemment, Ki-oon a même surenchéri avec Darwin’s Game, preuve que le genre survival plaît au public de l’hexagone.
   
King’s Game arrive ainsi au moment opportun sur notre continent et a largement su conquérir le cœur des français, à tel point que la saga a vu ses suites publiées chez nous, mais aussi le roman. Au final, seul le film live manque à l’appel.
Mais finalement, qu’est-ce que King’s Game ? A l’origine, la saga du Jeu du Roi est une série de romans, écrite par Nobuaki Kanazawa et publiée sur une plateforme d’écrits destinés aux téléphones portables, une pratique typiquement japonaise. L’œuvre a gagné en popularité, au point qu’elle soit adaptée en trois saisons manga, ainsi qu’en film live. Commençons alors pour ce qui a été pour nous, français, le début, à savoir la première partie du manga.
     
L’histoire prend place dans un cadre lycéen plutôt qu’une île où chacun devra lutter pour sa survie. Le concept est plutôt amusant si l’on connaît quelques rites japonais : il reprend le célèbre Jeu du Roi, cette pratique de soirée où un participant est élu souverain et a le pouvoir de donner des ordres à ses camarades, mais en l’adaptant à un genre plus survival. Cette fois-ci, le Roi est inconnu et donne ses ordres à distance, par le biais d’un téléphone portable. Ses décisions sont, au départ, cocasses, allant d’un simple baisser à l’attouchement corporel anodin, avant de devenir plus malsain : meurtre, relation sexuelle… Le Roi est impitoyable, et ses ordres sont incontestables. Car quiconque s’amuserait à désobéir au souverain est passible de mort, et de la plus cruelle des façons. Il suffit que le Roi ordonne une immolation que la victime prendra feu sur-le-champ. N’essayez donc pas d’échapper au Roi, car ce dernier vous tuera si vous n’accomplissez pas votre devoir dans les 24 heures. Au final, il ne doit en rester qu'un, celui qui deviendra le nouveau « Roi ».
  
   
  
   
Dans cette première saison, nous suivons le cercle de Nobuaki, un trio de lycéen victime du jeu de massacre, mais aussi principaux opposants au souverain. Ainsi, ce sont bien ces trois têtes principales qui sont sans cesse mises en avant et vouées à évoluer tout le long de l’intrigue. De manière classique, nous découvrons trois personnages aux psychologies très classiques : la tête brûlée, la timide de service, et le couard. Mais rapidement, le scénario sait passer outre ce casting principal cliché. Au contact de ce jeu de massacre, chacun finit par agir de manière impitoyable pour défendre ses camarades. Nous sommes finalement assez loin de Shûya Nanahara de Battle Royale souhaitant sauver tout le monde tant ces héros admettront que le sacrifice, humain ou moral, est nécessaire pour trouver une issue à ce jeu. Ainsi, si ces trois personnages parviennent rapidement à briser les barrières qui les rendaient extrêmement convenus, ce n’est pas forcément le cas pour leur entourage. D’une manière générale, nous découvrons deux types de personnages : les « bons » qui se lieront aux héros, leur prêteront main-forte, et serviront de victimes idéales pour maintenir l’intensité dramatique et horrifique, et les « mauvais », victimes mentales du jeu qui agiront en pourritures de la première à la dernière seconde. Il conviendra qu’au milieu d’un casting qui ne sort pas toujours des sentiers battus et en seulement cinq tomes, il est difficile de s’attacher à tout ce beau monde. Seule une poignée d’élèves, dont les trois héros, maintiennent notre attention. Au final, nous, lecteurs, prions à chaque page pour la survie de ces personnages, ce qui n’arrivera pas tout le temps. La dimension survival fait ainsi son effet, et c’est dans nos joies et nos peines que le titre tire ses atouts.
  
La première saison de King’s Game se construit selon un schéma plutôt simple puisque chaque partie se concentre sur un ordre du Roi, l’occasion idéale pour se pencher vers un personnage. Rapidement, les intentions sont claires : nous devons nous attacher à un protagoniste, pour bien souvent le voir subir un horrible sort. Si l’issue de chaque acte est prévisible à l’avance, on ne peut s’empêcher d’espérer, mais souvent en vain. En lisant les 5 tomes d’une traite, on peut ressentir cette impression de lassitude, comme si le schéma se répétait systématiquement. Fort heureusement, différents ingrédients de l’intrigue parviennent à captiver notre attention, à commencer par le découpage de chaque volume. En effet, pas question de chapitrage puisque chaque opus est à lire d’une seule traite. La narration est conçue en conséquence si bien qu’à chaque fin de partie, un nouvel élément va nous pousser à tourner la page, page qui entamera alors une nouvelle phase du jeu. Passé un certain temps, le jeu s’exporte hors des frontières du lycée. La bande de camarades n’attend plus sagement le jour suivant pour agir pour ou contre le Roi, mais complote à tout moment. C’est en particulier sur les deux derniers tomes que cette sensation est présente, notamment par le biais d’un voyage en lieu lugubre qui n’est pas sans rappeler la saga cinématographique Ring. Une autre forme d’horreur typiquement nippone jaillit alors, permettant de renouveler le cadre de la série.
  
L’horreur de King’s Game réside sur différents paliers. D’abord, c’est bien ce suspense omniprésent qui captive, le fait que chaque ordre du Roi est imprévisible, et que tout élève puisse être touché. En un rien de temps, la destinée d’une vie peut se jouer, ce qui glace le sang lorsque l’un des héros est ciblé. Ce suspense est appuyé par la montée en puissance de l’horreur. D’abord anodins, les ordres du Roi deviennent de plus en plus dérangeants, psychologiquement et moralement parlant, menant chacun à agir avant tout pour sa propre survie et sacrifier ses camarades, quand bien même il sera l’individu le plus chaleureux au monde. Petit à petit, les sentences du Roi deviennent plus sanguinolentes, justifiant l’appellation « massacre » du jeu. Le travail graphique de Hitori Renda est d’ailleurs à saluer, tant l’angoisse est déteinte par les expressions des personnages, et l’horreur accentuée par le jaillissement d’hémoglobines et la mise en scène efficace du mangaka.
     
La fin de cette première saison est un sujet à débat. Evidemment, nulle question ici de dévoiler un quelconque élément de l’intrigue, mais la conclusion a le mérite de prendre le lecteur à contre-pied, suite aux fausses pistes évoquées à maintes reprises dans la série. Au final, nous découvrons une conclusion déroutante, qui n’a pas fait l’unanimité, mais qui, pour le coup, a su se montrer surprenante, en plus d’ouvrir de nouvelles voies à la série. C’est alors que naquit King’s Game – Extreme, la seconde saison du manga. Une nouvelle partie commence alors…
  
  

© Hitori Renda, Nobuaki Kanazawa 2010 / Futabasha Publishers Ltd.

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