Billy the Kid 21 - Actualité manga
Dossier manga - Billy the Kid 21
Sommaire

Publié le Vendredi, 08 March 2019


Le Billy de Rokuda


A l'instar de nombreux artistes et de nombreuses oeuvres avant lui, Noboru Rokuda, avec son Billy the Kid 21, apporte évidemment sa propre vision du mythe, avec ce qu'il faut de fidélité à ce qu'on sait et d'ajouts et approfondissements plus personnels.


La volonté de fidélité, les manques, les ajouts


Une constatation s’impose : fort heureusement, Noboru Rokuda n’a aucune volonté d’offrir un récit trop fantaisiste, et il choisit quasiment toujours de rester très fidèle aux grandes lignes de la vie supposée de Billy the Kid et des événements qu’il a traversés. Cela, on le cerne dès le premier chapitre qui commence par la fin avec le meurtre du « Kid » par Pat Garrett. D’emblée, le mangaka reprend touts les principaux événements qui sont resté dans la mémoire populaire concernant cet événement : le fait que Billy était terré à Fort Marshall, Garrett caché dans la chambre de Pete, la présence des deux adjoints, les dernières paroles mythiques du bandit avec ce « Qui est là ? »…

Dans la suite, ça ne change jamais. On comprend bien l’enfance misérable à New York avec sa mère puis le déménagement dans l’Ouest, on suit ses méfaits dans le vol de bétail, ses passages chez Chisum puis Tunstall, on découvre toutes les grandes étapes de la fameuse Guerre du Comté de Lincoln en assistant au meurtre de Tunstall et à toute la vengeance de ses hommes de main, on a droit au passage de la lettre à Wallace, on assiste à la fameuse évasion spectaculaire du jeune bandit (où Rokuda a choisi la théorie des toilettes extérieures)…
  
  
  
  
Dans tout ça, bien sûr, le mangaka coupe des éléments dont il n’a pas besoin, comme le premier meurtre de Cahill, ou l’existence supposé du frère ou demi-frère de Billy.

Dans le même ordre d’idées, pour le bien du propos de son récit Rokuda modifie légèrement ce qui est majoritairement supposé concernant le parcours du « Kid ». Par exemple, dans son manga il n’est aucunement question du vol que Billy aurait commis auprès de Tunstall : Tunstall l’accueille directement à bras ouverts après la proposition de Chisum, ce qui offre évidemment à Tunstall une aura de bonté encore plus forte, tout en atténuant un peu les méfaits du « Kid ». De même, l’auteur accorde une certaine importance à Dick, le chef des « Regulators », en lui offrant une amante, et en le tuant plutôt à l’issue de la fusillade de Lincoln (alors que dans ce qui est supposément historique, Dick est tué avant cette fusillade). Enfin, le mangaka joue également sur les conditions de la mort de Katherine, y met en scène des hommes affreux avec la mère de Billy (Robert, le shérif), et le résultat vise surtout à beaucoup renforcer l’image d’une mère aimant profondément son enfant, et vice versa.

Il y a également quelques ajouts, dont le plus important est assurément la rencontre de Billy avec deux Indiens qui pourraient bien changer sa postérité. Il s‘agit là d’un ajout passionnant, que ce soit pour la brève évocation de la condition indienne face à la violence des « blancs », pour l’utilité d’un des deux indiens (Rokuda en fait le fameux complice apportant l’arme à Billy lors de son évasion spectaculaire), ou pour ce que cela ajoute dans la vision de notre héros.

Enfin, la fidélité passe également par la présence de toutes les personnes ayant vraiment existé. En dehors de celles qu’on a déjà évoquées, il y a Siringo, ou encore la présence en rôles secondaires de hors-la-loi comme Dave Rudabaugh ou Bowder. Sans oublier le travail autour de Pat Garrett, mais nous y reviendrons plus tard…

On peut aussi souligner que Rokuda va jusqu’à reprendre le mythe selon lequel le « Kid » était gaucher.


Billy, gamin bafoué par la vie


Dans des témoignages, Billy était régulièrement évoqué comme une personnalité certes très caractérielle et ayant alors des excès de violence, mais également comme quelqu’un de très attachant. Cet aspect attachant, Noboru Rokuda cherche à le renforcer en présentant un jeune garçon qui, depuis toujours, n’a jamais été épargné par la vie. Un mélange de colère et de fragilité, de solitude, que l’on comprend dès l’illustration de la double-page d’ouverture du chapitre 1, où l’on voit un jeune garçon certes armé mais prostré, seul, cachant son visage… Que peut-il bien lui passer dans l’esprit à cet instant ? Colère ? Tristesse ?
  
  
  
  
Billy est, dès ses jeunes années, voué à devoir survivre comme il peut dans un monde sans foi ni loi, où ce sont la violence et la voie du plus fort qui règnent. Pour un vol de bétail, il se retrouver ligoté au sol en plein soleil, roué de coups par un shérif qui y prend plaisir, et laissé en pâture dans uns ale état aux animaux sauvages. Puis un bref flashback laisse entrevoir une enfance à New York sombre et brutale, faite de violence domestiques orchestrées par son beau-père sur lui et sur sa mère cherchant à le protéger.

Sa mère. Depuis sa plus petite enfance, il s’agit alors de la seule personne ayant apporté de la bonté et de l’amour à Billy, et cette femme disparaissant pourtant tôt dans la série est assurément celle qui marque toute l’existence du jeune garçon. Dans un monde où la violence est partout, Katherine est le seul repère affectif du « Kid ». Tout comme lui me^me est la seule lumière dans l’existence de sa mère. Une lumière telle que quand on lui arrache son enfant, Katherine tombe forcément dans le désespoir, la tristesse mêlée de colère, et le meurtre qui la mènera à la pendaison, elle qui n’était pourtant au départ qu’une pauvre victime de la brutalité humaine.

Ce mélange de tristesse et de colère, on le retrouvera alors constamment chez Billy. Il s’installe profondément en lui, pour toujours. Tuer sa mère, c’est tuer son unique repère affectif, et ça explique alors ses excès de colère, sa façon de régler les choses dans la violence (puisque pour répondre à la violence du monde, il doit forcément devenir lui-même violent).

Le Billy que l’on suit au fil de la série est alors avant tout un écorché vif, dont la blessure de la mort de sa mère ne refermera jamais entièrement. Et dans ce parcours, seuls deux autres personnages parviendront temporairement à le calmer, à lui montrer une voie autre que celle de la violence, de la colère, du désir de vengeance envers le monde entier.
Tout d’abord, Sally, l’épouse de Chisum, en qui Billy réveille un instinct maternel profond, et en qui Billy pourra voir parfois un mère de substitution. Ce n’est pas pour rien s’il finit par l’appeler « Maman Sally » quand il est en perdition dans le tome 3, et s’il finit régulièrement par revenir voir les Chisum quand ça ne va pas, comme si la présence de Sally était l’oasis qui lui manque.
Ensuite, bien sûr, Tunstall, aux valeurs pacifistes, bonnes accueillantes, en qui Billy ne ressent absolument aucune menace au point qu’il parvient à le calmer, à lui faire entrevoir une existence plus rangée et heureuse. Tunstall considère ses employés comme sa famille, comme ses enfants, et Billy ne pourra que voir en lui la figure de ce père qui lui a toujours manqué.

Mais le monde humain est violent, très violent, risquant encore et toujours d’arracher à Billy ses repères affectifs, et le plongeant finalement toujours plus dans la violence sans avoir d’autres possibilités...
  
  


Le criminel conditionné


Devoir toujours répondre à la violence par la violence.

Billy est assurément un criminel terrible. Pour tenter de protéger sa mère il n’hésite pas à essayer d’incendier toute la ville. Demandant lui-même à Garrett qu’il lui apprenne à tuer afin de pouvoir mieux protéger Katherine, dès qu’il la perd il dévie sa violence partout ailleurs. Il devient un tueur impitoyable, pouvant abattre des hommes sans le moindre état d’âme.

Mais c’est pour simplement survivre. Et parce qu’il n’a toujours connu que la violence et la haine, donc quelle autre solution pourrait-il trouver.

C’est un criminel dangereux, oui. Mais un criminel conditionné par les meurtres de sa mère puis de Tunstall, qui l’ont brisé. A tel point que dans son chemin de violence et de mort, il semble surtout avoir pour désir de rejoindre au plus vite sa mère...
  
  


Le message pacifiste du mangaka


De tout ceci, il découle un message pacifiste de la part de Noboru Rokuda, qui, un peu à la façon de Makoto Yukimura dans Vinland Saga, utilise la violence et la barbarie afin de délivrer un message de paix.

Pour rester dans la comparaison à Vinland Saga, dans l’oeuvre de Yukimura la voie du pacifisme est montrée d’emblée par Thors, le père de Thorfinn, qui a déjà compris l’importance de ce pacifisme. Dans Billy the Kid 21, l’équivalent de Thors est Tunstall. Homme bon, prônant la paix, la compréhension, le pardon, la rédemption, et détestant les armes. Parvenant à faire entrevoir à Billy une voie autre que la violence, qu’une vengeance impossible à assouvir, qu’une haine engendrant toujours plus la haine.

Ce n’est sans doute pas pour rien que chacun des trois volumes de la série s’ouvre sur cette phrase : « Pour toutes les vies ayant été volées par les armes à feu à travers le monde ».

La violence, jusqu’au bout, appelle la violence. Comme le désir de Julia, dans le tome 3, de venger par dessus tout la mort de son frère Kenny, cette jeune fille semblant si belle et pure à sa première apparition devenant alors un démon allant même jusqu’à manipuler les sentiments de Garrett.

La violence appelle aussi le malheur. Comme quand Chisum, dans un duel, est à un cheveu de tuer sans le vouloir sa propre épouse qu’il aime tant.

Tout ceci est à éviter. Et si le principal message de Billy the Kid 21 était là ?


Le "Kid" et Garrett


Dans sa vision de la vie de Billy the Kid, Noboru Rokuda insiste également sur le parcours qu’a eu un autre homme en parallèle, un homme indissociable du « Kid » puisqu’il sera son meurtrier : Pat Garrett.
  
  
  
  
Dans Billy the Kid 21, Garrett impose sa présence auprès de Billy dès le début. Dans le chapitre 1, on suit le meurtre du « Kid » par ses soins. Dans le chapitre 2, on revient en arrière pour assister au vrai démarrage de l’histoire et, d’emblée, à la première rencontre entre les deux hommes dans un climat où la mort frôle déjà.

Selon les experts de la criminalité aux États-Unis Frank Browning et John Gerassi dans le livre "Histoire criminelle des États-Unis", Pat Garrett était sans doute un tueur brutal et sadique. C’est effectivement la vision qu’on en a dès le départ et tout au long du manga. Dès sa première rencontre avec Billy, Pat lui tire dessus. Puis par la suite, on devine nombre de fois la brutalité que renferme cet homme robuste, notamment quand on sait qu’il a été voleur de bétail et braqueur, avant plus tard de retourner sa veste pour devenir un homme d’affaire opportuniste et que l’on devine peu scrupuleux, ainsi qu’un marshall qui causera la perte du « Kid ».

Pat Garrett est présenté comme un homme bien plus terrible que Billy dans le manga, dans la mesure où là où Billy apparaît très humain derrière sa violence qui lui sert d’exutoire et le marginalise en criminel, Garrett, lui, s’accommoder bien de cette violence pour s’intégrer sans scrupules dans cette société humaine où justement la violence est partout. Ce n’est pas pour rien que les deux hommes, au fil de l’oeuvre, prennent des chemins très différents, l’un devenant un hors-la-loi traqué par tous tandis que l’autre s’intègre en homme de la société voire en justicier malgré sa brutalité.

Et pourtant, les destins du « Kid » et de Garrett sont définitivement liés, dès leur première rencontre. Lors du meurtre de Billy, Garrett est pourtant évoqué comme un traître, tandis que Billy, n’ayant définitivement plus de repères, parle encore de Garrett comme d’un ami, une idée à laquelle il semble surtout se raccrocher afin de ne pas sombrer définitivement… Car Garrett reste un personnage essentiel dans le parcours de Billy au début. C’est lui qui lui apprend à manier une arme et à tuer. Qui lui inculque qu’il ne faut faire confiance à personne. Qui le met en garde sur une chose : « Quand on tue quelqu’un, une partie de notre âme s’envole avec la balle ».
  
 
  
  
De ce fait, il est intéressant de constater que Noboru Rokuda, pour son manga, choisit donc de reprendre la théorie selon laquelle Billy the Kid aurait entretenu une certaine amitié avec Pat Garrett.

Enfin, soulignons aussi que le mangaka semble approfondir totalement à sa propre sauce le personnage de Pat à travers la présence à ses côtés, dans le tome 3, de Julia et Kenny, deux personnages dont on ne trouve visiblement de trace nulle part dans les sources historiques et autres, mais qui ont une utilité dans le scénario.
   
  

© by ROKUDA Noboru / Green Arrow

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