Basara - Actualité manga
Dossier manga - Basara

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Sommaire

Publié le Jeudi, 24 Febuary 2011


En route vers nos descendants …


Tout le monde aura pu remarquer que le monde qui nous est proposé n’est pas le nôtre. Perspicace. Et pourtant, il ne s’agit en aucune façon d’un retour dans le passé ! Mais bien d’une projection vers l’avenir. Avec 7 seeds, l’auteur aura démontré à ses lecteurs que sa vision du futur n’est autre qu’une régression des hommes vers un mode de vie plus humble, débarrassé de la technologie qui ne peut survivre à la Nature alors que le travail humain comme labourer un champ, n’est pas difficile à recommencer une fois le résultat détruit par les aléas de la météo. Si le cadre futuriste n’est pas aussi avancé que dans son autre série (mé)connue des français, c’est pourtant bien là la réalité de Basara : l’histoire se déroule au XXIIIème siècle. 300 ans plus tôt, à la fin du XXème siècle, une catastrophe de type raz-de-marée s’est abattue sur le monde que nous connaissions. On n’en connait pas précisément les raisons ni les détails, mais notre époque et toute sa technologie, ses habitations défiant le ciel, son culte du progrès, tout fut détruit. Et le monde recommença, oui. Mais différemment. Les hommes dirent adieu à leurs habitudes et le Japon se retrouva au niveau presque féodal qu’il avait connu dans les années 1400 environ. Le commerce se fait par bateau, les communications par messagers ou volatiles dressés à l’exercice, on se bat au sabre et les récoltes se font à la main. C’est le culte du travail de l’homme et plus celui de l’automate, c’est l’importance des choses simples plutôt que de grandes réflexions sur les améliorations des techniques de vie. Par exemple, qui connait de nos jours encore les plantes qui guérissent à part les spécialistes ? Les moyens de défense, la logique d’une construction destinée à irriguer les cultures ? Basara c’est aussi et avant tout cette idée de l’apprentissage de l’environnement direct, comme 7 seeds le fait lorsque le récit plonge ses héros dans l’inconnu.

De plus, les dirigeants instaurent ce système féodal, avec un roi central ayant tout pouvoir, quatre souverains répartis à travers le pays et différentes classes d’habitants : les commerçants, les bourgeois, les paysans, et même les esclaves qui revoient le jour malgré toute l’histoire qui leur a été attribuée pour s’en sortir, dans un lointain passé. En fait, tout témoigne que l’auteur a seulement décidé de poser son récit après notre époque, mais cela pourrait aussi bien se passer avant s’il n’y avait pas eu, pendant que Shuri et Sarasa étaient sous le joug du roi bleu, une vision post-apocalyptique assez prenante. Seul véritable témoignage de l’époque du manga, cela change progressivement notre lecture. Imaginer ne serait-ce qu’un instant de retourner à cet état de guerre, de tyrannie et de domination semble improbable voire impossible. Mais qui sait si l’homme est capable de tirer parti de ses erreurs, s’il pourra de nouveau se soulever et changer le monde ... Yumi Tamura semble penser le contraire, et c’est pour cela qu’elle a créé Sarasa, qui incarne par l’image de son frère le héros que tous attendent, celui que beaucoup vont suivre. Ceux qui auront réussis à prendre conscience de l’injustice de leur situation et qui ont le courage de s’instaurer paria du royaume et de leur souverain. En opposition, et cela se voit très clairement dans le combat final entre Tatara et le roi rouge, revenir à cette vie a fait retourner les hommes au stade de l’obéissance aveugle, comme les soldats qui suivent les yeux fermés les ordres qu’on leur donne sans prendre le temps de réfléchir à leurs valeurs propres. En retournant voir le passé dans un temps futur, la mangaka critique, insiste sur l’importance de préserver notre monde mais, avant tout, notre idéal quant à l’univers dans lequel on souhaite vivre et évoluer. Cet endroit, il faut le construire par soi-même et à la force des bras, en unissant les souhaits de ceux qui parviennent à se détacher du pouvoir écrasant d’un seul homme. C’est le progrès de l’homme avant celui de la technologie, c’est la maturité des valeurs et des idéaux pour lesquels il faut se battre, et le retour aux choses aussi primordiales que d’assurer sa sécurité dans un pays malmené par un tyran qui se moque de son peuple. Et, en y réfléchissant un peu, est-ce que certaines parties de notre planète ne connaissent pas exactement le même état de fait ?
 
 



Alors oui, c’est surtout le déroulement de l’histoire qui nous passionne dans ce manga, mais le fait de pouvoir le situer à distance de nous mais dans un possible existant, comme toute autre hypothèse, permet de prendre plus au sérieux un récit qui se veut presque archaïque et oublié. Ce n’est alors, par cet aspect, pas du tout un manga historique. Celui-ci a beau nous parler toujours du combat des hommes pour un Japon libre, dans des batailles au sabre, il n’a rien d’un regard posé vers le passé, et le grand avantage à cela c’est que l’auteur peut se permettre des entorses au contexte et à l’histoire ainsi que, parfois, à la logique, et ce sans aucun problème. Car on n’a pas la référence de l’Histoire pour tenter de s’y raccrocher, et que seule notre imagination pose des limites aux florissantes idées de la mangaka. On a parlé de catastrophe naturelle, aussi pourrait-on classer Basara dans la case « récit post-apocalyptique » très appréciée des auteurs et lecteurs japonais. Pourtant, loin, bien loin l’idée des habituels robots et technologies évoluées qui demeurent après la fin d’un monde comme on peut le voir par exemple dans Gunnm. L’auteur pousse encore plus loin, comme si toute fin nécessitait un recommencement sur de nouvelles bases pour tenter de ne pas perpétrer les mêmes erreurs. Et cette construction, fortement axée autour de la désertification et de la destruction d’un univers, permet à l’auteur de faire partir ses personnages sur des bases jugées plus saines, tout en ayant fourni un grand travail de logique et d’explication lors des nombreux déplacements de nos héros dans tout le pays autrefois appelé Japon. D’ailleurs, la carte explicative à chaque chapitre ou presque est comme une bénédiction pour suivre l’épopée, autant politique que géographique, de ces protagonistes. On aurait aimé qu’il en soit de même pour les références parfois typiquement japonaises disséminées au travers de l’œuvre.

Chose amusante, que l’auteur a glissée à la toute fin de son dernier tome, c’est un retour dans le passé ... notre présent. Le Japon tel qu’on l’a connu, deux lycéens comme on s’en fait l’idée,  à l’aube d’une nouvelle ère, proche de la catastrophe. Ainsi, le présent de Basara est futur et son passé est notre présent. La boucle se boucle d’elle-même, nous décrochant un petit sourire à sa lecture, comme un dernier clin d’œil, une dernière explication sur la fabuleuse histoire de Shuri et de Sarasa. Le jeu du temps et le retour sur telle ou telle décision devient une spécialité de la mangaka à travers Basara, par de très habiles manœuvres mettant en exergue l’explication qui convient à la situation parfois évoquée des dizaines de tomes plus tôt.
 
 



BASARA by Yumi TAMURA © 1991 by Yumi TAMURA / SHOGAKUKAN Inc.

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