Dossier manga - Global Garden

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Sommaire

Publié le Jeudi, 10 June 2010


Une ou deux pages d’histoire dans le fantastique

 
Quand on lit Global Garden, les thèmes principaux ressortent avec suffisamment de clarté. Fantastique, écologie, quête d’identité et romance. C’est dans cet ordre que seront abordés les différents points marquants de la série, en commençant par la dimension plus qu’évidente du fantastique, voire de la science fiction. Pourtant, au milieu de toutes ces inventions, on retrouve une grande part de réel.
 
Cette réalité s’exprime avant tout par l’utilisation d’un chapitre bien connu de l’histoire mondiale, mais également par l’exploitation de la mythologie nordique qui s’infiltre subtilement dans le récit. L’époque à laquelle évoluent nos personnages est en effet la notre, mais il est beaucoup question de la deuxième guerre mondiale et de l’avancée technique spectaculaire qu’elle a amenée, par la bombe atomique, une découverte basée sur les travaux d’Albert Einstein. On s’attache alors à la vie de ce dernier, puisque tout part de sa culpabilité dans le degré d’implication qu’il a eu à détruire des vies humaines. Par un des responsables du carnage qu’elle évoque sans trop en faire, Saki Hiwatari dénonce une période noire de l’époque du Japon sans jamais blâmer qui que ce soit, en ne se tournant que vers les regrets d’un vieil homme qui croit aux perspectives d’avenir. On conserve d’ailleurs dans la version française le terme de « Genbaku », qui signifie bombe atomique et qui souligne l’importance de ce mot dans la langue japonaise et pour la population nipponne. On notera d’ailleurs que l’édition prend soin de nous donner, à plusieurs reprises, des clés de compréhension sur ce terrible évènement qu’a été la bombe atomique, mais aussi sur la vie et le parcours d’Einstein. Un détail qui ne passe pas inaperçu et qui nous permet de mieux comprendre pourquoi ces idées, pourquoi dans ce manga. Reste l’aspect « mythologique », plus intriguant. S’il relève lui aussi d’une certaine forme d’histoire, bien que ce soit d’avantage relatif à l’histoire des croyances, cet aspect du récit se rapproche d’avantage de la notion écologique qui, on le verra plus tard, est omniprésente dans l’histoire.

Niveau mythologie, les amateurs auront bien évidemment reconnus Yggdrasil, Urd, Verdandi et Skuld. Les autres resteront cependant un peu cois devant de tels noms barbares. Cependant, la mangaka explique avec le plus de simplicité possible ses inspirations, malgré une certaine distance que peuvent avoir ces termes par rapport au lectorat. Yggdrasil est l’arbre-monde, l’arbre de vie dont découle toute chose. Il nourrit la Terre et les hommes, et sans lui rien ne peut commencer ou aboutir. Entre ses racines demeurent toujours trois Nornes (celles qui tissent le destin de l'ensemble des habitants des neuf mondes de la cosmogonie nordique, à la manière des trois moires chez les grecs) : Urd, vieille femme représentant le passé, Verdandi l’incarnation du présent se dessinant sous les traits d’une jeune fille banale, et enfin Skuld qui, par sa beauté et la lumière qu’elle irradie, incarne le futur. Ces trois femmes résident au pied d’Yggdrasil pour le nourrir et le préserver de la mort. Dans le manga, Ruika incarne ces trois femmes à la fois, et bien qu’elle pense souvent qu’il y a deux autres elle-même, la jeune fille couvre les trois apparences, qui voyagent dans le temps aussi facilement que les Nornes originales filent le destin des hommes. De même que dans la mythologie nordique, le manga suggère la laideur d’Urd -alias une Ruika désespérée-, la banalité de Verdandi, où Ruika sous son apparence première, mi-fille mi-garçon et la beauté stupéfiante de Skuld, qui n’est autre que la Ruika affirmée, féminine et amoureuse.

A côté de ce désir de réalité, on ne peut que constater que la série verse dans le fantastique le plus total. Entre les voyages dans le temps, un sang qui ferait muter les personnes et des pilules qui ralentissent le vieillissement, on n’a pas fini d’en apprendre toujours plus sur l’étrange univers dans lequel Ruika va devoir s’habituer à évoluer. Pourtant, au début du manga, seul le postulat de base a quelques côtés irréels. On se concentrait principalement sur ce qui rattachait Ruika à la normalité, ce qui la convainquait à chaque instant d’être une fille comme les autres. Ce n’est que lorsqu’elle commencera à croire aux récits d’Hikaru que l’aspect peu rationnel de la mythologie nordique et du passé de son bienfaiteur rattrape le lecteur et nous pousse vers l’inconcevable, le fantasque. Le problème est, qu’à trop vouloir mélanger réalité et fiction, l’auteur se perd parfois dans la narration quelque peu chaotique du manga. Le début est un peu long et on n’y perçoit pas la force fantastique du récit, tandis que la deuxième moitié de la série et notamment les derniers tomes sont d’une force imaginaire incroyable. Mélangeant toutes les informations incroyables depuis le début du titre, la mangaka tisse une toile totalement décalée de notre réalité, ce qui éloigne quelque peu ses personnages de nous par rapport à la force des débuts, sans réussir à nous empêcher de saisir les émotions qui s’invitent tout au long du manga. Entre la douce tranquillité d’une touche de poésie dans la façon de parler d’histoire et la fracassante force du fantastique, le manga se perd parfois en déséquilibre. Cette alliance n’a cependant pas que des inconvénients, puisqu’elle permet de donner à l’œuvre sa dimension apaisante, ainsi que son charme, le but étant de ne jamais trop savoir dans quelle « camp » se placer, et de savourer alors le mariage entre les deux, sans toujours y prendre part.
    
 
  
   
  

GLOBAL GARDEN © 2001 by Saki Hiwatari / HAKUSENSHA Inc., Tokyo

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