Basara - Actualité manga
Dossier manga - Basara

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Sommaire

Publié le Jeudi, 24 Febuary 2011


Tout pur, tout beau ?

 
On vous dit shojo, on pense trames fleuries, regards langoureux et longues réflexions sur les sentiments de l’autre ou le doute concernant ceux du personnage principal. On vous dit shonen, on pense combats, lutte pour le pouvoir, amitiés fortes et inébranlables ainsi que dépassement de soi. On vous dit Basara, il faut penser un peu tout cela à la fois. Et c’est là toute la magie, toute la force de ce titre qui ne se situe véritablement nulle part et ne plaira sans doute pas à ceux qui se permettent d’avoir des goûts tranchés et arrêtés. En effet, le style du manga se fait tout en nuances et en alchimie de genres. L’auteur, d’un côté, insiste avec force sur l’aventure épique de nos héros, leur noble cause qu’est le pouvoir pour arranger les conditions de vie de tout un peuple, et l’aspect plus historique sur une époque quelque peu ancienne, ou du moins qui en a l’apparence. Les protagonistes de Basara sont sans cesse en train de se battre, pour les idéaux qu’ils défendent, et le rythme ne décroit que rarement au cours du scénario. On notera d’ailleurs de nombreux passages typiquement retrouvés dans la plupart des shonen, lorsque Tatara doit recruter des troupes et les convainc de se joindre à eux par d’enflammés discours pleins de courage, de promesses et de gloire. On y retrouve alors la conviction et la foi en un monde meilleur, en la nécessité de se donner corps et âme dans un combat qui ne se fait pas uniquement avec les armes. Ainsi, de nombreux passages sont galvanisants moralement parlant, avec toute l’importance d’y croire pour gagner. C’est comme si chaque coup d’épée nécessitait tout le travail intellectuel et moral qui accompagne la victoire. Typique des shonen, cela amène les personnages principaux à devoir se dépasser en permanence. Le bel exemple est bien sûr Shuri, notamment sur les derniers volumes où il se bat contre la fatalité, contre son passé qui le rattrape et ses mots sont bien plus importants que l’arc qu’il ne peut plus brandir. Tatara, également, parvient à se relever à chaque fois qu’elle trébuche grâce à un cheminement personnel qui la plonge à nouveau dans ses objectifs, ceux qui la maintiennent en vie parfois avec plus d’efficacité que la vie elle-même.

Et de l’autre côté, bien loin des réflexions sur les notions de pouvoir, de démocratie ou de tyrannie et de progrès, on a la dimension sentimentale. Celle-ci, malgré un contexte dur et une grande importance donnée à l’épopée des héros de Basara, prend une place immense dans le récit. Il se base alors sur des passages, joyeux ou tristes, qui par leur rareté ont encore plus d’impact que prévu. Le point essentiel de cette puissance émotionnelle sera les liens que l’auteur fait sans cesse entre les différents personnages, leur passé et leur avenir. Rien n’arrive par hasard, et les visages se croisent souvent, partageant quelque chose de très fort que l’on ne soupçonne pas au premier abord. Pour cela, les trois derniers tomes, détaillant d’avantage les futurs de ceux qu’on a connus, sont les bienvenus et éclairent des portes et des liaisons que l’on aurait pas forcément soupçonnées ou comprises sans cela. Entre coups de théâtre et retournements de situations, la mangaka utilise tous les outils de la romance, de la trahison à la passion, de l’union jusqu’au désespoir en passant par la joie. Rares seront ceux qui pourront parler de mièvrerie à la lecture de Basara, puisque la confrontation de nos deux héros arrivera bien plus tard et leurs retrouvailles sont sans cesse malmenées par divers interventions nécessitant leurs présences, chefs de deux oppositions qu’ils sont au début du manga. Avec le secret de leurs véritables identités, l’auteur conçoit le couple à la manière d’un Romeo et de sa Juliette, dans le mystère et la volonté de cacher. Parfois même, l’identité de Tatara ou du roi rouge prend tellement d’importance qu’elle empêche Sarasa et Shuri de se retrouver ou de s’aimer en paix, le récit ne cessant de les confronter au dur choix des responsabilités contre la force de l’amour. Aucun temps mort dans cette narration qui jongle donc avec la violence des affrontements et la douceur d’une relation relevant de l’impossible, avec tous les problèmes moraux et de responsabilité qui en découle. Le simple découpage du récit, alternant successivement les identités de nos deux héros, résume à lui seul parfaitement l’esprit de Basara, dans la lutte entre l’Emotion et le Devoir.
 




Notons enfin une légère touche féministe, bien assumée dans le manga. Sur une histoire classée shojo et destinée aux lectrices féminines, cela pourrait ne pas étonner. Sauf que, bien loin des habituelles héroïnes qui, au contraire, ne relèvent pas l’image de la femme, Sarasa y parvient. On est à mille lieux de la lycéenne timide, soumise et dévouée, travailleuse et appliquée dans la cuisine ou les bonnes manières. Fini le côté rêveur toujours attribué à ces personnages rencontrant souvent l’amour de leur vie dès le lycée, simplement parce qu’il est nécessaire, à cet âge, de ne penser plus qu’à cela ... En effet, notre Sarasa ne rentre dans aucune de ces descriptions et elle est bien loin de la sagesse, se montrant d’avantage turbulente, maladroite et enflammée dans ses idées, parfois précipitées ou simplement empruntes d’un peu trop d’humanité pour un chef de file. Son objectif est idéaliste, elle voit les choses en grand et n’a pas peur d’affirmer haut et fort le but de ses actions. Prenant les armes sans la moindre hésitation, Sarasa se bat aux côtés de ses compagnons et provoque d’elle-même le soulèvement du Japon et la mise à mal du système royaliste. On y montre alors l’image d’une femme déterminée, sachant être fragile comme Shuri peut l’être. En effet, elle n’a rien d’un bon stratège, se laisse souvent attendrir et reste légèrement trop optimiste dans ses interventions, souhaitant épargner le plus de gens possible. Et ce n’est pas son déguisement d’homme qui la rend ainsi, puisque Sarasa a dans l’âme cette force que trop peu d’héroïne démontrent, en plus de la grande sensibilité dont elle sait faire preuve. Une belle leçon sur la femme et ses nombreuses capacités, innombrables et aucunement contenues dans un stéréotype ambulant. Cela montre bien que les lectrices n’ont pas pour seul but de s’identifier à des lycéennes en mal d’amour, mais rêvent également parfois de se hisser au-devant d’une cause importante, de s’impliquer dans quelque chose qui aurait du sens, véritablement.

De plus, la mangaka n’hésite pas à nous fournir une grande dose de sensations fortes, notamment par le ton parfois très dur qu’elle aborde dans la narration. Que ce soit en bien ou en mal, jamais l’auteur ne cherche à nous ménager. Le contexte est impitoyable, la pression et l’angoisse constante également, les émotions savent être violentes et pertinentes, déclenchant des chocs aussi bien chez les personnages que chez les lecteurs. Pour exemple, le très dérageant amour entre la mère de Sarasa et son bourreau qui la retient prisonnière nous laisse nous poser des questions sur la dualité des situations, sur leur caractère évident ... ou non. La mangaka abordera d’autres points importants et aux répercussions sonores, comme le passage en prison de nos héros, la torture qui y est faite, mais également et de façon plus large le deuil, la souffrance, la trahison et le mensonge, superbement bien illustrés par l’ignorance de Shuri et de Sarasa de leurs véritables identités. On a beau être dans le shojo, il n’est pas rare de voir les gens se blesser gravement, même s’ils s’en remettent souvent. Sarasa aveuglée un certain temps est par ailleurs une tonitruante entrée en matière pour un nouvel arc, tout comme Shuri et l’état dans lequel il termine la série, Hayato enlevé et sauvagement torturé ... Tous s’en sortent malgré ces si graves sévices, volontaires ou œuvres du destin. Tous. Sauf un, peut être ... Ce qui est d’autant plus symbolique qu’on ne le sait pas avec exactitude et que cela reste dans l’air comme promesse de chagrin, mais également d’espérance et de juste retour des choses. Tout ce sérieux et le ton du récit ne donnent pas réellement place à l’humour, alors peu présent ou tombant parfois à côté de la plaque tant le lecteur est plongé, absorbé par une narration on ne peut plus sérieuse. Ce n’est certes pas le but de la série, mais certains détails amenés trop brutalement brisent le rythme imposé par le scénario pour laisser un goût d’incompréhension plus que de détente ou de rire ...
 
 

 

BASARA by Yumi TAMURA © 1991 by Yumi TAMURA / SHOGAKUKAN Inc.

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