Inugami - Actualité manga
Dossier manga - Inugami

Reader Rating 18 /20

Sommaire

Publié le Jeudi, 04 November 2010


A la croisée des genres

 
Comme il a déjà été dit précédemment, la carrière de Masaya Hokazono fut riche en genres parfois très différents les uns des autres, et Inugami peut être vu comme une concrétisation de quasiment tous les genres qu'affectionne particulièrement l'auteur.
 
L'influence la plus évidente est celle du fantastique. Dans notre monde, un garçon tout ce qu'il y a de plus humain va rencontrer des personnages clairement surnaturels, à commencer par ce dieu-chien qui parle et a des pouvoirs. Puis un autre dieu-chien, puis encore un autre... Au fil des volumes, une intrigue profondément ancrée dans le fantastique se met en place, ponctuée de références à d'autres sous-genres, comme celui de la magie noire. Sur ce dernier point, l'exemple le plus frappant concerne les références de l'auteur, à travers les recherches de Kiryû sur le nombre "23", à Aleister Crowley, l'un des plus célèbres adeptes de magie noire du vingtième siècle, amateur d'alchimie, de sorcellerie et de sciences occultes, auteur d'écrits qui lui vaudront, à son époque, le titre d'"homme le plus mauvais du monde" décerné par la presse anglaise.
 
Par ailleurs, si le fantastique est bel et bien là et grandit au fur et à mesure des tomes, on signalera qu'il confine clairement, à la fin du manga, à un autre genre qui lui est souvent assimilé à tort: la science-fiction. En effet, à la fin d'Inugami, Masaya Hokazono nous offre une vision de ce qu'est devenue l'humanité dans le futur. Le tout s'éloigne assez de notre société contemporaine en nous offrant une vision digne de nombreuses oeuvres d'anticipation, vision que nous pouvons sans problème qualifier de visionnaire.
 
A travers ces nombreux éléments surnaturels, Hokazono aborde également volontiers de nombreux autres thèmes témoignant d'une grande richesse et de nombreuses influences.
Ainsi, le folklore japonais, ici souvent religieux, est de la partie, à commencer, bien évidemment, par les inugami, qui, dans la mythologie japonaise, sont des sortes de shikigami à physique de chien envoyés dans un but de vengeance et/ou de protection. Dans le cas du manga de Masaya Hokazono, il s'agit de venger la nature et de la protéger. Par la suite, nous apprenons que l'un des buts centraux des desseins de Kiryû est son immersion dans le Tokonoyo, sorte de territoire divin dont sont issus les dieux-chiens, régulièrement symbolisé dans le manga par un torii, les torii étant ces arches traditionnelles japonaises, marquant souvent l'entrée d'un temple shintô, la proximité d'un lieu sacré, ou, ce qui est le cas dans Inugami, le passage entre monde terrestre et monde divin.
 

Ci-dessus, le torii marquant la séparation entre le monde humain et le Tokonoyo. Notons le contraste entre l'arche, traditionnelle, et l'hélicoptère, moderne.

 
 
L'influence religieuse de l'oeuvre ne s'arrête pas au folklore japonais, puisque Inugami, dans sa dernière partie, est également le théâtre d'une réinterprétation par son auteur du mythe d'Adam et Eve, tiré de la Genèse de nos religions occidentales. Toujours tiré de la Genèse, l'Arbre de Vie sera également un élément central de la fin du récit. Selon la Genèse, cet arbre donne l'immortalité. La question de l'immortalité, présente dès le début du manga à travers les recherches sur la cellule 23, reste donc un point central que Masaya Hokazono parvient fort bien à mettre en avant en exploitant la sphère du religieux. Mieux encore, il parviendra à dépasser la simple question de l'immortalité en exploitant ces thèmes.

Si la religion est généralement considérée comme opposée aux sciences, ce n'est pas le cas dans Inugami. En mélangeant les deux, Masaya Hokazono réalise un nouveau coup de maître. Car l'univers scientifique est bien présent dans Inugami, l'exemple le plus évident étant les recherches de Kurata, lui-même scientifique et dirigeant d'une grande compagnie pharmaceutique, sur la cellule 23. Dans son manga, Hokazono se fera un plaisir de nous offrir des analyses scientifiques de cette cellule ayant pourtant des propriétés dépassant le cadre de la raison. L'ensemble est d'autant plus plaisant qu'il revêt une vraie cohérence.
L'auteur va même jusqu'à expliquer l'identité de ces êtres surnaturels que sont les dieux-chiens avec une comparaison scientifique: si l'écosystème était un organisme humain, les dieux-chiens comme 23 et Zéro en seraient une sorte de défense immunitaire préventive. Et l'homme, qui en serait l'agent pathogène, devrait être éliminé.
L'histoire scientifique est également de la partie, puisque l'auteur, entre des réinterprétations du mythe d'Adam et Eve ou de l'Arbre de Vie, se fait un plaisir de revisiter le sujet plus scientifique de la théorie de l'évolution de Darwin.
Qu'on se le dise, on reste plutôt bluffé par ce mélange de religion et de sciences, par ces réinterprétations issues de deux façons de penser opposées, mais que l'auteur arrive pourtant à combiner de manière cohérente.

Le dernier volume de la série se permet même une incursion dans un sujet éloigné de toute considération écologiste, pour s'intéresser à une grande question humaine: le passage à l'âge adulte et l'obligation de grandir.

Au beau milieu de toutes ces influences, de tous ces thèmes parfois complexes et savamment mélangés, on notera le goût de Masaya Hokazono pour des genres somme toute plus primaires: l'horreur et le polar.
En effet, si un aspect visuel marque fortement dans la série, c'est bien le gore, extrêmement présent lors des nombreux massacres par les dieux-chiens d'une population humaine terrifiée. Le côté horrifié de la population face à ces attaques inconnues est sans arrêt mis en exergue lors de ces passages.
Quant à l'aspect polar, enquête, il se ressent dans une moindre mesure, mais est bien présent, ne serait-ce qu'à travers la construction du récit, dont les énigmes ne se dévoilent que petit à petit. Mais dans ce cas, le meilleur exemple reste sans doute les interrogations des policiers face au massacre de la totalité des habitants d'un village dans le tome 5.

Enfin, au beau milieu des interrogations, des massacres sanglants, des recherches scientifiques, des réinterprétations religieuses, Masaya Hokazono n'oublie pas l'un de ses grands sujets de prédilection: la tranche de vie poétique. A plus d'une reprise, le lecteur aura tout à loisir d'observer quelques instants quotidiens du trio Fumiki/23/Mika, instants paisibles ancrés dans une ambiance résolument poétique. Après tout, n'oublions pas que Fumiki est un adepte de poésie. Sur ce point, on notera son goût prononcé pour Kenji Miyazawa, célèbre poète japonais du vingtième siècle ayant repoussé la vie citadine et le manque d'humanité de la capitale pour privilégier l'harmonie avec la nature et l'aide aux paysans. Ainsi, l'aspect poétique, contemplatif présent parfois dans l'oeuvre se fait clairement l'écho valorisateur de la vie quotidienne dans ce qu'elle a de plus simple et de plus naturel.
Pour conclure, on notera également l'ambiance infiniment contemplative et poétique de la toute fin du récit, posée, l'auteur allant jusqu'à inscrire son oeuvre dans l'onirisme dans les deux derniers tomes, à travers le passage se déroulant dans le rêve créé par l'Arbre de Vie.

Au final, Inugami est donc bel et bien le témoin des très nombreuses influences de Masaya Hokazono, qui combine ici le tout, même les opposés, de manière cohérente. L'œuvre n'en apparaît que plus riche.
    
     

© 2001 Masaya Hokazono / Kodansha Ltd.

Suivre les commentaires du dossier

Ajouter un commentaire

*


Le code HTML est interprété comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.

Si vous voulez créer un compte, c'est ICI et c'est gratuit!

> Conditions d'utilisation
MN Actus
Dernières news News populaires News les plus commentées Fermer

Dernières News