Global Garden - Actualité manga
Dossier manga - Global Garden

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Publié le Jeudi, 10 June 2010


Une héroïne porteuse de sens

  
On rencontre Ruika au début de la série, sans pour autant véritablement sentir une âme d’héroïne. Avant de devenir celle qui se rendra au Garden, Ruika est la fille de sa mère …Etant jeune, elle a eu un accident d’avion en compagnie de son frère. Elle seule a survécu et sa mère, en la voyant avec la casquette de son frère, s’est mis dans la tête que Ruika est morte et que la personne qui vient la voir tous les jours n’est autre que son fils Masato. On le voit rapidement, Ruika aime sa mère plus que tout. Pour la protéger du monde extérieur et de la cruelle vérité, Ruika préfère suivre le sens de la démence de sa mère et de ne pas nier son traumatisme, pour lui rendre le quotidien plus facile. Sa vie à elle se résume donc à porter des habits de garçons, à se faire appeler Masato et à veiller sur sa mère constamment. Ce qu’elle ne sait pas, c’est qu’avant même sa naissance, elle aurait reçu un pouvoir lui permettant d’exaucer les souhaits, si son désir est assez fort. Et pour sa mère, voilà que Ruika est en train de se transformer en garçon … On ne reviendra pas sur le pourquoi du comment la jeune fille se met à changer, toujours est il qu’il est nécessaire et primordial de souligner que c’est sa relation avec sa mère qui va tenir l’intérêt des lecteurs durant les premiers volumes. Au début, c’est la seule source d’émotion qu’il nous est donné d’approcher, et les seules situations réellement humaines et touchantes auxquelles on a droit. D’ailleurs, même quand tout s’arrange vis-à-vis de l’image que sa mère a d’elle, Ruika reste très proche d’elle et leur lien reprendra une grande importance dans les derniers tomes. C’est le premier point qui nous fait réellement s’attacher à la série, avant même le Global Garden ou le dernier rêve d’Einstein, qui nous semblent encore bien loin au début du récit.

On en a parlé, Ruika a l’étrange possibilité, tout le long du manga, de modifier son apparence en fonction de ses émotions, du sens qu’elle donne à son corps et de ses sentiments pour Hikaru. En faisant des efforts pour accepter peu à peu son côté féminin, la jeune fille mûrit et acquiert en force d’esprit. Elle oscille selon la confiance qu’elle prend d’elle-même et au vu du regard des autres sur sa personne. Parfois contre sa volonté, son corps évolue seul et la surprend même, la faisant avancer aussi bien que son mental le ferait. Par cette apparence changeante, l’auteur aborde des sujets orientés adolescents, au milieu d’une narration qui se base sur une bombe atomique. Puberté, sexualité, relations conflictuelles et premiers amours sont au programme, pour montrer que Ruika n’est qu’une jeune fille un peu perdue qui a besoin de temps pour se découvrir avant de sauver la Terre … D’ailleurs, l’auteur la rend dans ce but juste assez naïve, pleurnicharde et pleine d’idéaux, afin que les lectrices puissent facilement s’identifier à cette figure assez classique, et pourtant bien plus poussée que la majorité des héroïnes de shojo. Peu diversifiée dans ses réactions, Ruika utilise souvent -bien plus que nécessaire- les larmes, mais celles ci sont souvent justifiées devant une aussi grande souffrance et d’aussi énormes pertes. En résumé, juste assez mais pas trop. Des larmes, des valeurs morales bien arrêtées, un grain de rébellion et un désespoir récurrent, voilà une sauce particulièrement pertinente pour ce genre de personnages principaux, afin de mieux faire ressortir les protagonistes plus secondaires … Ainsi, Hikaru, Haruhi et Robin vivent avec force à travers Ruika, évoluant autour d’elle et se fixant sur son existence, tout comme des figures plus anecdotiques comme Thane ou Fujimaru. La simplicité de la jeune fille, sa candeur et sa volonté de connaitre les autres, ainsi que sa capacité à les comprendre permettent à tous ces figurants d’entrer dans la danse. Elle sera le point d’orgue qui sépare deux amis d’enfance, tout en se trouvant être la raison de leur réconciliation, et toute la force et l’émotion qu’on peut trouver chez les autres personnages viennent d’elle et uniquement d’elle. Une héroïne qui se trouve alors pertinente en tant que telle, sans être trop cruche ou trop sentimentale.

Car si Ruika pleure beaucoup dans Global Garden, et souvent à propos d’Hikaru, elle n’en reste pas moins intéressante. Loin d’être une simple héroïne se délectant de son histoire d’amour, on remarque que la romance n’a pas autant d’importance qu’on aurait cru. Le lecteur s’attendait en effet à un torrent d’amour, de déclarations enflammées, quitte à ce que le récit ne tourne plus qu’autour de cela … Eh bien pas du tout ! La relation qu’entretiennent Hikaru et Ruika n’est pas si primordiale, elle passe d’ailleurs souvent inaperçue. Si l’on décèle bien les sentiments qui vont naitre dès les premières pages, il est assez difficile d’identifier avec précision le début de leur relation, tant les amoureux sont « diffus » dans leurs manifestations. Quelques bisous par ci par là voire plus, alors même qu’il n’y a toujours pas eu de scène larmoyante de déclaration émouvante. Pas de début fracassant dans ce « détail » qui, rappelons le, est la base de tout bon shojo. Une originalité alors peu attendue, difficilement perçue au milieu des pleurs récurrents de Ruika. Pourtant, les faits sont là : les amoureux ne s’étendent pas outre mesure, et s’ils s’aiment on n’en fait pas toute une histoire, même quand Haruhi s’en mêle. En bref, une dose non négligeable de sympathique prend place dans le récit, sans que l’on s’en aperçoive réellement. Durant une grande partie du manga, on attendra avec impatience une révélation qui ne vient jamais véritablement … Dernier point qui définit bien Ruika et qui lui permet de porter la narration, c’est la capacité de résilience qu’elle transporte. Par une petite réflexion sur la condition humaine, Ruika suggère le pardon, l’oubli mais aussi le désespoir, les limites et l’authenticité de la vie. Par ses larmes, elle véhicule courage, blessures et dévotion à l’autre, comme si chacune de ces cellules étaient dirigées dans un seul but. Un grain de « philosophie », ou plus simplement un joli équilibre entre réflexion et naturel.
  
 
   
  
 

GLOBAL GARDEN © 2001 by Saki Hiwatari / HAKUSENSHA Inc., Tokyo

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