Dossier manga - Gundam, Le Siècle Universel : Partie 1 - Mobile Suit Gundam & Gundam - The Origin

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Publié le Vendredi, 08 June 2018


Yoshikazu Yasuhiko, à l'assaut des origines de Gundam


La réécriture de Yasuhiko


En 2001 démarre le manga Gundam The Origin, adaptation manga de la toute première série Gundam écrite et dessinée par Yoshikazu Yasuhiko, le character-designer de la série animée d'époque et de certaines autres œuvres de la saga. Qui mieux que le maître pouvait faire sienne cette histoire et restituer la patte visuelle la plus adéquate à Mobile Suit Gundam ? L'auteur ayant été directement impliqué sur la série originale et les films compilés, il était l'un des mieux placés pour retranscrire l'univers, sans compter que son travail main dans la main avec Yoshiyuki Tomino, à l'époque, l'a sans doute imprégné de la vision du papa du robot géant, et pourquoi pas de certaines pistes narratives qu'il n'aurait pu exploiter à l'époque...



Et il est important de souligner cette inspiration que Yoshikazu Yasuhiko aurait pu avoir de la part de Tomino puisque le manga Gundam The Origin n'est pas une simple adaptation, mais en vision enrichie de la toute première série qui cherche à développement à fond le contexte de Mobile Suit Gundam. Ainsi, l'intrigue de cette première œuvre est revue de manière détaillée, Yasuhiko prenant son temps pour développer le récit de la série télévisée sans jamais aller dans la précipitation. Un atout qui mérite d'être souligné puisque rare sont les adaptations d'anime en manga qui peuvent se payer un tel luxe, surtout parmi celles publiées en France. Gurren Lagann, RahXephon, Code Geass... tant de mangas adaptés de série animées qui ne sont finalement que des produits promotionnels plus que de véritables œuvres.
Car une œuvre, Gundam The Origin en est une, si bien que nous pouvons totalement la distinguer de Mobile Suit Gundam. Le manga est une adaptation minutieuse de Mobile Suit Gundam sur ses 8 premiers tomes, puis sur les volumes 15 à 23 (le vingt-quatrième opus étant un recueil d'histoires annexes). Les tomes 9 à 14 forment un arc totalement inédit qui vient justifier le titre du manga : Il s'agit des origines de Gundam, les origines du Siècle Universel, aussi Yoshikazu Yasuhiko vient développer la montée de la guerre, l'évolution des tensions opposant la fédération terrienne à Side-3, mais aussi l'enfance de Casval qui deviendra ensuite Char, un soldat dont l'ambition est d'abord de se venger de la dynastie Zabi, responsable de la mort de son père. Un arc indispensable puisque cette quête de Char constitue le fil conducteur de Mobile Suit Gundam, le déclin des Zabi faisant naturellement écho à la fin de la Guerre d'un An.

L'histoire d'une vengeance


Char Aznable est un des personnages les plus emblématiques de Gundam, mais aussi de l'animation japonaise en générale. On ne compte plus les alter-égos de la Comète Rouge dans les autres œuvres de la saga ou encore les références qui lui sont dédiées dans la pop-culture nippone, allant du personnage de Shûichi Akai dans Détective Conan à Masayoshi Shido dans Persona 5, deux personnages d'ailleurs interprétés par le seiyu de Char, Shûichi Ikeda.

En développant l'arc narratif de ce personnage, Yoshikazu Yasuhiko a mis en lumière le passé du personnage le plus fascinant de toute la saga. Char est un personnage complexe, il fut un rival, puis un allié, et enfin un antagoniste, et a une histoire particulièrement riche. Le découvrir petit garçon est quelque chose de particulièrement séduisant puisqu'avant le guerrier, c'est l'humain que nous découvrons, l'enfant qui deviendra meurtri par le sort que connaîtra sa famille. Jeune mais néanmoins mâlin et sûr de lui, Char apparaît comme l'embryon de ce qu'il sera plus tard. Une évolution marquera tout le long de cet arc et qui se fait tout en douceur, avec beaucoup de crédibilité mais aussi une certaine tragédie. Celui qui aurait pu vivre en paix avec sa sœur est devenu un soldat en quête de vengeance, et qui verra le destin lui retirer bien des êtres qui lui sont chers. Avec The Origin, nous apprenons à voir Char non pas comme un banal antagoniste, mais comme une figure humaine à l'histoire aussi complexe que dramatique, enrichissant de manière conséquence le mythe qu'elle constitue. La fin, aussi, a une certaine symbolique par rapport aux changements apportés par The Origin. N'étant plus un duel final entre Amuro et Char, le dernier tome de la série donne une certaine importance au personnage de Sayla. Davantage dans l'ombre dans Mobile Suit Gundam, elle devient aussi un emblème de révolte. La fin de The Origin est donc l'apogée du chemin parcouru par les enfants de Deikun et non principalement l'épopée d'Amuro. Un parallèle intéressant car si le jeune homme est le héros de Mobile Suit Gundam, Char et Sayla deviennent progressivement les figures centrales de The Origin.



Si Gundam – The Origin peut naturellement être une excellente porte d'entrée vers Gundam puisque le récit retrace la première œuvre en l'enrichissant, il peut être vu comme une manière de voir un œil neuf les prémices du Siècle Universel. Revoir la trilogie Mobile Suit Gundam après avoir savouré The Origin aboutit à un tout autre visionnage : nous connaissons désormais les origines de bien des personnages, pas que de Char d'ailleurs, sachant que nous avons redécouvert certains d'entre eux jeunes. Nous ne les voyons plus comme des soldats mais comme des humains qui se sont retrouvés mêlés à cette guerre d'adultes parfois contre leur gré, parce que le cruel destin a décidé de ne pas leur accorder une existence paisible. Si Garma Zabi apparaît comme un jeune mais fier dirigeant de guerre lorsqu'on visionne Mobile Suit Gundam pour la première fois, c'est un tout autre personnage qui nous reste en tête après lecture ou visionnage de The Origin. Plus qu'une préquelle, l'oeuvre écrite par Yoshikazu Yasuhiko donne une toute autre nature à la saga.

La naissance d'un conflit


L'autre vision majeur de l'arc inédit de The Origin vient de sa manière de dépeindre la naissance du conflit qu'est la Guerre d'Un An, une piste scénaristique logiquement liée à la jeunesse de Char. Mais après s'être intéressée à l'enfance du jeune homme, le récit se penche davantage sur la rapide évolution des tensions entre la fédération terrienne et Side-3, passée de République de Munzo à Duché de Zeon. Un changement de cap qui se ressent davantage dans l'anime qui va s'attaquer un peu plus à cet aspect politique à partir du quatrième épisode. Il est donc question des grands événements qui vont propulser la guerre, des différentes trahisons qui mettront le feu aux poudres, pourquoi aucune alternative au conflit sera trouvée, et les raisons de l'avancée technologique qui donnera naissance aux Mobile Suit, puis au Gundam.
Cette partie de l'histoire va faire le choix de se pencher vers des personnages qui ne sont aucunement les principaux. Le rythme se veut un peu différent, et les séquences d'actions elle-mêmes ont une autre saveur. Mais de séquence en séquence, le lecteur (ou spectateur) est amené à comprendre les bases de ce conflit d'indépendance, si bien que poursuivre sur Mobile Suit Gundam après The Origin aura aussi un certain impact.



L'autre force du titre créé par Yoshikazu Yasuhiko est aussi de boucler la boucle autour de l'ensemble des personnages. L'arrivée d'Amuro sur Side-3, les relations plutôt hostiles entre lui, Kai et Hayato, la facilité avec laquelle il a piloté le Gundam pour la première fois, les évolutions de Sayla et Mirai... Tant d'éléments qui paraissent anecdotiques sur le papier, mais qui ont une véritable force de développement contribuant à faire de l'ensemble The Origin/Mobile Suit Gundam un tout d'une grande richesse.
Et, encore une fois, si on peut se lancer dans Gundam avec The Origin, découvrir le titre en ayant connaissance de MSG apporte un regard totalement neuf, rendant l'oeuvre encore plus passionnante. Il fallait une personnage profondément impliquée dans Gundam pour arriver à un tel résultat, aussi Yoshikazu Yasuhiko était la personne idéale, et peut-être le seul à pouvoir remplir cet exercice.

Une réalisation aux petits oignons


Quand l'information d'une adaptation animée de Gundam – The Origin se fait entendre, toutes les hypothèses ont circulé. Au sens strict du terme, on pouvait penser à une série télévisée adaptant complètement le manga, ce qui aurait été plus ou moins un remake de Mobile Suit Gundam premier du nom. Sans compter la longueur d'un tel projet qui aurait nécessité bien plus de 50 épisodes, une première pour Gundam.
Au lieu de ça, Sunrise a choisi de cibler l'arc le plus passionnant du manga de Yoshikazu Yasuhiko, celui adaptant le flashback autour de la jeunesse de Char Aznable et de la naissance du conflit. D'abord prévue sur quatre épisodes, l'anime Gundam – The Origin a été prolongé en six OAV grâce à son succès. La diffusion des épisodes, dans certaines salles obscures du Japon puis directement en DVD et Blu-ray, était espacée de quelques mois, justifiant une production entre 2015 et 2018. Chaque volume occupait les têtes de vente sur support vidéos, preuve que Sunrise ne s'est pas trompé en optant pour cette forme, un format similaire à Unicorn qui s'adresse plus aux adultes qui ont connu Mobile Suit Gundam à l'époque qu'aux enfants et adolescents d'aujourd'hui.



Yoshikazu Yasuhiko, auteur du manga, signe la réalisation globale et le storyboard des quatre premiers épisodes, faisant de The Origin le dernier anime de la carrière de l'artiste. Le délais de production des différents OAV permet une qualité optimale, bien supérieure aux épisodes d'une diffusion télévisée. Le budget n'est pas le même et les attentes des spectateurs non plus puisque la durée de chaque épisode l'apparente davantage à un film. En résulte une série d'OAV à la réalisation particulièrement léchée qui fait dans le grand spectacle. La différence par rapport à Unicorn viendra d'une utilisation de CGI pour représenter les machines, mais une CGI plutôt bien gérée qui ne contraste que peu avec le rendu des séquences ordinaires des épisodes, un atout dont tous les anime utilisant ce procédé ne peuvent pas se vanter.

D'une manière générale, le soin apporté aux OAV est visible tant la qualité visuelle est présente. En plus de proposer une histoire captivante, ces épisodes garantissent le spectacle que ce soit par leurs séquences d'action très honnêtement réalisées, ou la réalisation globale qui sert parfaitement le récit de Yoshikazu Yasuhiko.
  
  


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