Battle Royale - Actualité manga
Dossier manga - Battle Royale

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Publié le Vendredi, 31 May 2013


Passage à l'âge adulte

    
(Les observations suivantes ont tendance à ranger les mangas shonen dans une seule et unique case. Bien entendu, de nombreux titres ont su se départir de ces critères réducteurs, et c'est uniquement par commodité que sont faites les généralisations ci-dessous.)
  
Lorsque l'on considère les personnalités qui composent le manga hors de leur contexte, nous remarquons que nombre d'entre elles correspondent avec exactitude à certains archétypes du shonen. Le héros justicier à l'abnégation sans faille, le mentor débrouillard et un peu bourru, l'ami charismatique et séducteur et la jeune femme dont on abuse sont autant de portraits manichéens qui parsèment habituellement les shonen les plus basiques. Seulement, lorsque ceux-ci évoluent dans l'environnement sain et optimiste qui leur est coutumier, ils tendent soit à un accomplissement de soi utopique, soit à une disparition du premier plan de l'histoire. Ici, les auteurs placent ces individus dans un milieu malsain et oppressant, où ils n'auront d'autre choix que de s'adapter à la situation de crise qui est la leur.
   
Ainsi, des individus standardisés se voient confrontés... à la réalité. Cette réalité les corrompt, les poussent dans leurs derniers retranchements, et les oblige à abandonner leurs espoirs et leurs rêves d’antan pour entrer de plain-pied dans le monde des adultes. Si cette démarche débute pour certains au moment du « programme », d'autres l'ont effectuée bien avant cela, dans le monde « normal », celui que l'on côtoie chaque jour, et qui s'avère pour certains au moins aussi cruel et dangereux que le tragique survival game.
  
Car tel est le postulat redouté et assumé des auteurs : le battle royale n'est autre que le reflet d'une réalité qui pourrait très bien d'ores et déjà être la notre, réalité dont le vernis enchanteur et merveilleux s'effrite à mesure que l'on avance dans la vie.
     
      
     
    

Construction du récit

   
Au premier abord, on pourrait se demander comment faire durer un tel massacre sur quinze volumes sans que cela soit étiré au possible, quitte à déplorer quelques grosses longueurs. La réponse tient en ce que le récit suit un système d'alternance action/flash-back des plus efficaces.
   
Là encore, deux cas de figure illustrent ce fonctionnement : 
-Si le personnage est de moindre importance, il bénéficiera d'un court flash-back précédent ou suivant de peu l'instant de sa mort.
-Si le personnage est l'un des protagonistes ou antagonistes majeurs de l’œuvre, il aura alors droit à un développement de son passé en plusieurs temps, via des flash-back ponctuant les moments forts de sa progression dans l'histoire. 
À noter que chaque personnage, quelque soit son importance, peut faire une ou plusieurs apparitions comme « figurant » dans le passé d'un de ses camarades. 
     
Le but de ce type de narration est on ne peut plus simple : développer le background de l’œuvre et rendre plus attachant chaque personnage. En effet, sans cette alternance narrative, le manga n'aurait été qu'un massacre d'anonymes qui aurait même peiné à remplir avec succès son rôle de divertissement défouloir (le lecteur reste hermétique à la mort de Yoshitoki, au début du manga, le personnage n'ayant pas encore été développé. Seul la cruauté de son bourreau est alors mise en avant efficacement). Nous découvrons les sentiments, les émotions et les motivations de chaque personnage, et ceux-ci nous apparaissent soudain comme des êtres humains, et non plus comme de simples pions voués à être exterminés. La mort de tel ou tel individu est ainsi capable de susciter tristesse ou soulagement chez le lecteur, selon que la victime lui apparaisse comme sympathique ou antipathique, et la lecture acquiert dès lors la possibilité de passer du rang de divertissement accessoire à celui de plaisir de premier plan. 
     
      
    
     

Graphismes et esthétique du gore

   
Car il est ici question de manga, et non plus de roman. Kôshun Takami scénarise, et Masayuki Taguchi représente graphiquement, tout en apportant parfois quelques modifications au récit initial. 
   
Le style de l'auteur est unique, à la frontière du bishonen japonais et du comics américain. Le tout est particulièrement travaillé, surtout lors des scènes les plus morbides. En effet, le dessinateur fait preuve d'un professionnalisme hors du commun lorsqu'il est question de représentation de massacre. Il ménage son effet, comme suspendant le temps dans un instant de béatitude, puis introduit une double page construite comme un tableau, travaillant la direction de la lumière, l'impact des balles (la plupart du temps) traversant le ou les corps de part en part, détaillant avec une minutie presque malsaine organes internes et cervelles explosées. Il prend également un plaisir tout particulier à représenter les expressions de surprise mêlées d'horreur et de désillusion, démontrant à la perfection toute la brutalité de la mort dans le contexte absurde qu'est celui du « programme ».
   
Incontestablement, le talent narratif de Kôshun Takami n’aurait pu trouver meilleur interprète visuel que Masayuki Taguchi, tant le mariage de leurs deux univers est efficace et évocateur. 
  
    

© KOUSHUN TAKAMI / MASAYUKI TAGUCHI 2005 (AKITASHOTEN PUBLISHING)

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