Full Moon - Actualité manga
Dossier manga - Full Moon

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Sommaire

Publié le Jeudi, 28 January 2010


Quand la vie reprend ses droits


Mais si la vie de Mitsuki apparait au premier abord comme une grosse confiserie parsemée de quelques grains amers, il n’en est pas tout à fait ainsi. De par son caractère et ce qu’elle sait de la vie, l’héroïne du manga sait se rendre bien plus évoluée que prévu, notamment dans son distinguo entre la vie et la mort, ce qui relie les deux et la conséquence de certains actes.

La face cachée de la Lune
Malgré les sourires, malgré la quiétude apparente, il y a des blessures qui marquent au-delà des larmes. Quand on lit Full moon pour la première fois, les débuts du manga paraissent présenter une gamine malade et rêveuse sans grand intérêt, juste bonne à sourire niaisement. Mais au fur et à mesure que la narration avance, le lecteur se rend bien compte que derrière ce calme indicible se cache une force de caractère qui maîtrise plus ou moins une tristesse sans fond. Vivre chaque jour qui passe en pensant à un événement qui devrait vous lacérer le cœur sans verser une seule larme n’est pas facile. Mitsuki se complait longtemps dans la bonne humeur et l’insouciance, jusqu’à ce que le couperet tombe. Et c’est d’avantage la connaissance des évènements par ses proches que par elle-même qui la perturbe et l’amèneront à verser ses premières larmes. Elle si forte, elle qui refusait d’accepter cette réalité en la partageant avec quelqu’un d’autre … Mitsuki souhaitait garder cela pour elle, sans jamais le rendre présent ni savoir que son entourage changera de vision sur elle. C’est un aveu bien trop triste pour qu’il soit connu de quelqu’un d’autre, et pourtant cela finit par arriver, détruisant toutes les barrières de la jeune fille, laissant exploser au grand jour ses réelles émotions. Tout ce qui paraissait léger et futile n’était alors que le premier contact avec Mitsuki, et le deuxième est bien plus intense …

A aucun moment l’héroïne ne s’apitoie sur son sort, se fait plaindre ou pleure pour être consolée. Elle tente de ne regarder en arrière que pour voir les bons souvenirs, et quand la réalité la rattrape, elle finit par faire face avec un courage et une détermination à toute épreuve. A 12 ans, de par son expérience un peu particulière, Mitsuki est devenue une véritable force de la nature, à la fois adulte et infantile. C’est précisément cela qui la nuance, lui donne de l’intérêt et nous fait rapidement adhérer à la sauce Full moon. Elle, ainsi que les shinigamis qu’elle croise sur son chemin, dessinent le tableau principal du récit, et pourtant ils paraissent fragiles et encore trop jeunes. Des gosses qui auraient grandis trop vite, en quelque sorte. Des adolescents qui ressentent des choses que d’ordinaire on ne connait que plus tard. Ils sont ainsi confrontés aux phénomènes de rejet, de déni et de secret. Les sentiments humains qui poussent chacun de nous en avant lors d’une épreuve difficile : la capacité de résilience dépend de l’âge, et il parait inconcevable que de tels moments puissent être vécus par Takuto, Meroko, Izumi et Mitsuki. Cette dernière est en fait quelqu’un de normal et de complexe, puisqu’une fois que le masque du courage se craquelle, la réalité éclate et au moment où sa bonne humeur immuable commençait à agacer, l’auteur induit une inconnue dans l’équation. Tanemura apporte, par l’intermédiaire de son personnage principal, une vision apeurée sur la vie, sur la mort. Une naïveté qui protège autant qu’elle blesse, et qui apporte peu à peu les réflexions que l’on attendait tant, que ce soit sur le monde qui entoure Mitsuki ou bien ses compagnons de route. Ainsi, la jeune fille sort du rêve puis du conte, pour entrer dans un univers plus proche de nous, où la vie prend tout son sens lorsque la mort la côtoie. Sa faiblesse dans ce domaine se révèle au fur et à mesure des conversations et atteint un paroxysme lorsqu’elle avoue ne pas avoir peur de mourir, mais trembler d’effroi devant l’effort de vivre. Car si la première l’emmène en terrain connu et définitif, la deuxième vogue vers le point de non retour, inconnu et effrayant. Il faut bien avouer qu’il est rare de pouvoir sentir autant de choses, dans un shojo, via les personnages principaux comme les secondaires. Car les shinigamis ont un rôle non négligeable dans l’affaire …
      
          
                       
Là où la vie s’arrête...
Il est indéniable que l’on parle beaucoup de mort, avec la présence des shinigamis dans l’histoire. Tour à tour, on apprend comment leur vie à eux s’est arrêtée, par un suicide qui leur vaut ce statut de faucheur d’âme. Mitsuki aussi a sa part d’ombre et de décès, mais c’est principalement sur Meroko, Takuto et Izumi que ces concepts prennent de l’ampleur. En effet, eux aussi souffrent bien plus qu’il n’y parait, en silence et en croyant fermement que cela fait partie de leur punition. Le suicide est leur condition, le fardeau qu’ils se doivent de porter jusqu’à la fin des temps. Et pendant ce temps, leur rôle et de collecter les âmes qui passent par là, réguler le destin et empêcher les modifications impromptues comme celle concernant Mitsuki, qui n’est finalement pas ce que l’on croyait être … Celle-ci sera d’ailleurs la première à porter un regard totalement différent sur les shinigamis. Plus que des annonciateurs de mort, elle les voie comme des anges à qui on aurait confié une deuxième chance. Ceux qui n’auraient jamais pu comprendre les beautés de la vie, ceux qui se cachaient derrière des problèmes toujours trop durs et qui au final arrêtaient tout par lâcheté. Tous ceux là auraient donc un deuxième essai, un joker pour recommencer quelque chose, même entre eux. Comprendre que les sentiments qui leur ont fait défaut dans la vie les ont suivis dans la mort et qu’il n’est pas impossible de les retrouver.

La jeune héroïne lutte donc contre la vision que les shinigamis peuvent avoir d’eux, et son plus gros travail sera à abattre auprès d’Izumi qui lui a perdu toute confiance, et ce très jeune. L’abandon qu’il a subi sans se plaindre lui est rappelé violemment par Mitsuki, qui l’apaise en lui montrant à quel point il est difficile de savoir ce que quelqu’un peut penser au moment où il trahi un proche. Mitsuki permet à son entourage de porter un regard différent sur leur vie qui, bien que normalement arrêtée, continue auprès de cette humaine qui n’était pas supposée les voir. Les destins se croisent alors au-delà du temps et des exigences logiques du récit, l’espoir renaît dans les cœurs grâce à quelques mots, et l’aspect éternel de l’amour sous toute ses formes prend une dimension réelle et plus seulement utopique. Pour les trois shinigamis principaux de l’histoire, il aura fallu mourir pour comprendre, entrevoir tout cela. Arina Tanemura nous offre tout le long de la série une réflexion mature sur la lourdeur de la mort et sur le destin. Elle s’attarde aussi sur les passions humaines, les vices cachés et leur signification. En abordant clairement le suicide dans un shojo en apparence léger et poétique, elle bouleverse les idéaux et les attendus, entraîne le lecteur vers quelque chose de bien plus profond, autour de l’amitié, l’importance des émotions et la fausseté de la finalité de la mort.

Il faut enfin noter que Mitsuki aussi est confrontée au deuil. Pas le sien, mais celui d’un proche. Elle s’enferme autour d’un souvenir, se coupe du monde et se ferme totalement à toute autre éventualité. Comme si elle se désintégrait, n’existait plus vraiment. Le contact avec Takuto, Meroko et Izumi va lui permettre, de la même manière qu’elle leur montre que leur existence n’est pas bradée, de comprendre que la sienne n’est pas due au hasard, n’est pas une erreur. Qu’il lui faut continuer, aller de l’avant. Même quand la réalité rattrape le rêve, que la fin rattrape la vie, que le néant remplace peu à peu la lumière rassurante de l’illusion. On ne parle alors plus de mélancolie mais de détresse insondable, de rejet total de la vérité, de réaction primaire, presque bestiale. Mitsuki devient naturelle, logique dans ses réactions, et de plus en plus attachante à partir du moment où elle laisse filtrer ses craintes et ses failles. C’est exactement comme ça qu’Arina Tanemura parvient à mener son manga d’une main de maître.
                     
                     
          
             
                  

Full moon wo sagashite © by Arina TANEMURA / SHUEISHA Inc.

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