Dossier manga - Cantarella

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Publié le Jeudi, 28 October 2010


L’éternel combat


Entre la haine et l’amour, les ténèbres et la lumière, les pleurs et la joie, la trahison et la fidélité. L’éternel combat de Cantarella, c’est la classique opposition des sentiments, qu’ils soient tendres ou violents. On distinguera d’ailleurs deux parties, une d’avantage axée sur les liens amoureux complexes du manga, l’autre sur le reste, à savoir les sentiments de trahison ou les oppositions naturelles entre certains êtres.

Bardé de triangles voir quatuors amoureux complexes, Cantarella est un manga particulièrement axé sur l’émotion amoureuse, quelle que soit la forme qu’elle emprunte. On parle d’inceste, d’homosexualité, de mariages arrangés, de viols, d’hommes d’Eglise corrompus aux plaisirs de la chair … La déchéance combat perpétuellement l’amour pur qui nait par exemple entre Lucrèce et Chiaro. Et César au milieu qui, après avoir violemment rejeté l’amour incestueux de sa sœur ne sait comment exprimer son attirance pour Chiaro, un autre homme qui ne semble pas vraiment plongé dans ce genre de penchants. Les sentiments que César ressent sont alors cruellement mis à nu, douloureusement à sens unique, et cet homme plongé dans le tabou d’être aimé sans pouvoir l’être réellement touchera facilement le cœur des lecteurs, d’autant plus quand on lui oppose la romance ridiculement parfaite de Lucrèce et de son amant aux cheveux d’or, qui coulent de jours heureux par la simple présence de l’autre. Et ce tout en pensant pouvoir repousser tous les obstacles par la force de ce qui les unit. L’un pourrait aimer en paix mais ce plaisir lui étant retiré, il se venge sur les deux autres en les empêchant d’être heureux. Les traquer, les faire souffrir, s’appuyer sur la puissance de son Pape de père pour contenir Lucrèce à l’abri de Chiaro … Rien de plus facile que d’exprimer ainsi son ressentiment. Quoique la débauche est également un bon moyen d’exutoire, puisque César s’adonne alors à la séduction légère selon ses intérêts ou son besoin d’oublier. Julia tombera dans le piège la première, et l’on apprécie que Sanccia se laisse happer par cet homme qui la fascine autant qu’elle lui résiste, exprimant ainsi une relation plus profonde, presque plus saine car également répartie sur les deux versants. Chacun trouve en l’autre une source de réconfort et d’intérêt, tandis que tous les deux font souffrir des proches. Mais c’est, avant l’homosexualité que tout le monde croit voir venir à des lieux à la ronde, l’inceste qui est mis à l’honneur. Le tabou d’aimer son frère ou sa sœur, l’acte criminel et répréhensible entre tous de se laisser aller à ses sentiments. Pour ça, on a bien évidemment Lucrèce dans la première partie du manga mais également Alphonse dans la seconde, pour perpétuer ce problème éthique que l’on trouve moins grave tant les émotions peuvent être sincères et tant elle est représentée, banalisée parfois par d’autres personnages. En effet, entre Lucrèce et César, la situation est de plus en plus compliquée et tout pousse la jeune fille dans les bras de son frère, surtout quand elle surprend une femme qu’elle admirait se livrer à de tels actes charnels avec son frère. Ce qui n’est pas vraiment pour l’amélioration de la morale que dispense le manga sur cette époque corrompue et peu respectueuse, venant à nous interroger sur la notre qui ne serait pas forcément meilleure …

A côté de cela, on a également des êtres profondément vils qui, sans amour, se permettent d’entrer dans un acte écœurant en bafouant la morale : la tentative de viol de Giovanni Sforza sur sa jeune femme, les mariages arrangés de la seule héritière féminine de la famille Borgia ou entre César et une vulgaire fille française qui n’a pour lui qu’un intérêt politique. Mais également et enfin la mort d’une représentation pure et chrétienne de la religion, avec un cardinal ou même un Pape qui va de droite et de gauche, pas religieux pour un sou mais plutôt ambitieux au possible d’occuper la place la plus importante du pays. Tout ça pour nous dévoiler la face cachée d’une Eglise surpuissante qui contrôle tout et croit jouir d’un droit divin à piétiner leurs propres règles.
 



On en parlait précédemment, certains personnages s’opposent tout naturellement mais ne sont pas pour autant éloignés les uns des autres, bien au contraire. La plus flagrante sera bien évidemment la différence entre César et Chiaro. La lumière d’un côté, l’ombre de l’autre. Le sauvetage de l’un par l’autre, puis l’indispensable lien qui se crée, vital à la survie de César et à son équilibre, comme si à la simple présence de Chiaro, ses démons mouraient avant de franchir la barrière de sa pensée. Un calme divinement délivrant et qui est d’autant plus fort lorsque les deux jeunes gens sont aussi proches mentalement qu’ils le sont physiquement. L’ensemble fait naitre un héros à la fois mauvais, puisqu’hanté par les démons mais également très humain et charismatique. Méchanceté sans méchanceté, c’est un César absolument passionnant que l’auteur travaille peu à peu, le façonnant avec habileté pour en faire un être détestable mais émouvant, égoïste et désespéré, pitoyable et grandiose. Instabilité qui sera tant bien que mal rééquilibrée par Chiaro et la lumière divine qu’il dégage comme par enchantement, seul à pouvoir encore atteindre l’âme véritable du César que le monstre cruel en puissance a été un jour, seul sans doute à pouvoir l’arrêter d’une manière ou d’une autre … Encore faudrait-il que ce soutien merveilleux, cette délivrance suprême dont la cible n’a même plus conscience accepte de revenir vers son ancien ami … C’est la déchéance pour un homme, à cause d’une amourette ridicule qui se crée apparemment entre deux êtres qui auraient mieux fait de ne jamais se rencontrer, pour le bien de tout le monde.

Tout cela parce que César est plongé trop tôt dans le monde des adultes, sur lesquels il est bien obligé de prendre modèle pour se construire et grandir. Là où les mensonges et la tromperie sont de mises, il manque de se faire violer ou doit tuer un être cher dès son plus jeune âge afin de protéger sa vie. Notre héros va donc rester fortement marqué par son enfance, comme un fer rouge et brûlant sur une peau pâle et innocente. On assiste à ce qui deviendra plus tard le futur César Borgia, sensible et profondément intolérant à la trahison, qu’il ne pourra jamais accepter. Pourtant, il n’arrêtera pas d’en subir. En apprenant par son demi-frère Juan que son père l’a vendu aux forces démoniaques avant même sa naissance, par exemple. Cela afin de réaliser un vœu humain bassement matériel pour une quête désespérée du pouvoir et de la domination. Pour ce simple désir, César apprend que celui qui l’a conçu n’avait que faire de son sort et qu’il l’a destiné à une existence lourde, sombre et profondément difficile à supporter. Premier coup dur. Et c’est ainsi que, dans les sous-sols de la ville, nait César, le véritable César qui accepte ses démons tout en les maitrisant, qui regarde la lumière en face pour faire fuir l’ombre qui s’étend sur son âme. On approfondi alors le lien qui se lie entre les deux enfants que sont encore Chiaro et César. Celui-ci sort alors de la bourbe dans laquelle sa naissance l’entraîne et accomplit son devoir de fils, en faisant de son père le Sait Père Alexandre VI. La mangaka s’attarde aussi beaucoup en début de série sur les liens qu’ont développés Juan, Lucrèce et César, trois enfants totalement différents les uns des autres et dont le destin sera pourtant intimement lié.

Viendra ensuite la trahison du destin, qui lui prendra un être extrêmement cher et indispensable à son bien être, avant que l’amour ne lui en vole un deuxième. Il perdra également la pureté bienfaitrice de Lucrèce quand celle-ci lui avoue ses sentiments, et au final il ne lui reste plus qu’une seule sur qui compter. Pas lui-même, non. Volpe, fidèle serviteur qui serait prêt à tout pour rendre service à son maître, quitte à réduire le monde qu’il connait en cendres pour asseoir César à la tête de son quotidien. Mais cette relation, si elle n’est pour une fois pas basée sur la trahison, n’a pas de sens. Pas de profondeur ni d’émotion, César n’éprouvant rien d’assez fort pour Volpe pour être blessé par une possible mauvaise réaction de sa part, elle en serait presque malsaine.
   
  
  
 

CANTARELLA © 2001 YOU HIGURI (AKITASHOTEN JAPAN)

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