Inugami - Actualité manga
Dossier manga - Inugami

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Sommaire

Publié le Jeudi, 04 November 2010


L'engagement d'un récit écologiste


Pendant quatorze volumes, l'éveil de Fumiki, aidé par 23 et Mika, à sa propre humanité, alors même qu'il perd petit à petit son statut de simple humain, le pousse à chercher à protéger ce qu'il y a de bon chez l'homme. Se pose alors la question de l'homme vu comme un parasite par une nature désireuse de s'en débarrasser, ou, tout de moins, de limiter son expansion. Nous allons voir ici que, derrière cette idée en apparence très arrêtée et manichéenne (la nature est bonne, l'homme n'est qu'un parasite), Masaya Hokazono saura à merveille éviter cet écueil.

Les choses commencent pourtant fort si l'on s'attarde sur un point très présent dans le titre: la décadence et le déclin de l'humanité moderne. Sur ce point, les exemple ne manquent pas, à commencer par un personnage: Zéro. Si 23 parvient assez rapidement à peser le pour et le contre de l'humanité, ce n'est pas le cas de son "frère". Rapidement, Zéro, débarque en ville, va se sentir agressé de toutes parts. Partout, les gens sont pressés, ne font attention à rien, et, pire que tout, le dieu-chien est agressé par une quantité importante de bruit qui va finir de l'achever, lui donnant vite une idée négative du genre humain. Par la suite, à partir du moment où il sera capturé par Kiryû, nous le retoruveorns régulièrmeent dans un rôle d'observateur imperturbable, du fond de sa cage, nous faissant volontiers part de ses réflexions sur ce qu'il voit de l'humanité. A commencer par ce qu'il voit de Kiryû, symbole-même d'une humanité devenue trop, beaucoup trop ambitieuse.

Un autre parfait exemple de cette humanité devenue complètement corrompue est le personnage de Kurata. Chef d'une grande compagnie pharmaceutique, l'homme incarne à lui seul, de manière certes un peu trop caricaturale, tout ce que l'on peut détester dans la science à but mercantile: il enchaîne d'horribles expériences sur des animaux sans défense qui se retrouvent soient sacrifiés, soit transformés en véritable monstre, et sur ce point, il est difficile d'oublier le chien que doit combattre 23 à un moment, kidnappé, devenu un véritable monstre aux yeux de tous, sans avenir, et ayant pourtant conservé sa loyauté à toute épreuve, ne pensant qu'à retrouver ses maîtres dont il a été séparé par les scientifiques. Mais Kurata, c'est avant tout la science au service du profit, de l'appât du gain. L'homme est très mercantile et ne cessera de le montrer, ne reculant devant rien pour s'en mettre plein les poches, un bon exemple étant l'idée qu'il émet que s'il répand dans l'air une cellule 23 devenue très dangereuse, il lui suffira de trouver un vaccin sur lequel il aura le monopole, quitte à sacrifier pour cela de nombreuses personnes. En filigranes, c'est tout notre système capitaliste, toujours tourné vers l'argent qui compte plus que l'homme lui-même, que Masaya Hokazono dénonce.
Ainsi, l'humanité semble être arrivée à un stade de non retour. Partout semblent régner l'irrespect de la nature qui accueille pourtant l'homme, et l'irrespect de la vie elle-même.

Dès lors, un retour aux sources semble être primordial, ce qui se ressent dans la série à travers l'opposition que crée Hokazono entre la tradition et la modernité.
Ici, il faut souligner le symbolisme d'éléments folkloriques, traditionnels et naturels sonnant le renouveau d'une humanité qui, à force de s'enfoncer dans sa soif de modernité, en est arrivée à parasiter la nature qui l'accueille. Nous pouvons évidemment citer les inugami, principaux éléments allant dans ce sens. Envoyés par la Déesse de la montagne, qui est, par ailleurs, un bon exemple de l'incursion du folklore shintô dans la série, ces créatures au physique de chien sonnent le départ de la nouvelle évolution de l'humanité. De nombreux autres éléments mettant en avant cette opposition sont de la partie, comme les torii, dont nous avons déjà parlé précédemment, et qui sont ici le ponit de rattachement entre le monde humain corrompu et le monde divin d'ou viennent les inugami. L'élément ayant la plus forte portée symbolique est probablement l'Arbre de vie, dont la forme de champignon d'explosion atomique symbolise clairement son statut contradictoire de destructeur et de base pour la renaissance d'une humanité à un stade plus évolué. La nature est tout puissante, et elle seule décide de la manière dont les choses doivent évoluer.
Par bribes, de nombreux éléments sont eux ausis là pour souligner l'importance des traditions et de la nature face à une civilisaiton humaine qui les a oubliées: le fait que Kiryû et Yuriko soient issus d'une famille de prêtres, les plans aériens ou immergés de Masaya Hokazono sur et dans la nature...

Avec tout ça, on a donc l'impression que le message de l'auteur est bien arrêté: l'homme n'est qu'un parasite pour la nature. Et pourtant, de nombreux éléments sont là pour nuancer cette idée et nous faire comprendre que le message de Masaya Hokazono est loin d'être aussi manichéen.
Pour aller dans ce sens, de nombreux personnages sont là, à commencer, évidemment, par Fumiki et 23, qui prennent petit à petit conscience que tout n'est pas à jeter chez l'homme, et dont nous avons déjà longuement parlé. Mais des deux héros, l'un n'est pas humain, et l'autre devient plus qu'un simple humain. Pourtant, quoi de mieux, pour présenter un message nuancé sur la nature humaine, que d'exploiter des personnages qui ne sont rien d'autre que de simples humains ? De ce côté-là, les exemples ne manquent pas, et plusieurs sortent du lot.
On commencera avec Yoshikawa. Lorsqu'il commence à prendre de l'importance dans le manga, le policier est obnubilé par une seule idée: la vengeance. Un sentiment tout ce qu'il y a de plus humain, qui se justifie parfois, mais qui amène rarement quelque chose de bon. Quoi qu'il en soit, un point nous apparaît clairement: Yoshikawa n'est pas un mauvais bougre. Simplement, il représente cette grande, peut-être la plus grande, partie de l'humanité qui peut commettre des erreurs (l'erreur est humaine, dit-on), mais n'est pas foncièrement mauvais,e as nourrie par des objectifs égoïste, pas spécialement irrespectueuse. Un humain somme toute très normal. Au fil des volumes, énormément de personnes qui devaient sans doute ressembler, par cela-même, à Yoshikawa, seront massacrées. Parmi ceux-là, Yoshikawa sera celui qui survivra, montrant qu'une grande partie de l'humanité, celle qui n'est pas toujours juste mais pas particulièrement irrespectueuse envers les autres et la nature, celle qui a simplement tendance à les négliger sans méchanceté, ne mérite pas forcément de disparaître.
Daté, quant à lui, représente une autre facette de l'humanité: l'humanité repentie. Au début de la série toujours caché derrière ses lunettes noires, l'homme de main de Kiryû commet les pires tâches pour son patron. Mais au fil des volumes, il finira par cerner la folie de son maître, et changera de camp, commençant à ce moment-là à laisser entrevoir à travers ses lunettes un regard empli de crainte et de regrets. Daté a compris qu'il avait choisi la mauvaise route, il en a changé. A travers ce personnage, le message de Masaya Hokazono est clair: il n'est jamais trop tard pour changer. Si seulement tout le monde pouvait en prendre conscience...
Difficile, également, de ne pas parler de Nana. Jamais concrètement active dans la série, elle représente pourtant une chose très importante. Cette innocente petite fille, lorsqu'elle rencontre et adopte un chiot, ne se doute pas encore qu'il s'agit là d'un dieu-chien qui massacrera sa famille. Mais, chose étrange, le dieu-chien épargnera Nana. Etrange ? Pas tout à fait. Car avant d'en arriver à massacrer sa famille, l'animal va vivre de nombreux instants de bonheur en compagnie de cette gamine qui va lui témoigner une vraie affection. Une situation qui rappelle la rencontre de Fumiki et de 23. et à l'instar de 23, le dieu-chien ici présent va se prendre d'affection pour l'enfant. Du haut de son statut d'enfant, Nana, très pure, représente ce qu'est un humain à sa naissance: encore loin de tout vice, de toute corruption, ces éléments arrivant si l'être en question grandit dans un milieu décadent. Nana, elle, ne connaîtra pas notre civilisation humaine décadente, et elle deviendra le symbole d'un autre avenir pour l'humanité, le symbole de la renaissance d'une humanité plus pure. De par sa grande pureté, Nana rappelle pourtant un personnage qui, bien qu'ayant grandi au coeur de notre monde décadent, a su en faire fi: Mika.
Difficile de ne pas parler à nouveau de Mika ici, tant la jeune fille, tout au long de la série, est l'incarnation parfaite de ce que Masaya Hokazono imagine sans doute comme un humain idéal. Extrêmement pure, foncièrement gentille, serviable, attentive envers les autres, Mika nous touche directement en nous rappelant des valeurs qui se perdent, mais qui peuvent encore être retrouvées.

Humain normal, humain repenti, humain idéal, humain qui fera le monde de demain... La force de Masaya Hokazono est d'avoir réuni toutes ces facettes du genre humain, ces facettes dignes d'être sauvées, dans un grand final ouvert sur un monde à rebâtir de meilleure manière.
Parlons-en, de cette fin, car rarement une conclusion n'aura semblé aussi parfaite. Une fin qui, étonnamment, ne connaît pas vraiment de combat final de folie, mais se révèle posée et nuancée, portant jusqu'au bout la réflexion écologiste de l'auteur en se débarrassant de la moindre trace de manichéisme en ce qui concerne l'évolution de l'être humain. Ici, l'humanité ne sera pas entièrement détruite, ni entièrement sauvée. Simplement, elle devra se faire à la nouvelle étape de l'évolution, descendre de son piédestal et se soumettre à la volonté d'une nature maîtresse dont les Inugami auront été les parfaits symboles. Ainsi, la conclusion d'Inugami sonne avec une justesse rarement égalée, tant Hokazono y évite toute surenchère et y met en avant avec force un futur inévitable, la fin de l'humanité telle qu'on la connaît, une fin dont les hommes ont parfaitement conscience, mais qu'ils ne cherchent aucunement à éviter. Hokazono chercherait-il ici à éveiller un peu plus les consciences?
 
 
   
   

© 2001 Masaya Hokazono / Kodansha Ltd.

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