Dossier manga - Dragon Ball Extra - Comment je me suis réincarné en Yamcha
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Publié le Vendredi, 08 November 2019


Un loser portant le nom de Yamcha...


Avant de parler du one-shot en lui-même, il convient de revenir sur le personnage qui en est le noyau : Yamcha. Car si les fans de Dragon Ball sont placés immédiatement en terrain connu, le gimmick peut paraître un peu abstrait pour ceux qui ne connaissent que de loin l’œuvre, ou qui seraient en train de la découvrir.

Figure récurrente du manga Dragon Ball, Yamcha apparaît dès le premier volume du manga. Bandit au cœur tendre, il finit par se ranger du côté de Son Gokû après quelques aventures, et surtout après avoir craqué pour Bulma. Pratiquant déjà les arts martiaux à sa première apparition, il confirme ses qualités de combattant en devenant un membre à part entière de l'équipe du héros. Seulement, les victoires de Yamcha se feront rares, pour ne pas dire inexistantes, si bien que le personnage acquerra un statut particulier aux yeux des fans, qui tourneront parfois ses morts en ridicule.


Si Yamcha a marqué les lecteurs du manga, c'est bien par le traitement assumé d'Akira Toriyama qui prend à contre pied l'image du rival charismatique et confiant, puisque c'est tel quel que Yamcha nous est d'abord présenté au début du manga. On pourrait analyser en long et en large le développement du personnage, dans quelle mesure il tient sa progression de la parodie, et quel sens il donne à la progression de Gokû. Car les défaites de Yamcha sont tant de possibilités d'observer les améliorations du héros, ou bien de démontrer la puissance d'un adversaire. Un exemple percutant est sans doute l'apparition de C-20, la version robotisée du Dr Gero, qui pénètrera Yamcha de son bras comme dans du beurre. Pour choquer via un visuel fort et montrer la puissance de l'ennemi, Toriyama a su s'y prendre. Il en naît alors un constat général autour de Yamcha : ce dernier peut-être, quelque part, l'alter-égo du lecteur, toujours plus dépassé par un univers où la surenchère de puissance devient maîtresse. A notre échelle, Yamcha est un combattant hors du commun. Dans le monde de Dragon Ball, il n'est qu'un figurant. Le personnage en est alors attachant, à sa manière, ses échecs divers étant tant de moyen pour nous de le soutenir et de nous attacher à celui qui n'a finalement que peu pu briller dans l’histoire de la série.

De manière amusante, et peut-être même paradoxale quelque part, nous pourrions développer énormément à propos de Yamcha, et comment il représente à lui seul la série d'Akira Toriyama. Comprendre, ou au moins connaître un tantinet, le personnage est une obligation avant de s'attaquer au spin-off de Dragon Garow Lee, l'artiste jouant volontairement avec l'aura de l'ancien bandit du désert, mais aussi avec les connaissances de son lectorat de l'univers Dragon Ball.


L'isekai à la Dragon Ball


Les fictions isekai ont plus que le vent en poupe ces dernières années. Si le genre existe depuis les décennies précédentes, il n'a jamais été autant représenté que durant l'année 2010, en attestent les light-novel ensuite adaptés en mangas et séries animées. Un genre qui, forcément, a atteint nos contrées, puisque certaines œuvres comme Re:Zero, Overlord ou No Game No Life sont assez populaires.

Une des spécificités de ce genre est la barrière assez nette sur un potentiel renouveau. La structure de ces récits est très souvent similaire, elle présente un (ou des) héros, invoqué dans un monde parallèle très différent de notre Terre d'origine. Bien souvent, il s'agit d'univers de fantasy, propice pour instaurer une bonne dose de fan-service, mais quelques titres parviennent à tirer leur épingle du jeu. On peut alors penser à No Game No Life, les deux héros atterrissant dans un monde régit par les jeux.

Le spin-off « Comment je me suis réincarné en Yamcha » est un isekai, et il en reprend les codes. Ceux qui sont très familiers avec le genre s'amuseront d'ailleurs du titre japonais du manga qui reprend la structure basique des titres d’œuvre du genre, à rallonge, et jouant sur le côté réincarnation au sein d'un monde parallèle. Si l'isekai est un genre propice pour développer une fiction de fan, ce qu'est au final ce dérivé bien qu'il soit un spin-off officiel, il s'adapte particulièrement bien à Dragon Ball. Quel fan n'a jamais rêvé, étant petit, de pouvoir combattre aux côtés de Gokû ou de lancer un Kame Hame Ha ? Un postulat simple mais qui décrit assez bien toute l'efficacité du récit, et le fait que marier isekai et univers de Toriyama est un cocktail bien astucieux.


Mais ici, le héros n'est pas réincarné dans sa propre enveloppe corporelle, mais dans celle de Yamcha. En outre, il devient l'un des personnages les plus laissés sur la touche de Dragon Ball, et devra faire avec pour briller un tant soit peu. A partir de là, le one-shot développe plusieurs pistes comme la manière dont le héros s'y prendra pour rivaliser le plus longtemps possible avec les puissants personnages de la série, quelle finalité aura son voyage, les raisons de sa réincarnation dans ce monde, et une potentielle rivalité face à un personnage dont ne soupçonne pas la véritable identité au départ. Les événements sont narrés à rythme très effréné, mais le récit en devient particulièrement complet. Là où la formule aurait pu faire mouche durant quelques pages et vite tomber dans une sorte de répétition, Dragon Garow Lee établit un juste milieu pour donner une bonne progression à sa courte œuvre, et narrer une véritable histoire complète jusqu'au bout.

Autre point intelligent, c'est bien la manière dont l'artiste traite les codes de l'isekai en souhaitant élaborer une fiction autour de Dragon Ball. Si dans les œuvres du genre nous suivons un héros qui ne sait rien du monde dans lequel il a été réincarné, et qui le découvrira en même temps que les lecteurs ou spectateurs, l'aventure de ce genre garçon devenant Yamcha est différente. Ici, le héros connaît sur le bout des doigts dans lequel il évolue, tout comme il connait ses nouveaux camarades afin d'adopter des comportements appropriés auprès d'eux. Ce n'est pas le héros qui s'adapte aux situations, mais les situations qui s'adaptent au héros puisque ce dernier déjoue une bonne partie des enjeux, ce parce qu'il savait au préalable comment prendre les devants. Outre le plaisir d'apprécier d'une manière différente l'univers, on trouve dans le one-shot le plaisir de voir des codes tournés en dérision. Et tout comme un isekai cherche souvent à nous mettre sur un pied d'égalité avec son protagoniste, « Comment je me suis réincarné en Yamcha » joue sur cette familiarité héros/lecteur d'une manière différente, puisqu'on se demande légitimement ce que nous aurions fait à sa place, en mettant en œuvre nos propres connaissances de l'univers d'Akira Toriyama.




DRAGON BALL GAIDEN TENSEI SHITARA YAMCHA DATTA KEN © 2017 by BIRD STUDIO, dragongarow LEE/SHUEISHA Inc.

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