Battle Royale - Actualité manga
Dossier manga - Battle Royale

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Publié le Vendredi, 31 May 2013


Cruauté, morale et catharsis

    
Tout d'abord, précisons que comme en atteste le synopsis du manga et la mention « public averti, déconseillé aux moins de 16 ans », le manga n'est pas à mettre entre toutes les mains. La cervelle et les tripes sont monnaie courante, et quelques scènes de sexe très crues et à peine censurées ponctuent également le récit.
 
Ainsi, vous voilà prévenus. Il est maintenant de mon devoir d'assurer que quiconque déciderait de rejeter le manga pour « violence gratuite » prenne conscience qu'il fait fausse route... ou du moins en partie.
   
Le manga a effectivement une vertu cathartique, faisant office de défouloir à nos pulsions inassouvies, ou à notre sadisme le plus impulsif, sadisme qui fait par ailleurs écho avec celui des auteurs. Car oui, les auteurs font preuve de cruauté, dans le but de satisfaire leurs lecteurs. Ainsi, si la dernière case d'une double page représente un individu souriant, ayant échappé à la mort de justesse, et si possible baigné de quelques rayons de soleil bienfaiteurs, alors il y a (très) fort à parier qu'en tournant la page, cet individu voit sa cervelle éjectée de sa boite crânienne par une ou plusieurs balles provenant d'une quelconque arme à feu. L'effet est si usité qu'il en devient presque prévisible. 
C'est le moment de rappeler que tout ce beau monde a entre 14 et 15 ans, et si tout se passe bien, alors ma volonté de vous prouver que l’œuvre n'est pas que violence gratuite est à ce stade un échec. 
  
Cependant. 
Quelle aurait été la réaction du lectorat si Shûya avait tout simplement réussi à sauver toute sa classe sans effusion de sang et sans dommages collatéraux ? Un rejet pur et simple devant une œuvre niaise et inintéressante. Car c'est vous, lecteur, qui souhaitez les premiers que le sang gicle, que la mort attende chaque personnalité au tournant, c'est vous qui désirez assouvir votre curiosité morbide. Qui va vivre ? Qui va mourir ? Et de quelle manière ? Voilà vos préoccupations, et force est de constater que les auteurs les satisfont avec brio.
   
Par ailleurs, l'auteur prend certaines mesures pour atténuer le côté purement cruel. En effet, si nos individus ont entre 14 et 15 ans, il paraissent beaucoup plus mûrs, que ce soit physiquement ou mentalement. 
En apparence, ils ont tous l'air d'avoir au moins vingt ans (à quelques exceptions près), et Kawada, qui a redoublé, semble jouir d'une trentaine bien entamée. De plus, ils sont extrêmement matures pour leur âge, pas forcément dans le bon sens du terme. Qui peut se « vanter », lorsqu'il n'était qu'en troisième, d'avoir fait partie d'un gang, de s'être prostitué, d'avoir couché avec des dizaines de partenaires ou d'avoir été ceinture noire de karaté ? Probablement pas grand monde.
Si nos protagonistes en sont, eux, capables, c'est simplement pour que le tout soit acceptable moralement. 
  
Enfin, et ce sera l'objet de la prochaine partie, notons qu'une critique sociale et une forme de psychanalyse des comportements humains se cachent en réalité derrière cette boucherie. 
       
    
    
    

Critique sociale, politique et analyse comportementale

  
Rappelons que Kôshun Takami fut journaliste politique pendant cinq ans (de 1991 à 1996), et force est de constater qu'il n'a pas complètement abandonné cette vocation en écrivant Battle Royale.
À travers une histoire qui entre dans la catégorie du « récit d'anticipation », Takami évoque sa crainte de voir son pays sombrer dans le totalitarisme. L’introduction du manga nous donne à voir un état faussement républicain, qui bafoue les libertés les plus élémentaires de sa population, la dominant par la peur et éliminant tout opposant au régime. Malgré sa position géographique, le Japon est emprunt des valeurs « occidentales » modernes, de plus en plus individualistes et tournées vers le profit personnel, souvent au détriment des valeurs indispensables de la sphère familiale. 
     
L'auteur établit également, à travers les portraits de certains de ses personnages, une critique des mœurs les plus abjectes de sa société. L'exemple le plus frappant étant celui de Mitsuko Sôma, véritable martyre représentant la victime devenue coupable à force de subir toute sorte de sévices sexuels de la part de son entourage.
    
D'une façon générale, le processus faisant passer un individu de la branche « ceux qui subissent » à la branche « ceux qui infligent », est au cœur du manga. Comment un être innocent et altruiste peut-il devenir un monstre d'égoïsme prêt à tuer ceux qui furent ses amis ? À cause de la peur. La peur de la mort, la peur de l'inconnu, la peur de retourner au néant ou ne serait-ce que la peur de souffrir. Que celle-ci soit le fruit d'un instinct ancestral ou d'une éducation moderne, la perspective de son imminence peut changer l'attitude d'un homme du tout au tout, lui faire abandonner toute morale, toute forme de gentillesse. Akamatsu, le tout premier élève à débuter le jeu, en est le parfait exemple. Alors que Shûya se remémore la timidité et l'innocence de ce dernier, l'intéressé inaugure le massacre en plantant un carreau d'arbalète dans le crâne d'une de ses camarades...
   
Que le désir d’appartenir à la caste de « ceux qui infligent » soit le fruit de traumatisme antérieurs au « programme » ou qu'il soit né avec celui-ci, c'est presque systématiquement la peur qui en est le moteur. Paradoxalement, si l'on fait abstraction des quelques inconscients justiciers, la seule autre réaction possible à cette peur de la mort n'est autre que... le suicide.
  
Bien entendu, ces critiques de la part de l'auteur ne sont que le postulat d'un individu qui, comme beaucoup est incertain quant à la nature profonde de l'être humain, et qui ici, développe une hypothèse pessimiste toutefois teintée d'espoir. 
     
      
    
   

© KOUSHUN TAKAMI / MASAYUKI TAGUCHI 2005 (AKITASHOTEN PUBLISHING)

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